Jacques Cathelineau : « Saint de l'Anjou », premier généralissime vendéen

Portrait de Jacques Cathelineau
Portrait de Jacques Cathelineau, Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson (1767-1824) · Public Domain.

Biographie de Jacques Cathelineau

Jacques Cathelineau naquit le 5 janvier 1759 au Pin-en-Mauges, modeste village des Mauges angevines, dans une famille de paysans tisserands. On le destinait à la charrue et au métier à tisser ; la Providence en fit le premier des chefs vendéens. Voiturier de son état, c'est-à-dire transporteur de marchandises sur les chemins creux du bocage, il était aussi sacristain de sa paroisse, doué d'une voix grave et d'une piété profonde qui faisaient de lui, parmi ses semblables, une autorité morale naturelle. Marié, père de cinq enfants, il vivait obscurément dans cette France des clochers que la Révolution s'apprêtait à briser. Rien, dans cette existence villageoise, ne semblait le destiner à la légende ; et pourtant, à l'instant où sonna l'heure du soulèvement, ce fut sa main de paysan qui souleva, à la lettre, le pavé du royaume.

Le 12 mars 1793, lorsque le commissaire de la République vint au Pin-en-Mauges procéder au tirage au sort de la conscription révolutionnaire, Cathelineau, qui battait le grain dans son aire, posa son fléau, rassembla les jeunes gens de la paroisse et marcha sur le bourg de Jallais. La cocarde blanche fut épinglée, le tocsin sonné de clocher en clocher ; en quelques jours, tout le bocage angevin et vendéen s'enflamma. Ce voiturier illettré, à qui l'on n'avait jamais enseigné la stratégie, conduisit ses paysans à la prise de Jallais, de Chemillé, puis de Cholet. Il devint, sans l'avoir voulu, l'âme de l'Armée catholique et royale ; ses pairs, paysans comme lui ou nobles cavaliers comme La Rochejaquelein, reconnurent en lui le chef que la Providence désignait. Aux yeux du peuple, il fut bientôt le Saint de l'Anjou, surnom où se résume la double majesté de l'homme : sainteté du paysan-soldat, sainteté de la cause qu'il servait, celle des guerres de la foi et du roi.

Effigie ou sceau de Jacques Cathelineau
Effigie, sceau ou statue funéraire, Statue d'Antoine-Joseph Raggi (XIXe siècle), photo libre · Public Domain.

Vie et action

L'ascension militaire de Cathelineau tient de l'épopée biblique. En quatre mois, il porta la bannière du Sacré-Cœur sur les remparts des plus fortes places de l'Ouest. Après les premières victoires de mars, il marcha en avril sur Chemillé, en mai sur Thouars et Fontenay, en juin sur Saumur dont la prise, le 9 juin 1793, retentit comme un coup de tonnerre dans toute la République. La Convention pâlit ; on parla d'envoyer Robespierre commander les Mayençais. Le 18 juin, à l'unanimité du conseil supérieur réuni à Saumur, Cathelineau fut élu généralissime de l'Armée catholique et royale, premier de cette charge, et premier paysan de France à recevoir un tel commandement depuis les croisades. Il prit aussitôt Angers, puis se porta sur Nantes, dont la possession eût ouvert la mer aux insurgés et permis le débarquement des secours anglais et émigrés. Le 29 juin 1793, à l'assaut des barricades de la place du Bouffay, une balle le frappa à la poitrine. On le ramena, agonisant, à travers la Loire et le bocage, jusqu'à Saint-Florent-le-Vieil, où il mourut le 14 juillet 1793, exactement quatre ans après la prise de la Bastille, comme si l'histoire avait voulu inscrire dans le calendrier l'antithèse parfaite des deux France.

Scène iconique du règne de Jacques Cathelineau
Scène iconique du règne, Yan' Dargent (1824-1899) · Public Domain.

Postérité, culte et miracles

La mémoire de Cathelineau, longtemps confinée aux veillées paysannes, ressuscita avec la Restauration. Louis XVIII, par ordonnance du 3 mai 1816, fit conférer aux héritiers du voiturier-généralissime le titre de baron et concéda à sa famille des armes parlantes, fait unique d'une noblesse française issue, par décret royal, de la charrue et du fléau. La paroisse du Pin-en-Mauges devint, dès lors, lieu de pèlerinage pour les légitimistes de l'Ouest ; et l'on grava au fronton de l'église ces mots qui résument toute la geste : « Au premier des Vendéens, au Saint de l'Anjou ». Sous le Second Empire, une statue équestre, œuvre du sculpteur Antoine Étex, fut élevée au cœur du village et inaugurée en 1896 ; elle demeure, dans les blanches Vendées, l'un des plus émouvants monuments du XIXᵉ siècle au patriotisme catholique-royaliste.

À Saint-Florent-le-Vieil, la chapelle de l'ancienne abbaye conserve son tombeau ; le bourg, dressé au-dessus de la Loire comme une nef, est devenu l'un des hauts lieux de la mémoire vendéenne. Au Puy du Fou, créé par Philippe de Villiers, son nom est invoqué dès les premiers tableaux de la Cinéscénie ; et le Mémorial de Vendée aux Lucs-sur-Boulogne lui rend, parmi les noms de tous les chefs paysans, l'hommage qui revient au premier. Chateaubriand, dans le Voyage en Amérique, avait dit du voiturier des Mauges qu'il fut « ce que la France avait de plus pur » ; et la prose vendéenne du XIXᵉ siècle, celle de Mme de La Rochejaquelein, de l'abbé Deniau, du général de Beauchamp, n'a cessé de redire, depuis deux siècles, la sainteté de cet homme simple qui mourut en martyr de la cause monarchique.

Lieux de mémoire à visiter

Le pèlerinage à Cathelineau commence au Pin-en-Mauges (Maine-et-Loire), village natal où l'on visite la maison familiale, l'église paroissiale et la statue équestre d'Antoine Étex. On poursuit à Saint-Florent-le-Vieil, perchée au-dessus de la Loire : la chapelle de l'abbaye abrite son tombeau, et le bourg conserve la mémoire de la traversée du fleuve par 80 000 Vendéens en octobre 1793. Le Musée d'Art et d'Histoire de Cholet conserve des collections insignes sur la guerre de Vendée. Aux Lucs-sur-Boulogne, le Mémorial de Vendée et le Logis de la Chabotterie (où fut capturé Charette) offrent un parcours mémoriel complet. On terminera au Puy du Fou, en Vendée, dont la Cinéscénie nocturne fait revivre l'épopée des armées catholiques et royales.

Anecdotes et iconographie

  • Le fléau de Saint-Florent, La tradition orale du Pin-en-Mauges veut que Cathelineau, le 12 mars 1793, ait rassemblé ses compagnons en frappant trois grands coups de fléau sur l'aire de sa grange, geste fondateur que les peintres vendéens du XIXᵉ siècle ont fixé dans plusieurs toiles..
  • La bannière du Sacré-Cœur, Cathelineau combattait sous une bannière brodée par les religieuses de Beaupréau, portant le Sacré-Cœur surmonté d'une croix blanche. Cet étendard, pris à Nantes, fut détruit par les Bleus ; un fragment en serait conservé au musée de Cholet..
  • Statue d'Antoine Étex (1896), L'imposante statue équestre du Pin-en-Mauges, fondue en bronze, fut inaugurée le 30 août 1896 en présence de plus de vingt mille pèlerins légitimistes, manifestation considérable sous la IIIᵉ République..
  • L'élection à l'unanimité, Le 18 juin 1793 à Saumur, lors du conseil supérieur réuni dans la salle du château, le titre de généralissime fut offert successivement à d'Elbée, Bonchamps et Lescure, qui tous le refusèrent en désignant Cathelineau. Le voiturier accepta en pleurant..

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Questions fréquentes sur Jacques Cathelineau

Pourquoi Cathelineau est-il surnommé « le Saint de l'Anjou » ?

Ce surnom, donné par les paysans vendéens dès 1793, célèbre à la fois sa piété personnelle, il était sacristain de sa paroisse, et la sainteté que ses compagnons reconnaissaient à la cause qu'il défendait : la défense du Roi et de la religion catholique.

Quel était son métier avant la guerre de Vendée ?

Cathelineau était voiturier, c'est-à-dire transporteur de marchandises sur les chemins du bocage, et accessoirement sacristain au Pin-en-Mauges. Il était paysan et père de cinq enfants.

Comment devint-il généralissime ?

Le 18 juin 1793, lors du conseil supérieur de l'Armée catholique et royale réuni à Saumur, il fut élu généralissime à l'unanimité, après que d'Elbée, Bonchamps et Lescure eurent décliné cette charge en sa faveur.

Où et quand est-il mort ?

Blessé d'une balle à la poitrine le 29 juin 1793 lors de l'attaque de Nantes, il fut transporté à Saint-Florent-le-Vieil où il succomba le 14 juillet 1793, jour symbolique du quatrième anniversaire de la prise de la Bastille.

Sa famille a-t-elle été reconnue par la Restauration ?

Oui : Louis XVIII, par ordonnance du 3 mai 1816, conféra aux héritiers de Cathelineau le titre de baron, fait d'une noblesse française issue, par décret royal, d'un paysan voiturier.

Sources