Benoît d'Aniane
Biographie de Benoît d'Aniane
Né vers 750 d'une famille comtale wisigothe, le futur Benoît, de son nom laïc Witiza, fait ses études à la cour de Pépin le Bref puis devient échanson à celle de Charlemagne. Après avoir risqué la noyade dans la Meuse en sauvant son frère (vers 773), il se convertit radicalement, entre au monastère de Saint-Seine (Saint-Seine-l'Abbaye, Côte-d'Or), et y prend le nom de Benoît par admiration pour le Patriarche du mont Cassin. La règle observée à Saint-Seine lui paraissant relâchée, il refuse l'abbatiat qu'on veut lui imposer et se retire sur les terres de son père, en Septimanie, où il fonde vers 779 un petit monastère aux sources du Corbian : c'est l'abbaye d'Aniane (Hérault), qui rapidement prospère et devient un foyer de stricte observance bénédictine dans le sud de la Gaule.
À partir de 782, Benoît réforme progressivement les monastères du Languedoc, de la Provence et de la Septimanie (Gellone, Saint-Guilhem-le-Désert, Conques, Lagrasse, Arles). Louis le Pieux, roi d'Aquitaine puis empereur, en fait son conseiller principal. Devenu empereur en 814, Louis rappelle Benoît à Aix-la-Chapelle et lui donne à diriger le monastère-modèle d'Inde (aujourd'hui Kornelimünster). Convoquant à Aix les abbés de tout l'empire, Benoît leur fait adopter, lors de deux synodes successifs en juillet 816 et août 817, le célèbre Capitulare monasticum, « code monastique » de l'empire carolingien qui impose à toutes les abbayes la Règle de saint Benoît (de Nursie) et des coutumes unifiées. Il meurt à Inde le 12 février 821, laissant le monachisme occidental fondamentalement transformé.
L'ordre fondé et son rayonnement
L'œuvre de Benoît d'Aniane est double. D'abord, rassembler dans son Codex Regularum (c. 817) toutes les règles monastiques latines et grecques antérieures, Pacôme, Basile, Augustin, Césaire, Colomban…, et démontrer dans sa Concordia Regularum la supériorité de la Règle de saint Benoît comme synthèse parfaite. Ensuite, obtenir de l'empereur Louis le Pieux que cette Règle devienne la seule norme monastique de l'empire (capitulaire d'Aix, 817), décision d'un poids immense, puisqu'elle fait du bénédictinisme la forme quasi exclusive du monachisme occidental jusqu'au XIe siècle. Benoît y ajoute des coutumes propres (consuetudines Aniani), silence accru, lecture continue, liturgie solennelle, qui inspireront la future Réforme clunisienne d'Odon (Cluny, 910).
Postérité, culte et citation
Son culte, attesté dès son vivant par son hagiographe Ardon Smaragde (Vita Benedicti Anianensis, 823), s'établit sans procédure de canonisation formelle, selon l'usage antique. Le capitulaire de 817, conservé à la BnF (ms. lat. 12611), reste l'un des documents fondateurs du monachisme européen, Jean Leclercq et Josef Semmler en ont donné l'édition critique (CCM I, 1963). En France, les deux abbayes directement fondées par Benoît, Aniane (aujourd'hui site archéologique) et Saint-Guilhem-le-Désert (ancien Gellone, inscrit au Patrimoine mondial UNESCO en 1998 sur le chemin de Compostelle), restent des hauts lieux du patrimoine languedocien. Son disciple Ardon hérita de son charisme intellectuel.
Ardon, dans la Vita Benedicti Anianensis (chap. 24), rapporte cette parole du saint à ses moines : « Croyez-moi, mes frères, il ne suffit pas de garder la Règle à la lettre : il faut la porter dans le cœur comme une lampe qui éclaire tout le reste de la vie. » Pour prolonger la rencontre : Josef Semmler, Die Anianische Reform, Corpus Consuetudinum Monasticarum, 1963 ; Philibert Schmitz, Histoire de l'ordre de Saint-Benoît, Maredsous, t. I, 1942 ; Abbaye de Gellone, Saint-Guilhem-le-Désert (UNESCO).
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
En Languedoc, le sanctuaire majeur est l'abbaye de Gellone, Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), fondée en 804 sous Benoît et son ami saint Guillaume d'Orange, classée UNESCO en 1998 comme étape du chemin de Saint-Jacques. Le site de l'abbaye d'Aniane (à 4 km de Saint-Guilhem) conserve encore son abbatiale du XVIIe siècle reconstruite sur l'emplacement originel. En Allemagne, l'ancienne abbaye d'Inde (Kornelimünster, près d'Aix-la-Chapelle) abrite son tombeau, détruit à la Révolution mais partiellement reconstitué au XIXe siècle.
Anecdotes et iconographie
- Le sauvetage de la Meuse, Lui-même rapporte que, jeté dans le fleuve pour sauver son frère noyé, il fit vœu en cet instant de se donner à Dieu s'il survivait, origine de sa conversion. Ses biographies miniaturistes montrent fréquemment le saint sortant d'une eau tumultueuse.
- L'abbé sans crosse, Benoît refusa obstinément les insignes abbatiaux. L'iconographie carolingienne le représente en simple coule noire, présentant à Charlemagne ou Louis le Pieux le Codex Regularum qu'il a composé.
- La triple règle en un volume, La Concordia Regularum (c. 820) est réputée avoir été composée en colonnes parallèles, comparant verset par verset la Règle de saint Benoît avec les autres règles monastiques : traité comparé avant l'heure.
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Questions fréquentes sur Benoît d'Aniane
Benoît d'Aniane, Benoît de Nursie : quelle différence ?
Saint Benoît de Nursie (480-547) est le Patriarche fondateur du Mont-Cassin et auteur de la Règle bénédictine. Saint Benoît d'Aniane (c.750-821) est un réformateur carolingien qui a imposé à l'empire la Règle du premier : disciple, non concurrent.
Qu'est-ce que le Capitulaire d'Aix-la-Chapelle de 817 ?
Un ensemble de décrets impériaux (Louis le Pieux, juillet-août 817) qui imposaient à toutes les abbayes de l'empire carolingien la seule Règle de saint Benoît, plus des coutumes unifiées rédigées par Benoît d'Aniane. Acte fondateur du monachisme médiéval occidental.
Pourquoi Saint-Guilhem-le-Désert est-il associé à lui ?
L'abbaye de Gellone fut fondée en 804 par le comte Guillaume d'Orange (saint Guillaume, †812), ami intime de Benoît, qui en rédigea la règle et y envoya ses disciples. Aniane et Gellone forment ainsi le binôme historique de la réforme languedocienne.
Son culte a-t-il été formellement canonisé ?
Non, il relève de la canonisation antique par acclamation populaire et reconnaissance épiscopale (IXe siècle), comme la plupart des saints d'avant 993. Il est inscrit au Martyrologium Romanum au 11 février (parfois au 12).
Sources
- Wikipédia, Benoît d'Aniane.