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    Patrimoine

    Gustave Fayet : le collectionneur qui sauva l'abbaye de Fontfroide

    Par La rédaction de France Éternelle · Villeneuve-lès-Avignon, 14 septembre 2026

    Cent ans après sa mort, Gustave Fayet (1865-1925) revient à la lumière. Ce peintre et collectionneur de Béziers avait racheté en 1908 l'abbaye cistercienne de Fontfroide, alors en ruine, pour la sauver. Il y appela Odilon Redon. Une exposition lui a été consacrée du 1er mars au 2 août 2026 à l'abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon. Le 9 octobre, la Fondation Louis Vuitton lui ouvre une grande rétrospective. L'homme qui fut l'un des premiers à collectionner Gauguin et Van Gogh sort enfin de l'oubli.

    Un centenaire en plusieurs actes

    Le nom de Gustave Fayet ne dit plus grand-chose au grand public. La « Saison du centenaire », étalée de 2025 à 2027, entend corriger cet oubli. Elle réunit expositions, concerts, publications et conférences autour de la mort de l'artiste, survenue en 1925.

    Deux rendez-vous en forment l'ossature. À Villeneuve-lès-Avignon, l'abbaye Saint-André a présenté « Gustave Fayet et ses jardins imaginaires » du 1er mars au 2 août 2026. L'exposition suivait le fil de ses jardins, ceux de Fontfroide comme ceux de ses autres propriétés, devenus la matière de ses toiles, tapis et papiers peints. Puis, à Paris, la Fondation Louis Vuitton ouvre « Gustave Fayet, collectionneur - créateur » du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027. Selon la fondation, le projet mobilise 64 institutions internationales et 71 collections privées.

    Qui était Gustave Fayet ?

    Gustave Fayet naît à Béziers en 1865, dans une famille de propriétaires viticoles. Il est peintre, céramiste, décorateur et créateur de tapis. Il est surtout l'un des collectionneurs les plus audacieux de sa génération. À partir de 1905, sa demeure parisienne de la rue de Bellechasse devient un lieu de passage pour les amateurs d'art moderne.

    Sa passion pour Paul Gauguin est précoce : les deux hommes se lient dès 1897. Sa collection finira par compter quelque 200 œuvres du peintre, au point que sa demeure parisienne passe pour un « musée Gauguin ». Il collectionne aussi Van Gogh, dont il achète en mars 1902 l'« Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe », qu'il gardera jusqu'à sa mort. En 1920, il fonde à Paris l'Atelier de la Dauphine, où ses motifs floraux deviennent des tapis. Jeanne Lanvin et Jacques Doucet comptent parmi ses clients. Fayet touche ainsi à toutes les formes de l'art décoratif, de la tradition des grandes manufactures aux recherches de son temps.

    Fontfroide, l'abbaye cistercienne qu'il a sauvée

    C'est ici que l'histoire rejoint le patrimoine chrétien de la France. En 1908, Gustave Fayet et son épouse Madeleine rachètent l'abbaye de Fontfroide, dans la campagne de Narbonne, en Aude. Fondée en 1093 et entrée dans l'ordre cistercien en 1145, l'abbaye a été vidée par la Révolution, brièvement réoccupée par une communauté cistercienne au XIXe siècle, puis laissée à l'abandon après le départ définitif des moines en 1901. Le couple y engage sa fortune. Il restaure les bâtiments, replante les jardins et rappelle des artistes vivants dans ces murs médiévaux. Fontfroide passe de la ruine à la création.

    Le geste le plus marquant concerne la bibliothèque. Fayet commande à son ami Odilon Redon deux immenses toiles pour en couvrir les hauts murs. Il lui fait visiter l'abbaye en mars 1910 ; dès le mois d'avril, le peintre symboliste loue un atelier parisien pour attaquer les panneaux. « Le Jour » et « La Nuit » mesurent chacun six mètres cinquante de long et sont peints à la détrempe. Un troisième panneau, « Le Silence », les accompagne. Les trois sont classés au titre des monuments historiques et conservés à Fontfroide, qu'ils quitteront exceptionnellement pour la rétrospective parisienne. Une abbaye cistercienne, vouée au dépouillement, accueillait ainsi l'un des grands décors du symbolisme français. Fontfroide appartient aujourd'hui aux descendants de Fayet et se visite. Ce sauvetage privé rappelle d'autres chantiers de restauration du patrimoine religieux, menés cette fois par un particulier.

    Le lien avec l'histoire monastique est direct. Fontfroide relève de l'ordre cistercien de saint Bernard, celui du dépouillement et du travail manuel. En sauvant l'abbaye, Fayet a préservé une page de cette histoire, tout en la rouvrant à l'art de son siècle.

    Pourquoi la Fondation Louis Vuitton le ressort de l'ombre

    Fayet occupe une place rare : celle de l'artiste qui fut aussi un découvreur. Il achète tôt, il expose, il commande. Sa collection Gauguin, révélée lors des grandes rétrospectives du début du siècle, a compté dans la reconnaissance du peintre. Sa propre œuvre de décorateur, longtemps restée dans des collections privées, reste peu connue.

    La rétrospective de la Fondation Louis Vuitton répond à ce double visage. Elle se déploie en deux volets, Fayet collectionneur et Fayet créateur, répartis en vingt-huit sections dans l'ensemble des espaces de la Fondation. L'ampleur du prêt, 64 institutions internationales et 71 collections privées, mesure l'effort de rassemblement. Pour un artiste tombé dans l'oubli, l'exposition parisienne agit comme une réhabilitation.

    Ce que le centenaire peut changer

    La reconnaissance d'un artiste tient souvent à la visibilité de ses œuvres. En rassemblant des pièces dispersées, la saison du centenaire pourrait replacer Fayet dans le récit de l'art moderne français. Elle éclaire aussi un versant patrimonial méconnu : le rôle des mécènes privés dans le sauvetage des abbayes après la Révolution. Fontfroide, sauvée par un collectionneur, en est un cas remarquable. Le musée des Beaux-Arts de Béziers, dont l'un des deux sites occupe l'hôtel particulier donné à la ville par la famille Fayet en 1966, devrait profiter de ce regain d'intérêt pour la mémoire de sa ville.

    Questions fréquentes

    Qui était Gustave Fayet ?

    Un peintre, décorateur et collectionneur né à Béziers en 1865, mort en 1925. Il fut l'un des premiers collectionneurs français de Gauguin et de Van Gogh, et il sauva l'abbaye de Fontfroide.

    Pourquoi Fontfroide est-elle liée à Gustave Fayet ?

    Il racheta cette abbaye cistercienne en ruine en 1908, la restaura et y fit peindre par Odilon Redon deux grandes toiles pour la bibliothèque, « Le Jour » et « La Nuit ».

    Où voir Gustave Fayet en 2026 ?

    À la Fondation Louis Vuitton, à Paris, du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027. L'exposition de l'abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon, elle, s'est achevée le 2 août 2026.

    Sources

    • La Tribune de l'Art, « Gustave Fayet et ses jardins imaginaires » (8 juillet 2026).
    • Fondation Louis Vuitton, exposition « Gustave Fayet, collectionneur - créateur » (9 octobre 2026 - 8 mars 2027), Paris.
    • Abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon, exposition « Gustave Fayet et ses jardins imaginaires » (1er mars - 2 août 2026) : présentation.
    • Ministère de la Culture, « Gustave Fayet à Fontfroide, un artiste en son abbaye » : notice de publication.
    • Abbaye de Fontfroide, dossier « Gustave Fayet, l'art en héritage ».

    Image : Gustave Fayet, « Vue de Saint-Mandrier, près de Toulon » (1890). Wikimedia Commons (domaine public)