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    Archéologie

    Tonnerre : sous une future maison, la ville haute détruite en 1414

    Par La rédaction de France Éternelle · Tonnerre (Yonne), 3 septembre 2026

    L'Inrap fouille 750 mètres carrés au sommet de la colline de Montbellant, à Tonnerre, avant la construction d'une maison individuelle. Sous plus de deux mètres de terre s'empilent une cave médiévale à escalier de pierre, des bâtiments gallo-romains et un habitat du Ier siècle avant notre ère. Le chantier ouvre au public le 3 septembre.

    Ce que la fouille dégage

    Un particulier veut bâtir une maison sur les hauteurs de Tonnerre. L'État prescrit une fouille. C'est ainsi que l'Inrap travaille depuis cet été sur une parcelle d'environ 750 mètres carrés, au sommet de la colline de Montbellant, chemin des Vieux Châteaux. Le contrôle scientifique revient au service régional de l'archéologie de la direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté. La responsable scientifique de l'opération est Stéphanie Morel-Lecornué, de l'Inrap.

    La parcelle se trouve à moins de cinquante mètres d'une autre fouille, conduite en 2024, qui avait déjà livré des données sur l'évolution de la ville primitive depuis la période gauloise jusqu'au XVe siècle. Le nouveau chantier prolonge donc une enquête commencée sur la colline, parcelle après parcelle.

    L'épaisseur de terre dépasse deux mètres à certains endroits. Il faut plusieurs décapages successifs avant d'atteindre le calcaire naturel. Le premier a mis au jour les occupations les plus récentes, datées de la fin du Moyen Âge. Ce sont elles qui marquent l'abandon de l'habitat au sommet.

    Une cave, un escalier, une voûte tombée dans un trou

    Le vestige le plus lisible est un grand bâtiment, probablement du milieu du Moyen Âge, fouillé en bordure d'emprise. Il a été remanié plusieurs fois et compte plusieurs pièces. L'une d'elles est une cave, creusée en partie dans le substrat rocheux, avec son escalier en pierres de taille de belle facture. Elle recoupe des fosses antiques. Comblée au cours du Moyen Âge, elle jouxte une seconde cave, celle-là antique, dont l'espace légèrement surélevé a été conservé.

    La deuxième pièce dégagée avait une entrée voûtée ouverte sur la vallée. Elle s'est effondrée dans une fosse plus ancienne située dessous, un phénomène de soutirage qui a entraîné dans le vide une partie du mur et de la voûte. Les archéologues ont récupéré plusieurs claveaux, dont certains portent des marques de tâcherons, ces signes que les tailleurs de pierre gravaient sur leur ouvrage. Entre deux pierres du parement, une fiche en fer était encore en place : il y avait là une porte en bois.

    Dessous, la ville antique et ses forges

    L'occupation antique apparaît sous les niveaux médiévaux. Plusieurs bâtiments sont encore conservés en élévation, parfois avec leurs sols. Des scories jonchent toute l'emprise, ce qui laisse supposer un atelier métallurgique à proximité. Les constructions s'accrochent aux pentes escarpées de la colline : l'espace disponible était compté, et l'occupation dense.

    Ces niveaux succèdent à un premier établissement, plus ancien encore, qui remonte au Ier siècle avant notre ère. Il est très perturbé par tout ce qui a été creusé après lui, mais la céramique et les monnaies retrouvées dans ces fosses confirment un habitat organisé au sommet de la colline. Les décapages à venir doivent remonter le temps jusqu'à cet état initial.

    La fouille de 2024 avait déjà situé le lieu : la ville antique s'appelait Tornodorum, elle occupait un carrefour de voies à l'extrémité occidentale du territoire des Lingons, ce peuple gaulois dont Langres était la capitale. La colline de Montbellant, avec sa position dominante et son rempart, en a toutes les caractéristiques d'un oppidum. Le rempart médiéval, plus tard, reprendra les soubassements du rempart gaulois.

    Octobre 1414 : la ville descend et ne remonte plus

    Pourquoi la colline a-t-elle été abandonnée ? L'histoire écrite donne une date. Le château comtal, bâti au XIe siècle à l'extrémité sud de l'oppidum, est détruit avec la ville haute par les troupes bourguignonnes en octobre 1414, rappelle l'Inrap. Le Tonnerrois est alors pris dans la guerre entre Armagnacs et Bourguignons, cette querelle française à l'intérieur de la guerre de Cent Ans.

    La ville, elle, n'est pas morte. Elle avait déjà commencé à vivre en contrebas. En 1293, Marguerite de Bourgogne, comtesse de Tonnerre et veuve de Charles d'Anjou, roi de Sicile, y avait fondé l'hôtel-Dieu Notre-Dame-des-Fontenilles, qui accueillit ses premiers malades en 1295. Elle y fut inhumée en 1308, dans le chœur de la grande salle. Le bâtiment est aujourd'hui l'un des plus longs hôpitaux médiévaux conservés en Europe. Après 1414, la ville reste en bas et le sommet retourne aux jardins et aux vergers. C'est cette bascule que l'archéologie permet de dater précisément, maison par maison, cave par cave.

    Le lieu était habité bien avant les comtes : au VIe siècle, Grégoire de Tours mentionnait déjà un Ternodorense castrum dans son Histoire des Francs. Quinze siècles d'occupation tiennent dans les deux mètres de terre que les archéologues traversent en ce moment.

    Voir le chantier le 3 septembre

    L'Inrap ouvre le chantier au public le jeudi 3 septembre 2026, de 16 h 30 à 18 h 30, chemin des Vieux Châteaux. L'inscription est obligatoire. L'accès se fait à pied depuis l'église Saint-Pierre, qui domine la ville : compter dix minutes de montée en suivant le balisage. C'est, à peu de chose près, le chemin que prenaient les habitants de la ville haute avant 1414.

    Questions fréquentes

    Que fouille-t-on exactement à Tonnerre ?

    Une parcelle d'environ 750 m² au sommet de la colline de Montbellant, avant la construction d'une maison individuelle. Les vestiges vont du Ier siècle avant notre ère à la fin du Moyen Âge.

    Qu'a-t-on déjà trouvé ?

    Un grand bâtiment médiéval avec une cave et son escalier de pierre, une entrée voûtée effondrée, des bâtiments antiques conservés en élévation, des scories de métallurgie, de la céramique et des monnaies.

    Pourquoi la ville haute a-t-elle disparu ?

    Le château comtal et la ville haute ont été détruits par les troupes bourguignonnes en octobre 1414, selon l'Inrap. La ville s'était déjà développée en contrebas et elle n'est jamais remontée sur la colline.

    Peut-on visiter la fouille ?

    Oui, le jeudi 3 septembre 2026 de 16 h 30 à 18 h 30, chemin des Vieux Châteaux, sur inscription obligatoire. L'accès se fait à pied depuis l'église Saint-Pierre.

    Sources

    • Inrap, « Tonnerre : de l'oppidum gaulois à la ville haute du XVe siècle (Yonne) », 26 août 2026.
    • Inrap, « 1500 ans d'histoire sur l'oppidum de Tonnerre (Yonne) », 6 mai 2024.
    • Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livre V, chapitre 5 (mention du Ternodorense castrum).

    Image : Chabe01, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). Église Saint-Pierre de Tonnerre.