Odon de Cluny
Biographie de Odon de Cluny
Né vers 878 dans le Maine d'une famille noble liée aux comtes de Tours, Odon est élevé à la cour de Foulques le Roux d'Anjou, puis, attiré par la vie ecclésiastique, devient chanoine de Saint-Martin de Tours. Après plusieurs années passées à étudier les arts libéraux à Paris auprès de Rémi d'Auxerre, où il se distingue en dialectique et surtout en musique sacrée, il entre vers 909 au monastère bénédictin de Baume-les-Messieurs, dans le Jura, sous la direction de Bernon. Lorsque Bernon devient premier abbé de Cluny (fondée par Guillaume d'Aquitaine le 11 septembre 910), Odon le suit et devient écolâtre, puis prieur.
À la mort de Bernon en 927, Odon lui succède comme deuxième abbé de Cluny, et c'est sous son abbatiat (927-942) que l'abbaye, jusqu'alors modeste, acquiert son rayonnement européen. Appelé partout comme réformateur, Odon restaure la stricte observance bénédictine à Fleury-sur-Loire (930), Romainmôtier, Saint-Pierre-le-Vif de Sens, puis en Italie : il réforme le Mont-Cassin à la demande du prince Albéric II de Spolète, Subiaco, Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome (936-938). Il joue un rôle diplomatique considérable en pacifiant les querelles du royaume italique. Musicien de génie, théologien, auteur d'hymnes et d'un Occupatio en sept livres, il meurt à Tours le 18 novembre 942, près du tombeau de saint Martin qu'il vénérait entre tous.
L'ordre fondé et son rayonnement
Odon est l'architecte du modèle clunisien qui dominera le monachisme occidental jusqu'à la fin du XIe siècle. Sa réforme repose sur trois piliers : liberté de l'abbaye vis-à-vis du pouvoir laïc (Cluny relève directement du Saint-Siège, sans avoué), centralité de l'Opus Dei (la liturgie des Heures, solennelle et longue, jusqu'à sept heures quotidiennes au XIe siècle), et exemption juridique qui permettra la constitution, unique dans l'histoire, d'un « ordre » (avant la lettre) regroupant jusqu'à 1 200 prieurés fédérés à l'abbé de Cluny. Ses Collationes (929-930), somme de morale monastique dédiée à son ami Turpion d'Auxerre, demeurent un jalon de la théologie bénédictine.
Postérité, culte et citation
Odon est le père de la Réforme clunisienne qui, via Maïeul (954-994), Odilon (994-1049) et Hugues de Semur (1049-1109), construira au XIe siècle la plus grande abbaye de la Chrétienté et la plus grande église du monde (Cluny III, 1088-1130, 187 m de long). Ce mouvement, qui combattit la simonie et l'investiture laïque, préfigure et prépare la grande réforme grégorienne (1073-1122). Le culte d'Odon, attesté dès le Xe siècle, fut confirmé par inscription au Martyrologium Romanum, et ses reliques, conservées à Saint-Julien de Tours jusqu'à la Révolution, furent dispersées en 1793 ; quelques restes demeurent à la cathédrale Saint-Gatien de Tours.
Dans ses Collationes, livre III chap. 28, Odon écrit : « La noblesse n'est point dans le sang mais dans les vertus ; et le moine qui tient fidèlement son cloître fait plus pour la chrétienté qu'une armée de chevaliers. » Pour prolonger la rencontre : Jean Leclercq, Saint Odon de Cluny, DDB, 1962 ; Dominique Iogna-Prat, Agni immaculati. Recherches sur les sources hagiographiques relatives à saint Maïeul de Cluny, Cerf, 1988 ; Abbaye de Cluny, Centre des monuments nationaux.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
Le grand lieu est l'abbaye de Cluny (Saône-et-Loire), dont l'église abbatiale, démantelée en 1791-1823, conserve néanmoins le bras sud du grand transept (hauteur 30 m), le clocher de l'Eau Bénite et le musée Ochier qui expose chapiteaux et plan reconstitué. À Tours, la basilique Saint-Martin et la cathédrale Saint-Gatien gardent mémoire d'Odon. À Baume-les-Messieurs (Jura), l'ancienne abbaye où il fit ses vœux reste l'un des plus beaux sites clunisiens. En Italie, Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome.
Anecdotes et iconographie
- Le lion de Rome, Odon aurait apprivoisé un lion dans les jardins du Latran où Albéric II l'hébergeait ; l'iconographie italienne conserve parfois un lion couché à ses pieds, signe de la victoire de la charité sur la force.
- L'antiphonaire Saint-Martin, Odon composa à Tours de nombreux chants en l'honneur de saint Martin ; son traité Dialogus de musica (attribué avec prudence) aurait inventé la notation alphabétique A-G antérieure à Guido d'Arezzo.
- La simplicité de l'habit, Odon refusa toujours les insignes abbatiaux ostentatoires ; l'iconographie clunisienne le représente en simple coule noire, un livre (les Collationes) dans une main, la crosse dans l'autre.
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Questions fréquentes sur Odon de Cluny
Saint Odon a-t-il fondé Cluny ?
Non, Cluny a été fondée le 11 septembre 910 par le duc Guillaume Ier d'Aquitaine, avec Bernon comme premier abbé. Mais Odon (927-942), deuxième abbé, lui donna son rayonnement : c'est lui le père du modèle clunisien.
En quoi consistait la Réforme clunisienne ?
Retour à la stricte Règle de saint Benoît, liberté de l'abbaye vis-à-vis du pouvoir laïc par rattachement direct au pape, solennité de la liturgie des Heures, fédération des prieurés autour de l'abbé de Cluny.
Pourquoi Odon a-t-il réformé le Mont-Cassin ?
Il y fut envoyé en 936 par Albéric II de Spolète, prince de Rome, pour restaurer la discipline bénédictine dans le monastère-mère de saint Benoît, alors très relâché ; il y imposa la règle et la liturgie de Cluny.
Où se trouve aujourd'hui son tombeau ?
Il fut enterré en 942 à la basilique Saint-Julien de Tours. Ses reliques ont été largement dispersées à la Révolution ; quelques fragments sont conservés à la cathédrale Saint-Gatien de Tours, d'autres à Cluny.
Sources
- Wikipédia, Odon de Cluny.