La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre
La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Photo : Terragio67, CC BY-SA 4.0.

Le Sacré-Cœur : iconographie, culte, Montmartre

Par Frère Bénézet du Pradel, o.s.b., moine bénédictin, théologien

Le culte du Sacré-Cœur traverse huit siècles de spiritualité catholique. Il naît dans le silence des cloîtres médiévaux, se cristallise à Paray-le-Monial entre 1673 et 1675, devient affaire d'État sous la Restauration, puis blessure politique après Sedan. La basilique de Montmartre, voulue comme expiation nationale, achève en 1923 ce que Louis XVI n'avait pu prononcer en 1792. Cette dévotion, longtemps tenue pour pieuse coutume, s'élève à la dignité d'une théologie du salut. Voici son histoire complète, ses textes, ses pierres et ses controverses.

Pré-histoire : la dévotion médiévale au cœur du Christ

Avant Paray-le-Monial, il y eut huit siècles de méditation patiente sur la blessure du côté. Le verset de Jean 19, 34 — « un des soldats lui ouvrit le côté avec sa lance » — nourrit dès l'âge patristique une lecture allégorique. Augustin y voit la naissance de l'Église, formée du flanc ouvert comme Ève fut tirée du flanc d'Adam endormi. Cette intuition reste théologique. Elle n'est pas encore dévotion.

Le tournant vient au XIIe siècle avec Bernard de Clairvaux. Dans ses sermons sur le Cantique des cantiques, l'abbé cistercien décrit les plaies du Christ comme des refuges où l'âme se cache. Le cœur transpercé devient un lieu, une demeure, presque une grotte mystique. Bernard ne parle pas encore d'un cœur séparable du reste du corps glorieux, mais il prépare le langage.

Au XIIIe siècle, Bonaventure approfondit cette voie dans le Vitis mystica. Le franciscain compare le Christ à une vigne dont la grappe pressée libère le sang du salut. Le cœur est l'épicentre de cette effusion. Plus tard, Catherine de Sienne, dominicaine du Trecento, raconte avoir reçu en vision le cœur du Christ en échange du sien. Sa Lettre 219 à Raymond de Capoue témoigne d'une intimité bouleversante avec ce cœur réel, charnel, palpitant.

D'autres mystiques rhénanes et germaniques cultivent la même piété : Mechtilde de Hackeborn, Gertrude de Helfta, plus tard Henri Suso. Mais cette dévotion reste cloîtrée. Elle parle latin, allemand, italien. Elle s'écrit dans les marges des bréviaires monastiques. Le grand public l'ignore. Pour qu'elle devienne universelle, il faudra une voyante française, un jésuite irréprochable et trois siècles d'art baroque.

Paray-le-Monial 1673-1675 : sainte Marguerite-Marie Alacoque et les apparitions

Marguerite-Marie naît en 1647 à Verosvres, en Charolais. Orpheline de père à huit ans, élevée chez les Clarisses de Charolles, elle entre en 1671 chez les Visitandines de Paray-le-Monial. La règle de Visitation, fondée par François de Sales et Jeanne de Chantal en 1610, prescrit douceur et oraison silencieuse. Marguerite-Marie y trouve le terrain qui convient à son tempérament contemplatif.

La première grande apparition a lieu le 27 décembre 1673, jour de saint Jean l'Évangéliste. Devant le tabernacle, elle dit avoir été invitée à reposer sur le cœur du Christ, comme le disciple bien-aimé à la Cène. Le Seigneur lui révèle alors les « trésors d'amour » contenus dans son cœur. Trois autres apparitions suivent, en 1674 puis en juin 1675, lors de l'octave du Saint-Sacrement.

La quatrième est la plus solennelle. Le Christ se montre à Marguerite-Marie le cœur découvert, environné de flammes, ceint d'une couronne d'épines, surmonté d'une croix. Il se plaint de l'ingratitude des hommes et demande que le premier vendredi après l'octave du Saint-Sacrement soit consacré à honorer ce cœur, par une fête particulière, une communion réparatrice et l'amende honorable. Cette demande structure tout le culte ultérieur.

Marguerite-Marie consigne les révélations dans son Autobiographie, rédigée par obéissance vers 1685. Elle y joint les douze promesses faites à ceux qui honoreraient le Sacré-Cœur. La douzième, dite « grande promesse », assure la grâce finale aux fidèles communiant neuf premiers vendredis consécutifs. Elle deviendra l'une des dévotions les plus pratiquées du catholicisme moderne.

Saint Claude La Colombière : le directeur spirituel jésuite

Une voyante seule n'eût pas suffi. L'Église se méfie des révélations privées, surtout féminines, surtout cloîtrées. Marguerite-Marie reçoit en février 1675 un nouveau confesseur extraordinaire : Claude La Colombière, jésuite de trente-quatre ans, supérieur de la résidence de Paray. Lui se trouve par hasard. Pour les Visitandines, c'est une providence.

La Colombière est homme de gouvernement et de plume. Formé à La Flèche puis à Lyon, fin lettré, prédicateur recherché, il discerne sans complaisance. Il interroge la voyante, examine les apparitions, conclut à leur authenticité. Surtout, il les prend au sérieux dans sa propre vie spirituelle. Sa Retraite spirituelle, publiée à titre posthume en 1684, contient un acte de consécration au Sacré-Cœur dont la diffusion sera décisive.

Envoyé à Londres en 1676 comme prédicateur de la duchesse d'York — la future reine catholique Marie de Modène — il porte la dévotion outre-Manche. L'imposture du « complot papiste » de Titus Oates en 1678 le fait emprisonner, puis bannir. Rentré en France malade, il meurt à Paray le 15 février 1682, à quarante et un ans. Béatifié en 1929, canonisé par Jean-Paul II en 1992, il forme avec Marguerite-Marie le couple fondateur du culte moderne.

Théologie du Sacré-Cœur : amour rédempteur, blessure du côté, salut universel

La théologie du Sacré-Cœur n'est pas anatomique. Elle est sacramentelle. L'organe charnel n'est pas adoré pour lui-même, mais comme signe efficace de l'amour divin pour les hommes. Pie XII l'énonce avec netteté dans l'encyclique Haurietis aquas du 15 mai 1956, premier centenaire de l'extension de la fête à l'Église universelle.

Le titre est tiré d'Isaïe 12, 3 : « Vous puiserez avec joie aux sources du salut ». Le pape rappelle que le cœur du Christ, organe physique uni à la personne divine du Verbe par l'union hypostatique, est le symbole naturel de l'amour humain de Jésus. Mais cet amour humain est celui d'une personne divine. Il vaut donc rédemption pour le monde entier. Le cœur de chair devient ainsi le lieu théologique où se condense l'économie du salut.

La blessure du côté, ouverte par la lance après la mort sur la croix, fait jaillir le sang et l'eau dont parle Jean. Les Pères y lisent les deux sacrements majeurs : l'Eucharistie et le Baptême. Le Sacré-Cœur résume donc toute la sacramentalité chrétienne. Il n'est pas une dévotion parmi d'autres ; il est une synthèse christologique.

Léon XIII tire les conséquences politiques de cette théologie dans Annum sacrum, le 25 mai 1899. Il consacre le genre humain tout entier au Sacré-Cœur de Jésus. L'acte n'est pas symbolique. Il pose un principe : le Christ règne, qu'on le reconnaisse ou non, et la consécration ne fait que rendre manifeste une royauté déjà réelle. Pie XI prolongera cette ligne en 1925 par l'institution de la fête du Christ-Roi, et en 1928 par l'encyclique Miserentissimus Redemptor sur la réparation due au Sacré-Cœur.

Iconographie : Pompeo Batoni (1767), du cœur enflammé à la couronne d'épines

Le culte appelait une image. Marguerite-Marie en avait esquissé les éléments dans ses récits : cœur découvert, flammes, croix, couronne d'épines, plaie du côté. Mais aucun peintre majeur ne s'en saisit avant le XVIIIe siècle. La dévotion vivait de petits cuivres, de gravures populaires, de scapulaires brodés.

Le tournant vient en 1767. Pompeo Batoni, Romain, peintre des grands tours européens, livre pour l'église du Gesù à Rome une toile commandée par les jésuites : Le Sacré-Cœur de Jésus. Le Christ y est représenté en buste, vêtu d'une tunique rouge et d'un manteau bleu, tenant son cœur enflammé dans la main gauche. La composition fait école. Elle fixe pour deux siècles le canon iconographique : visage doux, regard frontal, geste d'offrande, cœur ceint d'épines, surmonté d'une petite croix, jaillissant de flammes.

Au XIXe siècle, l'art de Saint-Sulpice diffuse l'image dans tous les foyers catholiques. Lithographies coloriées, statuettes en plâtre polychrome, médailles bénites : la production est industrielle. On reproche aujourd'hui à cette imagerie sa douceur excessive. C'est juger trop vite. Le canon batonien est un compromis subtil entre la blessure (épines, plaie) et la consolation (regard, geste). Il refuse à la fois l'effroi baroque et la sentimentalité romantique.

L'iconographie comporte des invariants stricts. Le cœur doit être enflammé : l'amour brûle. Couronné d'épines : il souffre. Surmonté de la croix : il sauve. Souvent percé : il est ouvert. Ces quatre signes condensent la théologie. Toute représentation qui les omet trahit le sens. Toute représentation qui les multiplie sombre dans la surcharge. L'équilibre est étroit.

Louis XVI et le vœu non prononcé : 17 juin 1689 demandé, 1792 promesse au Temple

Le 17 juin 1689, dans une lettre adressée par Marguerite-Marie à la mère de Saumaise, ancienne supérieure devenue confidente, la voyante transmet une demande extraordinaire. Le Christ aurait sollicité du « Fils aîné de son Sacré-Cœur », c'est-à-dire du roi de France Louis XIV, plusieurs gestes précis : peindre l'image du Sacré-Cœur sur ses étendards, la graver sur ses armes, élever un édifice où serait honorée cette dévotion, et se consacrer lui-même publiquement au Sacré-Cœur.

La demande arrive à Versailles. Elle n'aboutit pas. Louis XIV, alors au sommet de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, ne donne pas suite. Les raisons restent débattues : indifférence personnelle, prudence politique, méfiance envers une révélation privée non encore approuvée par Rome. La date du 17 juin 1689 sera retenue par les commentateurs ultérieurs comme un rendez-vous manqué de la monarchie française.

Cent trois ans plus tard, son arrière-arrière-petit-fils Louis XVI se trouve enfermé à la prison du Temple. Le récit est conservé par l'historien jésuite Charles Daniel dans une notice de 1873. Le roi captif aurait composé en 1792 un vœu où il promettait, s'il recouvrait son royaume, sa liberté et son pouvoir, de consacrer solennellement sa personne, sa famille et la France au Sacré-Cœur, et de bâtir à Paris une église dédiée à cette dévotion.

Le vœu n'est jamais prononcé publiquement. Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793. Le texte, controversé quant à son authenticité, sera publié sous la Restauration. Quelle qu'en soit la valeur historique exacte, il fournit aux royalistes catholiques du XIXe siècle un argument puissant : la France n'aurait été châtiée par la Révolution qu'en raison du vœu non tenu. Le redresser deviendra programme.

1870 : défaite de Sedan, vœu national d'Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury

Septembre 1870. L'armée impériale capitule à Sedan. Napoléon III est prisonnier. Paris s'enferme dans un siège qui durera quatre mois. À Poitiers, où il s'est réfugié avec sa famille, un négociant catholique nommé Alexandre Legentil rédige le 1er décembre un texte bref, qui est aussi un programme. Il propose de « contribuer de ses ressources à l'érection d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur » si Paris est délivrée et si l'Église retrouve sa liberté.

Legentil n'est pas seul. Son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, ingénieur, le rejoint dans la démarche. Le couple Legentil-Rohault de Fleury constitue le noyau initial du Vœu national. Le mot importe. Il ne s'agit pas d'un édifice paroissial, mais d'un acte de la nation entière, expiation collective et offrande publique. La défaite est interprétée comme châtiment des fautes de la France révolutionnaire. La basilique sera reconstruction spirituelle.

L'archevêque de Paris, Mgr Guibert, donne son accord en janvier 1872. Il choisit lui-même le site : la butte Montmartre, au nord de la capitale. Le lieu est lourd de mémoire. Saint Denis y aurait été martyrisé au IIIe siècle. La Commune y a installé ses canons en mars 1871, et c'est de Montmartre qu'est partie l'insurrection. Bâtir là un sanctuaire d'expiation, c'est répondre à la Commune par la prière, à l'incendie des Tuileries par la pierre blanche.

« Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes. » Sainte Marguerite-Marie Alacoque, Autobiographie, récit de la grande apparition de juin 1675

La construction de la basilique de Montmartre (1875-1923) : Paul Abadie, ciment-pierre

Le concours d'architecture est lancé en 1874. Soixante-dix-huit projets sont déposés. Le jury retient celui de Paul Abadie, déjà connu pour la restauration de Saint-Front de Périgueux. Abadie propose un édifice romano-byzantin, à coupoles multiples, inspiré justement de Saint-Front et plus lointainement de Saint-Marc de Venise. Le choix est polémique. Les partisans du gothique national, héritiers de Viollet-le-Duc, jugent le projet exotique, étranger à la tradition française.

La première pierre est posée le 16 juin 1875 par le cardinal Guibert, en présence de Mgr Pie de Poitiers, théologien intransigeant. La construction sera longue : quarante-huit ans. Abadie meurt en 1884 sans voir s'élever sa coupole. Six architectes lui succèdent, dont Lucien Magne, qui dessine le campanile abritant la Savoyarde, l'une des plus grosses cloches de France, fondue en 1895 et offerte par les diocèses de Savoie.

Le matériau est remarquable. La butte Montmartre, ancienne carrière de gypse, ne supporterait pas un édifice classique. Abadie choisit la pierre de Château-Landon, calcaire travertin du Gâtinais qui blanchit à la pluie en libérant de la calcite. Les fondations descendent à plus de trente mètres, par dix-sept puits maçonnés. La basilique repose ainsi sur des piliers enfoncés dans la roche, technique alors avant-gardiste.

L'intérieur s'organise autour d'une grande mosaïque absidiale, achevée en 1923 par Luc-Olivier Merson : le Christ en majesté découvre son cœur, entouré de la Vierge, de saint Michel, de Jeanne d'Arc et d'une représentation de la France offrant la basilique. La consécration solennelle a lieu le 16 octobre 1919, après la guerre. La basilique est élevée au rang de basilique mineure en 1919 par Benoît XV. Les travaux s'achèvent officiellement en 1923.

La controverse politique : loi du 24 juillet 1873, opposition radicale

La loi du 24 juillet 1873, votée par l'Assemblée nationale à majorité monarchiste, déclare d'utilité publique la construction de la basilique du Vœu national. Elle autorise l'expropriation des terrains nécessaires sur la butte Montmartre. Le rapporteur est Hippolyte de Tingry, député catholique. Le scrutin donne 382 voix pour, 138 contre. La gauche radicale est unanimement hostile.

L'opposition s'exprime avec véhémence. Pour les républicains, dédier un édifice au Sacré-Cœur sur la butte de la Commune, c'est insulter la mémoire des fédérés exécutés à Satory. Édouard Lockroy, député radical, voit dans la loi « un manifeste contre la Révolution ». Georges Clemenceau, en 1882 puis en 1897, tentera deux fois de faire abroger la loi. Sans succès. Le projet de démolition reviendra périodiquement, jusqu'à la séparation de 1905.

Les défenseurs du Vœu rétorquent que la basilique n'est pas un acte politique mais un acte religieux. Mgr Guibert, prudent, insiste sur la dimension expiatoire et non triomphaliste. Les souscripteurs sont pour partie des paroissiens modestes : la liste des donateurs comprend des centaines de milliers de noms, du prince à l'ouvrière. Chaque pierre, chaque colonne, chaque chapelle est offerte par un diocèse, une famille, une corporation. La basilique est, au sens strict, populaire.

La séparation de l'Église et de l'État, en 1905, change le statut juridique. La basilique passe à l'association cultuelle diocésaine, puis à la mense archiépiscopale de Paris. La loi de 1873 reste en vigueur, jamais abrogée. En 2022, le Conseil de Paris a classé la basilique aux monuments historiques, mettant fin aux derniers projets de remise en cause. Cent cinquante ans après le vœu, Montmartre tient debout.

Pratiques contemporaines : premier vendredi du mois, neuvaine, scapulaire rouge

Le culte vit aujourd'hui par des pratiques précises, héritées de Marguerite-Marie et codifiées au fil des siècles. La première est la communion réparatrice du premier vendredi du mois. Elle s'appuie sur la grande promesse : « Je te promets, dans l'excessive miséricorde de mon cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis de mois consécutifs la grâce de la pénitence finale ».

La deuxième pratique est la neuvaine au Sacré-Cœur. Neuf jours de prière préparant la fête, célébrée le vendredi suivant l'octave du Saint-Sacrement, soit dix-neuf jours après la Pentecôte. La fête a été instituée pour la France par Clément XIII en 1765, à la demande des évêques français. Pie IX l'étendit à l'Église universelle le 23 août 1856. C'est cette date que Pie XII commémorera par Haurietis aquas en 1956.

La troisième pratique est le port du scapulaire rouge du Sacré-Cœur, distinct du scapulaire brun du Carmel. Approuvé par Pie IX en 1847 à la demande des Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, après une apparition à sœur Apolline Andriveau, il porte sur une face le Christ en croix avec les instruments de la Passion, sur l'autre le Sacré-Cœur et le Cœur immaculé de Marie. Sa diffusion est restée confidentielle comparée au scapulaire du Mont-Carmel.

L'heure sainte du jeudi soir, en mémoire de l'agonie du Christ à Gethsémani, complète l'ensemble. Marguerite-Marie raconte l'avoir reçue comme demande explicite. De onze heures à minuit, le fidèle veille en oraison, prosterné, partageant la solitude du Maître. Cette pratique, longtemps répandue dans les paroisses, a quasiment disparu en France après le concile. Quelques communautés monastiques, dont des bénédictines de Pradines, la conservent.

Reste la consécration personnelle, familiale ou paroissiale, qui clôt souvent une retraite ou un temps de mission. Le texte le plus diffusé reste celui de Marguerite-Marie elle-même, repris et adapté par Léon XIII en 1899. Il commence par cette formule : « Je me donne et consacre au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ma personne et ma vie, mes actions, peines et souffrances ». Onze lignes qui résument trois siècles de spiritualité.

Questions fréquentes

Quand exactement ont eu lieu les apparitions de Paray-le-Monial ?

Quatre apparitions principales sont retenues : le 27 décembre 1673 (saint Jean l'Évangéliste), une seconde au début 1674, une troisième entre les deux fêtes du Saint-Sacrement de 1674, et la grande apparition de juin 1675, datée traditionnellement du 16 juin, vendredi dans l'octave du Saint-Sacrement.

Le vœu de Louis XVI au Temple est-il authentique ?

Le texte est connu par une copie publiée en 1873 par le père Charles Daniel. L'original n'a jamais été retrouvé. L'authenticité reste discutée par les historiens. Yann Raison du Cleuziou rappelle que la question importait moins aux royalistes du XIXe siècle que la fonction symbolique du document.

Pourquoi avoir choisi Montmartre pour la basilique ?

Trois raisons : la mémoire du martyre de saint Denis, la visibilité du site dominant Paris, et la portée symbolique d'une réponse spirituelle à l'insurrection de la Commune partie de cette même butte en mars 1871. Le cardinal Guibert a personnellement choisi le lieu en 1872.

La fête du Sacré-Cœur est-elle obligatoire ?

Elle est inscrite au calendrier romain comme solennité, célébrée le vendredi suivant l'octave du Saint-Sacrement, soit dix-neuf jours après la Pentecôte. Pour les fidèles, elle n'oblige pas comme les dimanches. Mais elle est l'une des solennités majeures du temps ordinaire et figure dans tous les missels.

Quelle différence entre dévotion privée et dévotion universelle ?

La dévotion privée existe dès le Moyen Âge : libre, locale, non liturgique. La dévotion universelle suppose l'approbation du magistère. Pour le Sacré-Cœur, l'étape décisive est la décision de Pie IX en 1856 d'étendre la fête à l'Église entière, après deux siècles d'évaluation et plusieurs reconnaissances partielles.

Que dit l'encyclique Haurietis aquas de Pie XII ?

Publiée le 15 mai 1956, elle fonde théologiquement le culte sur l'union hypostatique. Le cœur de chair du Christ, uni à la personne du Verbe, est le symbole naturel de son amour humain et divin. Elle écarte toute lecture purement sentimentale et ancre la dévotion dans la christologie classique.

Bibliographie

  • Glotin, Édouard, La Bible du Cœur de Jésus, Presses de la Renaissance, 2007.
  • Hamon, Auguste, Histoire de la dévotion au Sacré-Cœur, 5 volumes, Beauchesne, 1923-1940.
  • Darricau, Raymond, La spiritualité du Sacré-Cœur, in Histoire des saints et de la sainteté chrétienne, Hachette.
  • Raison du Cleuziou, Yann, Une contre-révolution catholique, Le Seuil, 2019.
  • Pie XII, encyclique Haurietis aquas, 15 mai 1956.
  • Léon XIII, encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899.
  • Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor, 8 mai 1928.
  • Marguerite-Marie Alacoque (sainte), Vie et œuvres, édition critique par Mgr Gauthey, 3 volumes, 1915.