Robert de Molesme
Biographie de Robert de Molesme
Né vers 1028 en Champagne, de la petite noblesse des environs de Troyes, Robert entre très jeune à l'abbaye bénédictine de Moutier-la-Celle, près de Troyes. Prieur dans divers monastères (Saint-Michel de Tonnerre, Saint-Ayoul de Provins), il cherche partout une observance plus rigoureuse de la Règle de saint Benoît, que les grands monastères clunisiens, alourdis de coutumes et de richesses, n'appliquaient plus à la lettre. Vers 1074, un groupe d'ermites de la forêt de Collan le choisit pour maître ; il les établit peu après, en 1075, à Molesme (aujourd'hui Côte-d'Or), nouvelle fondation qui connaît un succès rapide mais aussi la tentation habituelle des grandes abbayes : donations abondantes, relâchement, tensions internes.
Résolu à revenir à la puritas Regulae, la stricte littéralité bénédictine, Robert quitte Molesme le 21 mars 1098, dimanche des Rameaux, avec une vingtaine de compagnons (dont Albéric et Étienne Harding). Ils s'établissent dans un marécage insalubre de la forêt de Grôsbois, au sud de Dijon, et fondent le Novum Monasterium, qui prendra le nom de Cîteaux (Cistercium). Rappelé dès l'année suivante (1099) à Molesme par ordre du pape Urbain II, pour apaiser les moines abandonnés, Robert y reprend l'abbatiale, dirige l'abbaye-mère jusqu'à sa mort le 17 avril 1111. Cîteaux, entretemps, a été sauvé par Albéric († 1108) puis Étienne Harding (1109-1133), qui accueille en 1112 saint Bernard avec trente compagnons, l'ordre est lancé.
L'ordre fondé et son rayonnement
Cîteaux fut littéralement une re-fondation du monachisme latin. Trois innovations : d'abord, retour à la Règle de saint Benoît sans glose, sans ajout coutumier clunisien ; ensuite, le travail manuel des moines redevient central (défrichements agricoles qui modèleront les paysages de France), aidé par l'institution originale des frères convers (laïcs consacrés) ; enfin, une architecture dépouillée (nef aveugle, absence de statuaire, horloge au tympan) et une liturgie simplifiée. La Charte de Charité rédigée par Étienne Harding (1119, approuvée par Calixte II) est le premier texte constitutionnel fédéral de l'histoire monastique, préfigurant les États modernes.
Postérité, culte et citation
Robert est l'un des trois fondateurs de Cîteaux, avec Albéric et Étienne Harding, officiellement canonisés par Honorius III en 1222 (culte conjoint célébré le 26 janvier depuis 1683). L'ordre cistercien a essaimé fulgurantement au XIIe siècle (740 abbayes en 1200), donné à l'Église des géants comme saint Bernard de Clairvaux, et couvre aujourd'hui deux branches vivantes : les cisterciens de la commune observance (OCist, env. 700 moines et 900 moniales) et les trappistes (OCSO, env. 1 600 moines et 1 600 moniales). En France : Cîteaux, Aiguebelle, Sept-Fons, Sénanque, Le Bec-Hellouin, La Trappe.
La Charte de Charité (1119), texte fondateur dicté par l'esprit de Robert, assigne à l'abbé-père un rôle fraternel et non tyrannique : « Nous les lions par le lien de la charité, non par le fer de la contrainte, afin que la vraie pauvreté et la vraie paix demeurent entre nous. » Pour prolonger la rencontre : Jean-Baptiste Auberger, L'unanimité cistercienne primitive, 1986 ; Louis J. Lekai, Les Moines blancs, Seuil, 1957 ; Abbaye de Cîteaux, site officiel.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
Trois sanctuaires-mères à visiter en Bourgogne : Cîteaux (Saint-Nicolas-lès-Cîteaux, Côte-d'Or), communauté trappiste vivante où l'on peut assister aux offices, acheter le fromage de Cîteaux et voir l'emplacement du premier oratoire ; Molesme (Laignes, Côte-d'Or), dont l'abbatiale ruinée conserve néanmoins le cœur spirituel ; et La Ferté, première « fille » de Cîteaux (1113). En Normandie, La Trappe (Orne) et le Bec-Hellouin. Les reliques de saint Robert sont à l'abbaye de Cîteaux depuis leur translation de Molesme en 2005.
Anecdotes et iconographie
- Le baculum partagé, Iconographie classique : les trois fondateurs tiennent ensemble la crosse abbatiale, symbole de continuité et d'obéissance entre Molesme et Cîteaux.
- La lettre d'Urbain II, Le pape Urbain II écrivit en 1099 pour contraindre Robert à retourner à Molesme ; Robert obéit, trait d'humilité qui, pour les trappistes, est le sceau même de sa sainteté.
- Les trois fondateurs, Le vitrail et le retable-type cistercien figurent Robert à gauche (crosse abbatiale), Albéric au centre (Règle de saint Benoît), Étienne Harding à droite (Charte de Charité).
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Questions fréquentes sur Robert de Molesme
Quelle différence entre Cluny et Cîteaux ?
Cluny (910) est une grande fédération monastique à liturgie fastueuse et abbatiale romane monumentale ; Cîteaux (1098) est une réaction à Cluny prônant retour à la pauvreté, travail manuel, architecture dépouillée et fédération gouvernée collégialement.
Robert ou Bernard, qui a fondé Cîteaux ?
Robert de Molesme est le fondateur (1098). Saint Bernard de Clairvaux n'arrive qu'en 1112 comme postulant, mais son rayonnement personnel sera tel qu'il portera l'expansion de l'ordre.
Qu'est-ce qu'un trappiste ?
Un moine cistercien de la stricte observance (OCSO), réforme française issue de l'abbaye de La Trappe sous Armand-Jean de Rancé (1664) : silence perpétuel, travail manuel intensif, observance réformée de la Règle bénédictine.
Pourquoi la fête des trois fondateurs au 26 janvier ?
Le pape Innocent XI fixa cette date en 1683 comme fête commune à Robert, Albéric et Étienne Harding, pour honorer ensemble ceux sans qui l'Ordre cistercien n'aurait pas existé.
Sources
- Wikipédia, Robert de Molesme.