Le Grand Premier Vendredi du mois

Peinture baroque de sainte Marguerite-Marie agenouillée devant l'apparition du Christ montrant son Cœur enflammé
Sainte Marguerite-Marie Alacoque recevant la révélation du Sacré-Cœur, peinture de Corrado Giaquinto — Corrado Giaquinto · Public domain · Wikimedia Commons

La dévotion des neuf premiers vendredis s'enracine dans le mystère le plus intime du Christ : son Cœur transpercé d'où jaillirent le sang et l'eau, sources sacramentelles de l'Église.

Histoire et origine

XVIIe siècle, apparitions du Sacré-Cœur de Jésus à sainte Marguerite-Marie Alacoque au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial (1673-1675), où le Seigneur révèle les douze promesses attachées à la communion réparatrice du premier vendredi.

Fondateur / popularisateur. Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), avec son directeur spirituel saint Claude La Colombière ; dévotion instituée officiellement par le pape Pie IX (1856, extension à l'Église universelle) et approuvée par Léon XIII, Pie XI (encyclique Miserentissimus Redemptor, 1928).

Objectif spirituel

Offrir réparation au Cœur de Jésus pour les outrages reçus dans le Saint-Sacrement, obtenir la grâce de la persévérance finale et les douze promesses du Sacré-Cœur, celle de ne point mourir en disgrâce ni sans recevoir les sacrements. Cette dévotion unit l'âme au mystère pascal et au sacrifice eucharistique par une pratique fidèle et persévérante.

Commentaire spirituel

La dévotion des neuf premiers vendredis s'enracine dans le mystère le plus intime du Christ : son Cœur transpercé d'où jaillirent le sang et l'eau, sources sacramentelles de l'Église. Lorsque le Seigneur se révéla à sainte Marguerite-Marie en 1673, il se plaignit de l'ingratitude des hommes et demanda réparation par la communion eucharistique. La pratique s'inscrit donc dans la théologie réparatrice magnifiquement développée par Pie XI dans Miserentissimus Redemptor (1928) : le fidèle s'unit au sacrifice rédempteur pour consoler le Cœur divin outragé.

Les fruits promis par le Seigneur à cette dévotion sont au nombre de douze, la plus célèbre étant celle de la persévérance finale : « Je te promets, dans l'excessive miséricorde de mon Cœur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis du mois de suite la grâce de la pénitence finale. » Cette promesse ne dispense nullement d'une vie vertueuse mais l'enracine dans une confiance filiale. L'âme qui s'adonne à cette pratique persévérante apprend l'amour réparateur, la délicatesse eucharistique et la tendresse pour les pécheurs.

Spirituellement, le premier vendredi unit au mystère pascal en faisant participer à la kénose du Christ et à sa charité débordante. La journée devient une liturgie intérieure : confession, communion, heure sainte en mémoire de Gethsémani, actes de consécration. Ainsi le fidèle façonne son cœur à l'image du Cœur de Jésus, doux et humble.

Comment pratiquer

Pendant neuf mois consécutifs, le fidèle communie dignement le premier vendredi de chaque mois, idéalement précédé d'une confession récente et d'une préparation spirituelle. La veille ou le matin même, on se confesse afin de recevoir la communion en état de grâce. Le jour même, on assiste à la Sainte Messe (traditionnellement votive du Sacré-Cœur, couleur blanche), on communie avec l'intention explicite de réparer pour les péchés commis contre le Cœur de Jésus. La journée est jalonnée de prières : Acte de consécration au Sacré-Cœur, Litanies du Sacré-Cœur, heure sainte eucharistique dans la nuit du jeudi au vendredi en union avec l'agonie de Gethsémani. De nombreuses paroisses traditionnelles célèbrent l'exposition du Saint-Sacrement suivie de la bénédiction. Le fidèle achève la journée par des actes de mortification offerts en réparation.

Pour commencer, choisissez le premier vendredi du mois prochain comme point de départ. La veille, confessez-vous pour recevoir la communion en état de grâce ; notez dans un carnet spirituel votre engagement des neuf mois à venir. Le jour même, assistez à la Sainte Messe (idéalement la messe votive du Sacré-Cœur), communiez en formulant explicitement l'intention réparatrice. Consacrez ensuite quinze à trente minutes à l'adoration silencieuse devant le tabernacle, récitez les Litanies du Sacré-Cœur et l'Acte de consécration.

Les écueils à éviter sont au nombre de trois. D'abord, la négligence du caractère consécutif : une interruption exige de recommencer les neuf vendredis. Ensuite, la réduction à un acte mécanique sans vie intérieure ; les promesses supposent la foi, la ferveur et le repentir sincère. Enfin, l'oubli de la dimension réparatrice : ce n'est pas seulement pour soi qu'on communie, mais pour consoler le Cœur de Jésus outragé par tant de communions sacrilèges ou indifférentes. Associez chaque vendredi une pénitence corporelle modeste et une œuvre de miséricorde.

Statue polychrome du Sacré-Cœur de Jésus dans la cathédrale de Cordoue
Représentation dévotionnelle du Sacré-Cœur, objet central de la pratique du premier vendredi — Jebulon · Public domain · Wikimedia Commons

Références bibliques

  • Jean 19, 34, ouverture du côté du Christ
  • Zacharie 12, 10, 'Ils regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé'
  • Matthieu 11, 29, 'Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur'

Approbations ecclésiales

Fête du Sacré-Cœur instituée par Clément XIII (1765) puis étendue à l'Église universelle par Pie IX (1856) ; encycliques Annum Sacrum (Léon XIII, 1899), Miserentissimus Redemptor (Pie XI, 1928), Haurietis Aquas (Pie XII, 1956) ; indulgence plénière accordée par l'Église sous les conditions habituelles.

« Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour. »

, Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie Alacoque, Paray-le-Monial, 1675

Questions fréquentes

Faut-il impérativement neuf mois consécutifs ?

Oui, selon la promesse révélée à sainte Marguerite-Marie. Une interruption volontaire invalide le cycle et demande de recommencer. Une empêchement grave (maladie, voyage sans église) ne doit pas décourager : reprendre dès que possible dans un esprit de confiance filiale.

La communion doit-elle être en semaine ?

Oui, le premier vendredi de chaque mois. Si le vendredi coïncide avec une grande fête, la pratique subsiste. Certaines paroisses célèbrent la messe votive du Sacré-Cœur en rouge-cœur liturgique.

Peut-on ajouter l'heure sainte du jeudi soir ?

C'est hautement recommandé : le Seigneur demanda à sainte Marguerite-Marie de veiller une heure avec lui dans la nuit du jeudi au vendredi, en mémoire de son agonie à Gethsémani. Cette heure complète magnifiquement la dévotion.