Sur les pas des Cisterciens — de Bourgogne en Provence
Atlas France Éternelle · Parcours
Sur les pas des Cisterciens — de Bourgogne en Provence
Fondé en 1098 à Cîteaux par Robert de Molesme, l'ordre cistercien voulut restaurer la Règle de saint Benoît dans toute sa rigueur primitive : pauvreté, silence, travail manuel, dépouillement architectural. Sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux (1090-1153), l'ordre essaime dans toute l'Europe — 350 abbayes en 1153, près de 750 au XVᵉ siècle. Ce circuit de six étapes relie d'abord les fondations matricielles bourguignonnes (Cîteaux, Fontenay, Pontigny, La Bussière) puis prolonge en Provence vers les « trois sœurs » — Sénanque et Le Thoronet — chefs-d'œuvre de l'esthétique cistercienne méridionale. À chaque étape, la même grammaire : plan bénédictin rigoureux, absence d'ornement, lumière apaisée, pierre nue. À chaque étape aussi, la même quête : « Vous trouverez davantage dans les forêts que dans les livres », écrit Bernard à Henri Murdach. Compter quatre jours pour la séquence bourguignonne, deux ou trois jours supplémentaires pour la Provence.
Carte du parcours
Les 6 étapes
-
1
Abbaye de Cîteaux
La maison-mère, fondée le 21 mars 1098 par Robert de Molesme et vingt-et-un moines en quête d'une observance plus rigoureuse de la Règle. C'est sous le troisième abbé, Étienne Harding (1108-1133), que l'ordre prit son essor — notamment grâce à l'arrivée en 1112 de Bernard et de ses trente compagnons. Ravagée à la Révolution, l'abbaye fut rachetée par les trappistes en 1898 et abrite aujourd'hui une communauté monastique vivante. Subsistent la bibliothèque (XVᵉ s.), le « définitoire » (XVIIᵉ s.) et la chapelle néogothique. Production artisanale du fromage de Cîteaux.
Lire la fiche complète → -
2
Abbaye de Fontenay
Fondée en 1118 par Bernard de Clairvaux lui-même, Fontenay est la plus ancienne abbaye cistercienne conservée intégralement au monde — première inscription française au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981. L'église abbatiale (1139-1147), le cloître, la salle capitulaire, le scriptorium, le dortoir et la forge — l'une des plus anciennes d'Europe — forment un ensemble unique illustrant l'autarcie cistercienne. La nudité totale du décor, la lumière mesurée, l'acoustique parfaite font de l'abbatiale un manifeste de l'esthétique bernardine. Propriété privée de la famille Aynard depuis 1906.
Lire la fiche complète → -
3
Abbaye de Pontigny
Deuxième fille de Cîteaux (1114), Pontigny abrita successivement trois archevêques de Cantorbéry exilés : Thomas Becket (1164-1166), Étienne Langton (1208-1213) et Edme Rich (mort à Soisy en 1240, inhumé à Pontigny et canonisé en 1246). L'église abbatiale (1150-1170) est, par ses 119 mètres de long, la plus vaste église cistercienne conservée. Sa façade dépouillée et sa nef à neuf travées exemplifient l'art cistercien primitif. Décades de Pontigny (1910-1939) : haut lieu de la pensée européenne sous l'impulsion de Paul Desjardins.
Lire la fiche complète → -
4
Abbaye de La Bussière-sur-Ouche
Fondée en 1131 par Étienne de Bagé, évêque d'Autun, comme fille de l'abbaye de Cîteaux, La Bussière fut un foyer monastique modeste mais durable. Vendue à la Révolution comme bien national, ses bâtiments conventuels (XVIIᵉ-XVIIIᵉ s.) sont aujourd'hui transformés en hôtel de luxe. L'église abbatiale du XIIᵉ siècle, restaurée, conserve son chevet plat caractéristique de l'école cistercienne et un mobilier liturgique remarquable. Étape paisible dans la vallée de l'Ouche, à mi-chemin entre Dijon et Beaune.
-
5
Abbaye Notre-Dame de Sénanque
Fondée en 1148 par des moines de Mazan (Ardèche), Sénanque est avec Le Thoronet et Silvacane l'une des « trois sœurs » provençales du XIIᵉ siècle. Lovée dans un repli du plateau de Vaucluse au pied du village perché de Gordes, encadrée à la saison estivale par les célèbres champs de lavande, elle offre l'une des images les plus emblématiques du monachisme cistercien. L'abbatiale (1160-1180), le cloître et le dortoir des moines présentent l'austérité provençale typique. Toujours occupée par une communauté cistercienne (depuis 1988, après plusieurs interruptions), Sénanque vit de l'apiculture, de la culture de la lavande et de l'accueil des hôtes.
Lire la fiche complète → -
6
Abbaye du Thoronet
Fondée vers 1136 par des moines de Mazan, transférée sur son site actuel en 1176, Le Thoronet est sans doute l'expression la plus achevée de la spiritualité architecturale cistercienne. Le Corbusier en fit le pèlerinage en 1953 et Fernand Pouillon le célébra dans Les Pierres sauvages (1964). L'abbatiale, le cloître hexagonal — irrégulier en raison de la pente —, la salle capitulaire et le dortoir forment un ensemble d'une pureté absolue. Les chants grégoriens qui y résonnent encore lors d'offices saisonniers exploitent une acoustique souvent qualifiée de « miraculeuse » (réverbération de 12 secondes). Désaffectée depuis 1791, monument d'État depuis 1854.
Lire la fiche complète →
Sources et références
- Marcel Aubert, L'architecture cistercienne en France, Vanoest, 1947 (2 vol.).
- Léon Pressouyre, Le rêve cistercien, Gallimard « Découvertes », 1990.
- Anselme Dimier, L'art cistercien : France, Zodiaque, 1962.
- Terryl Kinder, L'Europe cistercienne, Zodiaque, 1997.
- Jean-Baptiste Auberger, L'unanimité cistercienne primitive : mythe ou réalité ?, Cîteaux, 1986.