Patrimoine
Versailles acquiert un Nattier : Madame Infante en vestale
Le château de Versailles a préempté un portrait de Jean-Marc Nattier lors de la vente Osenat « La royauté à Versailles », le 21 juin 2026. Le tableau représente Louise-Élisabeth de France, dite Madame Infante, fille aînée de Louis XV, sous les traits d'une vestale. Cette huile sur toile mesure 136 sur 104 centimètres. Elle a été emportée à 150 000 euros au marteau, soit 192 000 euros frais compris. Versailles confirme ainsi son rôle de conservatoire de l'œuvre de Nattier.
Ce qui s'est passé
La scène se joue à Versailles, le dimanche 21 juin 2026, à la vente « La royauté à Versailles » de la maison Osenat. Un portrait de Jean-Marc Nattier est mis aux enchères, estimé entre 80 000 et 120 000 euros. Les offres montent. Le marteau tombe à 150 000 euros, soit 192 000 euros une fois les frais ajoutés. Le château de Versailles exerce alors son droit de préemption : la puissance publique se substitue à l'adjudicataire et emporte l'œuvre. Le tableau entre dans les collections du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
Qui était Madame Infante
Le modèle a un nom et une histoire. Louise-Élisabeth de France naît à Versailles en 1727. Elle est la première enfant donnée à Louis XV par la reine Marie Leszczynska, et la sœur jumelle de Madame Henriette. On l'appelle d'abord Madame Première. En 1739, elle quitte la cour de France pour épouser l'infant Philippe d'Espagne, son cousin. De ce mariage lui vient son surnom de Madame Infante. En 1748, son époux reçoit les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla : elle devient duchesse de Parme. Elle meurt en 1759. Nattier la peint ici en vestale, prêtresse de la Rome antique, selon le goût du portrait allégorique qui a fait sa réputation à la cour.
Le contexte : Nattier, peintre des filles de Louis XV
Jean-Marc Nattier domine le portrait de cour sous Louis XV. Il a peint la famille royale, et tout particulièrement les filles du roi, souvent travesties en figures mythologiques ou allégoriques. La vestale, la source, l'aurore : ces déguisements peints flattent le modèle et élèvent le portrait au rang de tableau d'histoire. Le portrait de Madame Infante appartient à cette manière. Sa provenance se lit comme une carte de l'amateur d'art : avant 1930, il figure dans la collection du prince Czartoryski, à l'hôtel Lambert, à Paris. Il reparaît ensuite en vente publique au palais Galliera en 1975, puis à l'hôtel Drouot en 1994.
Pourquoi c'est important
Pour Versailles, rassembler les Nattier n'est pas un caprice de collectionneur. Le château est le lieu où ces portraits ont été conçus et regardés. Les y faire revenir, c'est reconstituer la galerie de la famille royale telle que le XVIIIe siècle l'a voulue. Madame Infante rejoint ainsi son père Louis XV, sa mère et ses sœurs, dont les effigies sont déjà conservées dans les collections nationales. Chaque tableau retrouvé referme un trou dans ce portrait collectif de la dynastie.
Ce que cela change pour Versailles
L'acquisition prolonge une politique suivie. En 2025, le musée avait déjà acheté un autre portrait de Nattier. La préemption du 21 juin 2026 confirme la place du château comme conservatoire de ce peintre. Le tableau pourra rejoindre les salles consacrées au XVIIIe siècle et aux enfants de Louis XV. Pour le public, c'est un visage de plus rendu à la cour de France, et une œuvre soustraite à la dispersion du marché privé.
Questions fréquentes
Qui a peint ce portrait ?
Jean-Marc Nattier (1685-1766), portraitiste de la cour de Louis XV, réputé pour ses portraits allégoriques des filles du roi.
Qui est représentée ?
Louise-Élisabeth de France, dite Madame Infante, fille aînée de Louis XV et duchesse de Parme, figurée en vestale.
Combien le tableau a-t-il coûté ?
150 000 euros au marteau, soit 192 000 euros frais compris, à la vente Osenat du 21 juin 2026. L'estimation était de 80 000 à 120 000 euros.
Comment Versailles l'a-t-il acquis ?
Par préemption : le Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon s'est substitué à l'adjudicataire au prix atteint en salle.
Sources
- La Tribune de l'Art, « Un grand Nattier pour Versailles ».
- Osenat, vente « La royauté à Versailles », 21 juin 2026, portrait de Madame Infante par Jean-Marc Nattier.
- Éditions Faton, sur la préemption du portrait de Madame Infante par le château de Versailles.
Image : Claude-Louis Châtelet, Wikimedia Commons (Public domain)