Godefroy de Bouillon : Avocat du Saint-Sépulcre, 1ère croisade Jérusalem 1099

Portrait de Godefroy de Bouillon
Portrait de Godefroy de Bouillon, Anonyme (école française, XVIIe siècle) · Public Domain.

Biographie de Godefroy de Bouillon

Issu de la haute aristocratie lotharingienne, Godefroy naît vers 1058, second fils du comte Eustache II de Boulogne et d'Ide de Lorraine, héritière par sa mère du duché de Basse-Lotharingie. Le réseau parental dans lequel il grandit appartient à cette noblesse d'Empire dont la fidélité, oscillante, se partage entre les Saliens et la papauté grégorienne. Élevé dans le château ancestral de Bouillon, dans les Ardennes, il reçoit l'éducation militaire des fils de prince et se trouve très tôt confronté aux subtilités de la querelle des Investitures.

En 1076, l'empereur Henri IV le désigne pour succéder à son oncle maternel Godefroy le Bossu : la décision soulève la résistance d'une partie de l'aristocratie lotharingienne, et il faut au jeune duc plus d'une décennie de campagnes pour faire reconnaître son titre, confirmé en 1087. Guillaume de Tyr, dans son Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, rédigée près d'un siècle après les faits, le décrit comme un prince « grand de stature, de visage agréable, de la chevelure blonde, courageux dans les armes, modeste dans la conduite ». Il faut faire la part, dans ce portrait, de l'hagiographie cristallisée autour de l'élu de Jérusalem.

L'appel d'Urbain II au concile de Clermont, le 27 novembre 1095, infléchit le destin de Godefroy. Foucher de Chartres, témoin direct de la prédication, en a transmis l'écho dans ses Gesta Francorum Iherusalem peregrinantium. Là où la croisade populaire de Pierre l'Ermite emporte les humbles dans une marche désordonnée, la croisade des barons s'organise méthodiquement : Godefroy vend ou engage ses possessions de Stenay et de Mosa, au prince-évêque de Liège, pour financer son expédition. À l'automne 1096, il quitte les Ardennes à la tête de l'un des contingents les plus disciplinés de l'Occident.

Effigie ou sceau de Godefroy de Bouillon
Effigie, sceau ou statue funéraire, Anonyme (manuscrit médiéval) · Public Domain.

Vie et action

La marche de Godefroy à travers la Hongrie, les Balkans et l'Empire byzantin obéit à une stratégie de prudence : il atteint Constantinople à Noël 1096 sans se laisser entraîner dans les pillages que reproche Anne Comnène, dans son Alexiade, à d'autres barons francs. Le serment d'allégeance prêté à l'empereur Alexis Ier au printemps 1097 ouvre la traversée du Bosphore et le siège de Nicée, qui capitule en juin 1097 au profit des Byzantins. La bataille de Dorylée, le 1er juillet 1097, brise la cavalerie seldjoukide de Kılıç Arslan et révèle, selon l'Anonyme des Gesta Francorum, la valeur militaire des Lotharingiens.

Le siège d'Antioche, de l'automne 1097 au printemps 1098, met l'expédition au bord de l'effondrement avant la prise de la ville et la victoire surprenante du 28 juin 1098 sur l'armée de secours de Kerbogha. Godefroy y joue un rôle plus discret que Bohémond, mais s'impose comme l'autorité morale du contingent. Le siège de Jérusalem, conduit du 7 juin au 15 juillet 1099, le hisse au premier rang : ses hommes sont, avec ceux de Tancrède, parmi les premiers à franchir les murailles depuis les tours d'assaut dressées au nord. Le 22 juillet 1099, l'assemblée des barons l'élit chef du nouveau royaume. Il refuse, la tradition rapportée par Guillaume de Tyr est ici plausible, de porter une couronne d'or là où le Christ avait porté la couronne d'épines, et adopte le titre singulier d'Advocatus Sancti Sepulchri. La victoire d'Ascalon, le 12 août 1099, sur l'armée fatimide d'al-Afdal, sécurise la jeune principauté. Godefroy meurt à Jérusalem le 18 juillet 1100, sans doute d'une maladie épidémique ; il est enseveli au pied du Calvaire, dans la basilique du Saint-Sépulcre.

Scène iconique du règne de Godefroy de Bouillon
Scène iconique du règne, Émile Signol (1804-1892) · Public Domain.

Postérité, culte et miracles

La mort prématurée de Godefroy, à laquelle succède le couronnement de son frère Baudouin Ier comme premier roi latin de Jérusalem en décembre 1100, fixe la mémoire du défunt dans une figure d'inachèvement glorieux. Dès le XIIe siècle, les chroniqueurs latins de l'Orient, Albert d'Aix, Guillaume de Tyr, construisent autour de lui un portrait exemplaire qui éclipse sa stature historique réelle, plus contrastée. La chanson de geste s'empare ensuite du personnage : le Cycle de la croisade, mis en forme à la fin du XIIe siècle, et son rameau du Chevalier au cygne, l'inscrivent dans une généalogie merveilleuse qui lui donne pour aïeul Hélias, fils du cygne enchanté.

L'humanisme italien réinvestit la figure : La Jérusalem délivrée du Tasse, publiée en 1581, érige Godefroy en chef chrétien providentiel d'une croisade idéalisée, dont Lully puis Gluck tireront des opéras. L'iconographie occidentale le fait entrer, aux côtés de Charlemagne et du roi Arthur, dans le canon des Neuf Preux ; la peinture d'histoire du XIXe siècle, en particulier celle commandée par Louis-Philippe pour les galeries historiques de Versailles, multiplie les compositions où il refuse la couronne au pied du Saint-Sépulcre. Statue équestre de la Place Royale à Bruxelles, vitraux des cathédrales lorraines, monument funéraire conservé jusqu'à sa destruction en 1808 : le souvenir de l'Avocat du Saint-Sépulcre traverse les siècles, tandis que la critique historique contemporaine, depuis les travaux de Jean Richard et de Jean Flori, restitue à l'homme la mesure d'un prince lotharingien hautement compétent, mais qui n'eut pas le temps de gouverner.

Lieux de mémoire à visiter

Le château de Bouillon, dans les Ardennes belges, conserve la mémoire ducale dans son enceinte médiévale ; à Jérusalem, la basilique du Saint-Sépulcre abrite l'emplacement présumé de son tombeau, détruit lors des restaurations grecques du XIXe siècle. En France, les galeries historiques de Versailles, voulues par Louis-Philippe, présentent plusieurs grandes compositions consacrées à la première croisade et à l'élection du 22 juillet 1099. Stenay, en Meuse, et la collégiale Sainte-Waudru de Mons gardent la trace des possessions familiales engagées pour le départ.

Anecdotes et iconographie

  • Le refus de la couronne, Selon Guillaume de Tyr, Godefroy aurait refusé de ceindre une couronne d'or « là où son Sauveur avait porté pour lui une couronne d'épines », adoptant le titre d'Advocatus Sancti Sepulchri ; l'épisode, repris par toute l'iconographie chrétienne, est probablement embelli mais cohérent avec la sensibilité grégorienne de l'époque..
  • La généalogie du Chevalier au cygne, Le Cycle de la croisade fait descendre Godefroy d'Hélias, fils d'un cygne enchanté ; cette légende ardennaise, étrangère à l'historiographie sérieuse, dit assez la fascination que la figure exerça sur l'imaginaire médiéval..
  • L'épée et les éperons du Saint-Sépulcre, Conservées jusqu'au XIXe siècle dans la basilique de Jérusalem et utilisées pour l'adoubement des chevaliers du Saint-Sépulcre, ces reliques attribuées à Godefroy attestent moins une authenticité matérielle qu'une persistance du culte..

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Questions fréquentes sur Godefroy de Bouillon

Godefroy de Bouillon a-t-il été roi de Jérusalem ?

Non. Élu chef du royaume latin le 22 juillet 1099, il refusa le titre royal et adopta celui d'Advocatus Sancti Sepulchri. Son frère Baudouin Ier sera le premier à se faire couronner roi à Bethléem, le 25 décembre 1100.

Pourquoi a-t-il vendu ses terres avant la croisade ?

Pour financer un contingent estimé à plusieurs milliers d'hommes : ravitaillement, armement, chevaux et solde des sergents exigeaient des sommes considérables. Stenay et Mosa furent engagées au prince-évêque de Liège.

Quelles chroniques contemporaines parlent de lui ?

Foucher de Chartres, présent à Clermont et en Orient, et l'Anonyme des Gesta Francorum offrent les témoignages les plus proches des faits. Albert d'Aix, qui n'a pas pris la croix, recueille des récits oraux des combattants. Guillaume de Tyr écrit près d'un siècle après et fixe l'image canonique du héros.

De quoi est-il mort ?

Très probablement d'une maladie épidémique contractée à Jérusalem ou à Césarée à l'été 1100. Les sources latines évoquent une fièvre ; certaines chroniques arabes, plus tardives, parlent d'empoisonnement, sans appui documentaire sérieux.

A-t-il vraiment fait partie des Neuf Preux ?

Il est l'un des trois Preux chrétiens du canon fixé au début du XIVe siècle par Jacques de Longuyon dans Les Vœux du paon, aux côtés du roi Arthur et de Charlemagne ; cette inclusion témoigne du prestige acquis dès le XIIIe siècle.

Sources