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Archéologie
Erbray : un village de potiers fouillé, et treize pièces de Charles VI
Les archives connaissaient les potiers des Landelles depuis le XVIe siècle. La terre, elle, les fait remonter trois siècles plus haut. À Erbray, en Loire-Atlantique, une fouille de l'Inrap a dégagé un habitat du XIIIe siècle, des tonnes de tessons, les restes d'un four monté avec des pots, et treize monnaies au nom de Charles VI empilées dans une bourse de tissu.
D'abord, un sol qui décide du métier
Un village ne devient pas potier par hasard. Les Landelles occupent une zone riche en altérites argileuses. La matière première est sous les pieds, il suffit de creuser. C'est ce qu'ont fait les habitants, et les archéologues retrouvent leurs fosses d'extraction en travers de la parcelle. La spécialisation est ancienne, note l'Inrap : le hameau se tourne très tôt vers la production de céramique.
La fouille a été prescrite avant un projet de construction mené par la commune d'Erbray. Le service régional de l'archéologie de la direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire en assure le contrôle scientifique. L'opération est dirigée par Patrick Bellanger, de l'Inrap. Quelques indices néolithiques ou protohistoriques traînent dans les couches, mais l'essentiel commence bien plus tard.
Le XIIIe siècle : des maisons, des fossés, un atelier
Le premier ensemble lisible date des XIIIe et XIVe siècles. Fossés de drainage, fossé curviligne dont la fonction reste indéterminée, quelques trous de poteau, fosses d'extraction d'argile, et l'arase d'un pignon de bâtiment. De quoi affirmer qu'on habitait là. Cet habitat pourrait correspondre aux « vieilles maisons » ou « vieilles murailles » que les aveux du XVIe siècle, ces actes juridiques déclarant les biens tenus d'un seigneur, mentionnent sur le lieu.
La céramique de cette période est abondante. Elle a une signature : une pâte beige et rose, tournée, assez grossière, avec de gros grains de quartz qui affleurent en surface. C'est la marque des Landelles au Moyen Âge. Le service qui sort de terre est celui d'une maison ordinaire et bien équipée : pots, pichets, une bouteille possible, une gourde ou un tonnelet, deux tirelires, des plats, des poêles, une lèchefrite probable, des mortiers, des coupes, une tasse, deux vases de réserve, un couvercle.
Le four, lui, ne s'est pas conservé. Il a laissé mieux qu'une trace : de nombreux fragments de parois portant des empreintes de pots, et des tessons marqués d'argile cuite. Les archéologues y lisent une voûte de four bâtie avec des pots assemblés, technique qui suffit à établir la présence d'un atelier sur place.
Une génération manque, puis le terrain se remplit de ratés
Vers le milieu du XVe siècle, l'occupation s'interrompt. Le bâtiment est détruit. Le terrain devient une zone d'extraction, criblée de creusements. Puis on reprend tout : les trous sont comblés, de nouveaux fossés drainants tracés, le sol remblayé. Et le remblai, ici, se compose de tessons.
Ces tessons proviennent de la vidange d'une tessonnière de potier, le dépotoir où l'on jette la production perdue. Elle date de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle. Le comblement a livré de nombreux récipients archéologiquement complets, parfois intacts, mais déformés. Ce sont des ratés de cuisson : une chauffe mal maîtrisée, une surcuisson, et le pot s'affaisse. Invendables au XVe siècle, ils constituent aujourd'hui le meilleur échantillon possible de ce que produisait l'atelier. Trois bâtiments s'élèvent ensuite sur ce sol de céramique brisée.
Ce que mangeaient les potiers
La poterie n'occupait pas tout. Quelques outils sortis de terre disent l'autre moitié du travail : une houe, une serfouette, une faucille. Les études carpologique et palynologique, qui identifient graines et pollens, dessinent les cultures des Landelles : céréales avec l'avoine et le seigle, sarrasin, pois et autres légumineuses, chou, oseille-épinard, pourpier, vigne. De nombreuses scories signalent par ailleurs une activité de forge, favorisée par les gisements de minerai de fer d'un secteur alors fortement boisé.
Ces gens vivaient mieux que la moyenne rurale. L'Inrap avance trois arguments convergents. Les aveux décrivent des maisons couvertes d'ardoises. Les rejets osseux comprennent du cerf, du chevreuil et de jeunes bovins, une alimentation de type élitaire. Et il y a le dépôt monétaire.
Treize pièces dans une bourse de tissu
Treize monnaies de haut billon, frappées au nom de Charles VI et datées de la fin du XIVe siècle, ont été retrouvées empilées, encore contenues dans une bourse en tissu. Charles VI règne sur la France de 1380 à 1422. Ce petit trésor, calcule l'Inrap, représente l'équivalent de plusieurs semaines du salaire d'un manouvrier, c'est-à-dire d'un journalier sans terre.
La somme n'a rien de royal. Elle dit autre chose, et de plus intéressant : dans un hameau de l'Ouest, à la fin du XIVe siècle, un artisan pouvait mettre de côté et garder chez lui de quoi tenir un mois. La production potière procurait un statut, écrit l'Inrap. Le dépôt en donne la mesure exacte.
Trois siècles rendus au métier
L'apport de la fouille tient en une phrase. Les Landelles étaient réputées pour leurs potiers depuis le XVIe siècle, par les textes. La terre place désormais le début du métier au XIIIe siècle et le suit jusqu'au début du XIXe. Six siècles de continuité artisanale dans un seul hameau, avec sa géologie pour cause et ses ratés de cuisson pour archives. L'archéologie préventive, ici, n'a pas seulement daté : elle a corrigé une chronologie que personne ne discutait.
Sources
- Inrap, « Un village de potiers à Erbray (Loire-Atlantique) », publié le 28 août 2026. Aménageur : commune d'Erbray. Prescription et contrôle scientifique : SRA, DRAC Pays de la Loire. Responsable d'opération : Patrick Bellanger.
- Inrap, chronique de site « Les Landelles à Erbray (Loire-Atlantique) ».
Image : l'église d'Erbray (Loire-Atlantique). Photo Fab5669, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.