Histoire de France
Marc Bloch au Panthéon : l'historien qui étudia le sacre des rois
Marc et Simonne Bloch sont entrés au Panthéon le 23 juin 2026, au cours d'une cérémonie présidée par le président de la République à 21 heures, rue Soufflot. Marc Bloch, né à Lyon en 1886, fut l'un des plus grands historiens français du XXe siècle et l'un des fondateurs de la revue des Annales. Arrêté par la Gestapo, il est fusillé le 16 juin 1944. Quatre-vingt-deux ans plus tard, la Nation l'honore pour son œuvre, son enseignement et son courage.
Ce qui s'est passé
Le 23 juin 2026, à 21 heures, la Nation a rendu un hommage solennel à Marc et Simonne Bloch. La cérémonie s'est tenue rue Soufflot, devant le Panthéon, dans le 5e arrondissement de Paris. Le président de la République la présidait. Le discours a rappelé la mort de l'historien : « Ce 16 juin 1944, au crépuscule, dans un champ de la région lyonnaise, les nazis exécutent leurs prisonniers. » Marc Bloch tombe ce jour-là avec vingt-neuf autres détenus, à Saint-Didier-de-Formans, dans l'Ain.
La décision avait été prise par le chef de l'État le 23 novembre 2024, à Strasbourg, lors du 80e anniversaire de la libération de la ville. Marc Bloch entre au Panthéon « pour son œuvre, son enseignement et son courage ». Son épouse Simonne entre à ses côtés. Le monument rouvre à la visite le 25 juin 2026 à 10 heures, avec un accès gratuit jusqu'au 28 juin.
Qui était Marc Bloch, l'historien
Marc Bloch naît à Lyon le 6 juillet 1886, dans une famille juive alsacienne. Son père enseigne l'histoire ancienne. Lui choisit le Moyen Âge. Reçu à l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, il enseigne après la Première Guerre mondiale à l'université de Strasbourg, redevenue française. C'est là qu'il rencontre Lucien Febvre, un autre historien. Les deux hommes vont changer la manière d'écrire l'histoire en France.
En 1929, Bloch et Febvre fondent une revue : les Annales d'histoire économique et sociale. Le programme est clair. L'histoire ne doit pas se réduire au récit des batailles et des rois. Elle doit étudier les sociétés entières : l'économie, les croyances, les techniques, les gestes du quotidien. Bloch parle d'une « histoire-problème », qui pose des questions au passé, contre une « histoire-récit » qui se contente de raconter. Cette école marquera l'historiographie mondiale pour le reste du siècle.
Son grand livre médiéval, La Société féodale, paraît en 1939 et 1940. Bloch y décrit l'Europe des Xe et XIe siècles : les liens d'homme à homme, le serment vassalique, la naissance de la noblesse. Il cherche à comprendre comment une société tient debout, et non à dresser une galerie de portraits. C'est cette méthode, attentive aux structures et aux mentalités, qui fait de lui un maître.
« Les Rois thaumaturges » : l'historien du sacre royal
Dans Les Rois thaumaturges, publié en 1924, Marc Bloch étudie une croyance longtemps tenue pour acquise : le pouvoir des rois de France et d'Angleterre de guérir les écrouelles par simple toucher. Du Moyen Âge au XIXe siècle, le roi sacré posait la main sur les malades en prononçant : « Le roi te touche, Dieu te guérit. »
Ce livre compte parmi les plus originaux de l'historien. Bloch y prend au sérieux une pratique que ses prédécesseurs jugeaient superstitieuse. Il en suit la trace sur huit siècles. Il montre comment la royauté française a uni trois fondements : la dynastie, la religion, le territoire. Le toucher des écrouelles n'est pas un détail folklorique. Il dit la nature sacrée du pouvoir royal, reçue lors du sacre à Reims. Le roi de France, oint du saint chrême, n'était pas un simple chef. On le croyait porteur d'une grâce particulière.
Bloch n'écrit pas en croyant ni en militant. Il écrit en historien. Il cherche à comprendre pourquoi des millions d'hommes ont cru, pendant des siècles, à la main guérisseuse de leur roi. Cette enquête sur le sacré et le politique fait des Rois thaumaturges un classique. Elle relie son œuvre à l'histoire longue de la monarchie chrétienne, celle des rois de France couronnés à la cathédrale de Reims.
« L'histoire est la science des hommes dans le temps. »Marc Bloch, Apologie pour l'histoire ou métier d'historien
De la prison Montluc au champ de Saint-Didier
La guerre rattrape l'historien. Mobilisé en 1939 à plus de cinquante ans, Bloch vit la défaite de 1940. Il en tire un texte lucide, L'Étrange Défaite, écrit dans l'été 1940 et publié après sa mort. Il y analyse l'effondrement français sans complaisance, en témoin et en savant.
Juif, révoqué par les lois de Vichy, Bloch entre dans la Résistance. Il rejoint le réseau Franc-Tireur à Lyon. Recruté à cinquante-sept ans, il prend des responsabilités régionales. La Gestapo l'arrête à Lyon le 8 mars 1944. Il est emprisonné et torturé à la prison de Montluc. Le 16 juin 1944, il est fusillé à Saint-Didier-de-Formans avec vingt-neuf autres prisonniers. Pendant sa captivité, il avait commencé un dernier livre, resté inachevé : Apologie pour l'histoire, réflexion sur le métier d'historien.
Un cénotaphe au Panthéon : ce que l'hommage signifie
La panthéonisation de Marc Bloch est un hommage symbolique. Sa dépouille ne repose pas sous la coupole : ses cendres ont été transférées en 1977 dans le caveau familial, en Creuse, où elles demeurent. Le Panthéon accueille donc un cénotaphe, un monument sans corps, comme pour d'autres grandes figures déjà honorées. L'édifice lui-même porte une double mémoire. Élevé au XVIIIe siècle comme église dédiée à sainte Geneviève, patronne de Paris, il fut transformé en temple laïque des grands hommes pendant la Révolution. Y entrer, pour Marc Bloch, c'est rejoindre une liste de noms que la République tient pour fondateurs. C'est aussi reconnaître qu'un historien, par ses livres et par sa mort, appartient au patrimoine de la Nation.
Le geste honore deux héritages à la fois. Celui du savant qui renouvela l'écriture de l'histoire. Et celui du résistant qui paya de sa vie son engagement. Les deux ne se séparent pas chez Bloch. Sa méthode et son courage procèdent de la même exigence de vérité.
Questions fréquentes
Quand Marc Bloch est-il entré au Panthéon ?
Le 23 juin 2026, lors d'une cérémonie nationale présidée par le président de la République à 21 heures, rue Soufflot à Paris. Son épouse Simonne entre à ses côtés.
Qui était Marc Bloch ?
Un historien français né à Lyon en 1886, médiéviste, cofondateur de la revue des Annales avec Lucien Febvre. Résistant, il est fusillé par la Gestapo le 16 juin 1944.
Quel est le sujet des « Rois thaumaturges » ?
Ce livre de 1924 étudie la croyance au pouvoir des rois de France et d'Angleterre de guérir les écrouelles par le toucher, et le caractère sacré de la royauté.
La dépouille de Marc Bloch repose-t-elle au Panthéon ?
Non. Ses cendres demeurent dans le caveau familial en Creuse depuis 1977. Le Panthéon abrite un cénotaphe, c'est-à-dire un monument sans corps.
Sources
- Présidence de la République, « Cérémonie d'entrée au Panthéon de Marc Bloch », 23 juin 2026 (elysee.fr).
- Ministère de la Culture, dossier « Marc Bloch entre au Panthéon » (culture.gouv.fr).
- Centre des monuments nationaux, « Hommage solennel de la Nation à Marc et Simonne Bloch au Panthéon ».
- Marc Bloch, Les Rois thaumaturges (1924), La Société féodale (1939-1940), L'Étrange Défaite et Apologie pour l'histoire (posthumes).