
Charette de la Contrie : le Roi du Marais (1763-1796)
François-Athanase de Charette de la Contrie n'avait pas trente ans lorsqu'il prit la tête des paysans du Marais. Officier de marine formé sous Louis XVI, il refusa d'abord la guerre civile, puis l'embrassa pour trois années sans repos. Il invente une guérilla bocagère que les généraux républicains ne sauront pas briser. Trahi par Quiberon, traqué dans les haies de Saint-Denis-la-Chevasse, il tombe le 23 mars 1796. Six jours plus tard, il meurt debout, place Viarme, à Nantes. Portrait sans complaisance d'un chef que ses ennemis nommaient déjà le Roi du Marais.
Une enfance de petite noblesse vendéenne (Couffé, 1763-1779)
François-Athanase de Charette de la Contrie naît au manoir de la Contrie, paroisse de Couffé, le 21 avril 1763. Le Pays de Retz est alors une marche bretonne tournée vers la Loire, où la noblesse seconde vit modestement de ses métairies et de ses droits utiles. Le père, Michel-Anne de Charette, lieutenant des maréchaux de France, gère une fortune mince. La mère, Marie-Anne de la Garde de Saint-Angel, donne à François-Athanase six frères et sœurs.
L'enfance se déroule entre Couffé, Pannecé et le château de la Garde, en Limousin maternel. Le garçon apprend à monter, à chasser le sanglier dans les bois de Vair, à pêcher dans l'Erdre. Il fréquente le collège des oratoriens de Nantes vers 1773, puis celui de Rennes. Les témoins le décrivent vif, querelleur, peu porté aux livres mais doué d'une mémoire visuelle remarquable. Il connaît déjà les chemins creux et les buis du bocage. Cette topographie deviendra, vingt ans plus tard, le plan d'opérations de toute une guerre.
La famille n'a ni cour ni protection. La carrière des armes s'impose, mais la France de Louis XV réserve les régiments aux grands noms. Reste la Marine royale, où l'épée bretonne ouvre encore quelques portes. À seize ans, Charette quitte Couffé pour Brest. Il ne reviendra durablement au pays qu'à la veille de la Révolution.
Lieutenant de vaisseau du roi : la formation marine (1779-1789)
Charette entre comme garde-marine à Brest le 6 mars 1779, à la veille de la guerre d'indépendance américaine. Il sert d'abord sur la flûte la Dordogne, puis sur le vaisseau le Robuste sous les ordres du chef d'escadre du Chaffault. Il participe en 1780 à la campagne de l'Atlantique, croise au large des Açores, manque l'engagement de la Dominique mais apprend la mer dans ce qu'elle a de plus dur : le quart de nuit, la manœuvre par gros temps, la discipline silencieuse des batteries basses.
En 1782, il embarque sur le Bien-Aimé puis sur l'Hercule. Le 12 avril, il assiste à la défaite des Saintes contre Rodney. La leçon est rude. Le jeune officier voit une flotte rompue par la faute d'un signal mal compris. Il en tire une conviction qui le suivra : la guerre se gagne à la cohésion, jamais au seul nombre. Promu sous-lieutenant de vaisseau en 1786, lieutenant en 1787, il sert ensuite sur le Léopard aux Antilles, où il contracte les fièvres.
De retour à Brest en 1789, il est affecté au régiment de la Marine. La discipline se délite, les officiers nobles sont insultés à terre, les conseils de bord deviennent des tribunaux jacobins. Charette donne sa démission le 21 août 1790. Il a vingt-sept ans, dix campagnes, et plus aucune envie de servir un roi qui ne se fait plus obéir. Il rentre à Fonteclose, près de Saint-Sulpice-le-Verdon, où il vient d'épouser Marie-Angélique Josnet de la Doussetière, veuve plus âgée que lui de douze ans, propriétaire du domaine.
Deux années suivent, ternes en apparence. Charette chasse, gère les baux, observe. Il fréquente les officiers réformés du voisinage : Joly, La Cathelinière, Couëtus. Il refuse d'émigrer, par fierté autant que par calcul. Il pressent que la province bougera avant les princes.
L'hésitation initiale (mars 1793) : « Vous m'avez voulu, vous m'aurez »
La levée de trois cent mille hommes décrétée par la Convention le 24 février 1793 met le feu aux paroisses. Le 11 mars, Machecoul se soulève. Le 13, Saint-Florent-le-Vieil. Le 14 mars au matin, une troupe de paysans des Marches du Pays de Retz, conduite par Guérin et Coutard, marche sur Fonteclose. Ils veulent un chef. Ils savent que l'ancien officier du roi est là.
Charette refuse. Il connaît la disproportion des forces. Il sait ce que coûte une émeute paysanne face aux bataillons de ligne. Il se cache dans son grenier, sous des fagots. Les paysans fouillent, le trouvent, le menacent de leurs faux. La scène est rapportée par Lucas de la Championnière, son aide de camp, dans des Mémoires écrites après 1815. Charette descend, regarde la bande hétéroclite, et lâche cette phrase devenue proverbiale : « Vous m'avez voulu, vous m'aurez. Je marcherai à votre tête. Je vous promets que vous ne serez pas las de moi avant que je ne sois las de vous. »
Le serment vaudra contrat. Trois ans plus tard, devant le peloton, Charette le tiendra encore. Mais ce 14 mars 1793, l'engagement est d'abord un acte d'honneur féodal. L'ancien lieutenant de vaisseau ne se croit pas plus chrétien que ses voisins, ni plus royaliste que tel émigré de Coblentz. Il cède à la pression d'hommes qui n'ont, eux, pas le choix. Cette circonstance explique sa méfiance constante envers les états-majors de la Grande Armée catholique et royale, où l'on parlera longtemps de lui comme d'un capitaine ombrageux, jaloux de sa zone du Bas-Poitou.
La guerre du Marais : tactique de guérilla dans le bocage breton
Charette comprend très vite ce que ses pairs mettront des mois à admettre : le bocage n'est pas un champ de bataille classique. Il est un labyrinthe où l'ennemi qui ignore les chemins se perd, et où l'embuscade vaut une charge. Il refuse les grandes concentrations qui ont fait la gloire de Cathelineau à Cholet, mais aussi sa perte à Savenay. Sa doctrine tient en trois principes.
D'abord, la mobilité. Ses divisions ne dépassent jamais quatre mille hommes en campagne, souvent moins de mille. Elles se rassemblent au son du tocsin, frappent, se dispersent dans les fermes. Ensuite, le renseignement. Charette entretient un réseau dense de paysans, de prêtres réfractaires, de meuniers et de bateliers du lac de Grand-Lieu. Aucun mouvement bleu ne lui échappe. Enfin, le terrain. Il choisit ses combats sur les chaussées étroites, entre deux haies, où une colonne républicaine de trois mille hommes ne peut déployer plus de vingt fusils de front.
Les résultats viennent. Le 19 mars 1793, Pornic. Le 27 mars, Pont-Charron. Le 12 septembre 1793, victoire éclatante à Saint-Fulgent contre Mieszkowski. Le 22 septembre, Montaigu. En novembre, alors que la Grande Armée s'épuise dans la Virée de Galerne au nord de la Loire, Charette tient seul tout le Bas-Poitou. Il prend Noirmoutier en octobre, puis le perd en janvier 1794, ce qui coûte la vie à d'Elbée, fusillé dans son fauteuil par Haxo.
Vient le temps des colonnes infernales. De janvier à mai 1794, Turreau lance douze colonnes incendiaires à travers la Vendée militaire. Charette se replie dans le Marais de Challans, dans les bois de Gralas, dans les îles de l'Yon. Il survit là où Stofflet, La Rochejaquelein, Marigny succombent ou se taisent. Ses lieutenants prennent du métier : Charles d'Autichamp tient le pays d'Anjou, Couëtus garde Legé, Coquereau se charge des liaisons, Bossard de Bretval mène la cavalerie légère. Le Roi du Marais commande désormais à un État dans l'État, frappant monnaie, levant l'impôt, rendant la justice.
Charette stratège politique : alliance avec Stofflet, Cathelineau, La Rochejaquelein
L'image d'un Charette solitaire, jaloux des autres généraux, est en partie construite par les Mémoires angevines, hostiles. La réalité est plus nuancée. Charette tente plusieurs fois d'unifier le commandement vendéen, mais selon ses termes : décentralisation, autonomie des divisions, fédération plutôt que monarchie militaire.
Dès avril 1793, il rencontre Cathelineau à Legé. Le voiturier de Pin-en-Mauges l'impressionne par sa foi, sans le convaincre par sa stratégie. Cathelineau veut marcher sur Nantes. Charette estime la place trop forte et la Loire infranchissable sous le feu des canonnières. Le 29 juin, Cathelineau tombe mortellement blessé devant Nantes. L'analyse de Charette se trouve confirmée à ses dépens, car la Grande Armée perd son seul chef capable d'unifier les paysans des deux rives.
Avec Henri de La Rochejaquelein, jeune, brillant, mais peu rompu à la stratégie, les rapports sont cordiaux et lointains. Avec Jean-Nicolas Stofflet, ancien garde-chasse devenu général, ils sont ouvertement difficiles. Stofflet refuse la subordination, soupçonne Charette de viser le commandement suprême. La conférence de la Mauvrière, en décembre 1794, les voit échanger des paroles dures. Charette plaide pour la guerre prolongée et la négociation politique avec Paris. Stofflet veut l'épée nue jusqu'à la victoire ou la mort. Les deux hommes mourront fusillés à trois semaines d'intervalle, en mars 1796, sans avoir su se concerter.
La gloire de Charette n'est pas d'avoir uni la Vendée. Elle est d'avoir compris qu'on ne pouvait l'unir que par le politique, jamais par les armes. Cette intuition fonde aussi sa décision la plus contestée : signer la paix de la Jaunaye.
Le traité de la Jaunaye (février 1795) : pause stratégique et trahison royaliste
L'hiver 1794-1795 est terrible. Les paroisses sont brûlées, les récoltes anéanties, les enfants meurent de faim dans les bois. Thermidor a renversé Robespierre le 9 août 1794. Le nouveau gouvernement cherche une sortie de crise. Le représentant Ruelle, puis Bureau de la Batardière, ouvrent des pourparlers. Charette accepte. Il sait que ses hommes ne tiendront pas un nouveau printemps de colonnes infernales.
Le traité de la Jaunaye est signé le 17 février 1795 au château du même nom, près de Nantes. Charette obtient la liberté du culte catholique, l'amnistie générale, l'exemption de service militaire pour les Vendéens, le maintien d'une garde territoriale de deux mille hommes sous son commandement. La République concède énormément. En contrepartie, les insurgés reconnaissent le gouvernement républicain.
L'épisode déchaîne aussitôt les passions chez les royalistes purs. Charette est accusé de trahison par les émigrés de Londres, par le comte d'Artois, par les chouans bretons de Cormatin et de Puisaye. La presse contre-révolutionnaire le traite de Monk vendéen. La calomnie le blesse mais ne l'ébranle pas. Il a, dit-il à Lucas de la Championnière, « gagné le temps de respirer et nourri ses orphelins ».
Surtout, le traité contient une clause secrète, ou supposée telle. Selon plusieurs témoins, dont l'abbé Brumauld de Beauregard, Ruelle aurait évoqué la possibilité de remettre Louis XVII à la Vendée. L'enfant du Temple meurt le 8 juin 1795 dans des conditions troubles. Charette y voit un assassinat politique destiné à briser la paix. Il rompt la trêve le 25 juin 1795. Il a donc tenu quatre mois, le temps que ses hommes se reposent et que les arsenaux se regarnissent. Le calcul, à froid, fut juste. Au prix d'une réputation salie, qu'il porta jusqu'à Viarme.
Quiberon (juin-juillet 1795) : l'espoir brisé
Pendant que Charette négociait, les Anglais préparaient un coup de main. Pitt cherche à frapper la République sur la côte bretonne. Le 27 juin 1795, une flotte britannique débarque à Carnac et à la pointe de Quiberon une force émigrée de quatre mille trois cents hommes, commandée par Joseph de Puisaye. Suivront, le 16 juillet, deux mille hommes de plus sous Sombreuil.
Charette n'est pas dans la confidence. Le plan, conçu à Londres, néglige la coordination avec la Vendée. Quand il l'apprend, il rompt aussitôt la Jaunaye, espérant créer une diversion. Trop tard. Le général Hoche, qui a appris en Vendée à manœuvrer dans le bocage, enferme les émigrés sur la presqu'île. Le fort Penthièvre tombe le 21 juillet par trahison. Le 22, neuf cent huit prisonniers émigrés sont fusillés sur les pelouses du champ des Martyrs et à Vannes.
Le désastre est total. Politiquement, il achève de discréditer la cause royale auprès des modérés. Militairement, il libère Hoche et ses quinze mille soldats, qui se retournent sur la Vendée. Pour Charette, la fenêtre est refermée. Il en est conscient. Il continue pourtant, par fidélité au serment de mars 1793, et parce que le comte d'Artois lui a fait dire, par d'Autichamp, qu'il débarquerait à l'île d'Yeu.
Artois arrive en effet le 30 août 1795 à l'île d'Yeu, avec quelques milliers d'hommes et l'or anglais. Charette l'attend sur la côte avec deux mille fidèles. Le prince hésite trois mois, refuse de mettre pied à terre, repart pour l'Angleterre le 22 novembre. Cette dérobade brise le moral de l'Armée catholique et royale plus sûrement que dix défaites. Charette dira, selon le marquis de la Boutetière : « Le prince a tué la cause qu'il prétendait servir. »
« Vous m'avez voulu, vous m'aurez. Je vous promets que vous ne serez pas las de moi avant que je ne sois las de vous. »
L'agonie d'une cause : recul, dénonciations, capture (mars 1796)
L'hiver 1795-1796 est celui de la traque. Hoche divise la Vendée militaire en cantonnements quadrillés, brûle les fermes suspectes, paie les dénonciateurs en assignats convertibles. Charette se replie sur sa zone-mère, entre la Roche-sur-Yon et Saint-Sulpice-le-Verdon. Sa troupe fond. De six mille combattants à l'automne 1795, il passe à mille en janvier, à trois cents en février, à trente fidèles en mars 1796.
Les ralliements achèvent le travail. Sapinaud signe à la Roche-sur-Yon. Stofflet est trahi et fusillé à Angers le 25 février 1796. La nouvelle parvient à Charette dans une métairie près de Belleville-sur-Vie. Il convoque ses derniers officiers, dont Bossard de Bretval, et prononce, selon Lucas, ces mots : « Notre tour vient. Mourons en gens de cœur. »
La traque s'accélère. Le général Travot, jeune Bourguignon de trente-deux ans, ancien lieutenant d'artillerie, applique méthodiquement la doctrine de Hoche. Il dispose de neuf mille hommes pour quelques dizaines d'insurgés. Charette change de gîte chaque nuit. Le 23 mars 1796, après vingt jours de cavale entre la Chabotterie, Saint-Sulpice-le-Verdon et la forêt de Gralas, il est cerné dans le bois de la Chabotterie, paroisse de Saint-Sulpice. Trois fidèles tombent à ses côtés, dont Pfeiffer, son officier suisse. Charette, blessé à la tête, à la main et à la cuisse, perd connaissance dans un fossé. Le grenadier Guibert le découvre, le porte sur ses épaules, le sauve du massacre.
Travot arrive sur les lieux. Il connaît la valeur du captif et donne l'ordre formel de l'épargner. Le soir même, Charette est soigné à la Chabotterie, puis transporté à Angers, puis à Nantes, où il arrive le 25 mars à huit heures du soir, sous bonne garde, dans une berline.
Le procès de Nantes : courage face au peloton
La commission militaire siège dès le 26 mars 1796 à l'hôtel de la Préfecture, ancien palais épiscopal. Le président est le général Dutilh. Cinq juges, dont Travot, qui supplie d'être dispensé. Charette comparaît debout, tête nue, le bras en écharpe. Il est vêtu de son uniforme vendéen, gilet blanc à brandebourgs, mouchoir noué autour du front pour cacher ses blessures.
L'interrogatoire dure deux heures. Charette répond sans flatter ni mendier. Il revendique chaque acte de guerre, refuse de dénoncer un seul de ses officiers, conteste seulement les pillages attribués à ses hommes. À la question : « Pourquoi avez-vous repris les armes après la Jaunaye ? », il répond : « Parce que vous avez assassiné mon roi. » Il parle de Louis XVII.
Le verdict tombe à dix-sept heures : peine de mort, exécution dans les vingt-quatre heures. Charette demande un confesseur. On lui envoie l'abbé Guibert, prêtre constitutionnel rétracté. Il refuse, demande un prêtre fidèle. On lui amène l'abbé Rémi, missionnaire de Saint-Laurent, déguisé. Il se confesse une heure, écrit deux lettres, l'une à sa femme, l'autre à Charles d'Autichamp, qu'il désigne pour reprendre, si possible, l'épée tombée.
Le 29 mars 1796, à treize heures, on vient le chercher. Il marche à pied de la prison du Bouffay à la place Viarme, environ quinze cents mètres, à travers une foule muette. Il a refusé la voiture. Il porte le même gilet blanc, les mêmes culottes, la même paire de bottes. À l'angle de la rue du Marchix, il salue la cathédrale Saint-Pierre. Place Viarme, neuf soldats du 109e de ligne forment le peloton. Travot, présent par devoir, détourne la tête.
Charette refuse le bandeau. Il prend lui-même position contre un orme, écarte les bras, fixe les fusils. Il commande lui-même le feu, en deux mots : « Visez au cœur. » Il tombe à quatorze heures précises, le 29 mars 1796, neuvième jour des Rameaux, à trente-deux ans, onze mois et huit jours. Le procès-verbal est signé par le général Dutilh et par Travot, qui demanda peu après sa mutation.
Postérité : Chateaubriand, Hugo, Puy du Fou, mémoire vivante
La mémoire de Charette s'est faite par strates. La première, immédiate, est celle des Mémoires de ses compagnons : Lucas de la Championnière, Le Bouvier-Desmortiers, La Boutetière. Manuscrits passés sous le manteau pendant l'Empire, imprimés sous la Restauration. Ils fixent la vulgate du chef solitaire, courageux, ironique, défiant les états-majors.
La deuxième strate est littéraire. Chateaubriand, dans les Mémoires d'outre-tombe, livre de Charette un portrait fameux : « Charette était un de ces hommes qui sortent du peuple, et qui, par la seule force de leur caractère, élèvent leur nom au-dessus de leur naissance. » Il reconnaît en lui un héros romantique avant l'heure. Victor Hugo, dans Quatrevingt-treize, transpose plusieurs traits de Charette dans le personnage de Lantenac, sans le nommer, et reprend la scène du grenier de Fonteclose dans une page mémorable.
La troisième strate est savante. Au XIXe siècle, Crétineau-Joly hagiographie. Au XXe, l'École de Nantes, autour de Reynald Secher, rétablit les faits par les archives départementales, révèle l'ampleur des destructions et restitue à Charette son intelligence stratégique. Jean-Clément Martin, parisien et plus distant, nuance la légende mais reconnaît la stature exceptionnelle. Anne Bernet et Lionel Dumarcet ont signé les biographies de référence depuis 1996, qui font autorité.
La quatrième strate est populaire. Le Puy du Fou, fondé en 1978 par Philippe de Villiers à proximité immédiate des terres de Charette, lui consacre depuis 1995 plusieurs scènes de la Cinéscénie et du spectacle Le Dernier Panache, qui depuis 2016 attire chaque année plus d'un million de spectateurs. Le héros y est simplifié, mais reconnu. La statue équestre de la place Viarme, inaugurée en 2008 après vif débat municipal, marque la fin d'une exclusion vieille de deux siècles.
Reste la mémoire des paroisses. À Couffé, à Saint-Sulpice-le-Verdon, à Belleville-sur-Vie, à la Chabotterie devenue logis-musée, le visiteur entend encore prononcer son nom comme on parle d'un parent. C'est sans doute la plus juste des postérités. Charette n'a pas voulu être ce qu'il est devenu. Il a voulu tenir une promesse faite un matin de mars 1793, dans un grenier de Fonteclose. Il l'a tenue trois ans, jusqu'au dernier orme de la place Viarme.
Questions fréquentes sur Charette
Charette était-il noble de haute lignée ?
Non. Les Charette appartenaient à la petite noblesse bretonne du Pays de Retz, anciennement extraite mais sans grande fortune. Ses cousins de la branche aînée siégeaient au parlement de Bretagne, mais la branche de la Contrie vivait modestement de ses métairies de Couffé.
Pourquoi a-t-il signé le traité de la Jaunaye en février 1795 ?
Pour préserver une population paysanne épuisée par les colonnes infernales et reconstituer ses forces. Il obtint la liberté du culte, l'amnistie et le maintien d'une garde armée. Le calcul stratégique fut juste, mais la décision lui valut l'inimitié durable des émigrés.
A-t-il combattu aux côtés de Cathelineau et La Rochejaquelein ?
Rarement. Charette commandait l'Armée du Bas-Poitou et du Pays de Retz, au sud de la Loire occidentale, tandis que la Grande Armée catholique et royale opérait en Anjou et dans les Mauges. Les rendez-vous communs, comme à Legé en 1793, restèrent l'exception.
Quel rôle a joué Quiberon dans sa chute ?
Décisif. Le débarquement émigré de juin-juillet 1795, mené sans concertation avec la Vendée, fut anéanti par Hoche. Le général républicain put ensuite concentrer quinze mille hommes contre Charette, ce qui rendit la guérilla intenable à terme.
Comment est-il mort exactement ?
Fusillé le 29 mars 1796 à 14 heures, place Viarme à Nantes, par neuf soldats du 109e de ligne, après un procès expéditif. Il refusa le bandeau, commanda lui-même le feu et mourut debout, adossé à un orme.
Existe-t-il une biographie de référence aujourd'hui ?
Trois ouvrages font autorité : Anne Bernet, Charette (Perrin, 2005), Lionel Dumarcet, François-Athanase Charette de la Contrie, une histoire véridique (Les Trois Orangers, 1998), et la synthèse plus distante de Jean-Clément Martin, La Vendée et la France (Seuil, 1987).
Bibliographie
- Anne Bernet, Charette, Paris, Perrin, 2005.
- Lionel Dumarcet, François-Athanase Charette de la Contrie, une histoire véridique, Paris, Les Trois Orangers, 1998.
- Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Paris, Seuil, 1987.
- Reynald Secher, Le Génocide franco-français : la Vendée-Vengé, Paris, PUF, 1986.
- Pierre-Suzanne Lucas de la Championnière, Mémoires d'un officier vendéen, 1793-1796, édition critique, Les Éditions du Bocage, 1994.
- Le Bouvier-Desmortiers, Réfutation des calomnies publiées contre le général Charette, Paris, 1809.
- Émile Gabory, Les Guerres de Vendée, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1989.
- Roger Dupuy, La République jacobine. Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire (1792-1794), Paris, Seuil, 2005.