Pierre Paul François Camille Savorgnan de Brazza
Biographie de Savorgnan de Brazza
Né le 26 janvier 1852 à Castel Gandolfo, dans une vieille famille noble du Frioul (les Savorgnan sont apparentés aux comtes de Brazza), Pietro Paolo Savorgnan di Brazzà reçoit une éducation catholique très soignée. Admis à l'École navale française à Brest en 1868, il en sort officier de marine, participe à la guerre de 1870-1871 sur la frégate La Loire, et obtient sa naturalisation française en 1874.
Entre 1875 et 1878, sur ses propres fonds, il dirige une première mission au Gabon, remonte le fleuve Ogooué jusqu'à sa source, atteint le bassin du Congo et entre en contact avec les peuples Bateke. La deuxième mission de 1879-1882, financée par le ministère de la Marine, est décisive : le 3 octobre 1880, à M'foa, il signe avec le roi Makoko Iloo Ier un traité par lequel le souverain Bateke place ses terres sous la protection de la France, c'est l'acte fondateur du Congo français.
Quelques jours plus tard, à la confluence du fleuve Congo et du Stanley Pool, Brazza établit un poste qu'il baptise Brazzaville et confie à son sergent Malamine, face à Léopoldville (futur Kinshasa) que Stanley fonde pour Léopold II. La Conférence de Berlin (1884-1885) entérine le partage : la rive droite du Congo revient à la France grâce au traité Makoko, contre toute attente diplomatique.
Nommé Commissaire général du Congo français en 1886, Brazza administre douze ans avec une rare humanité, peu de soldats, beaucoup d'écoles, soutien actif aux Pères du Saint-Esprit (Spiritains), refus du travail forcé. Disgracié en 1898 pour son opposition au système des grandes concessions, il est rappelé en 1905 par le gouvernement Rouvier pour enquêter sur les abus du système concessionnaire. Il y dénonce des massacres, des exactions et meurt à Dakar le 14 septembre 1905 sur le chemin du retour, dans des circonstances suspectes. Son rapport, dérangeant, sera enterré pendant un siècle.
Héritage et postérité de Savorgnan de Brazza
Brazza incarne l'exception coloniale française : un explorateur catholique qui n'a jamais tiré un coup de feu, qui a refusé l'esclavage, soutenu les missions et établi sa souveraineté par traités librement consentis. Son traité avec Makoko reste juridiquement l'acte fondateur du Congo-Brazzaville actuel, qui a conservé son nom à l'indépendance en 1960, cas unique d'une capitale africaine portant le nom de son fondateur européen.
Réhabilité tardivement, il a été inhumé en 2006 au Mémorial Pierre-Savorgnan-de-Brazza à Brazzaville, mausolée de marbre érigé par les autorités congolaises. Son rapport sur les abus du système concessionnaire, longtemps caché, a été publié intégralement en 2014. Le pape Pie X le tint pour « le grand modèle de l'explorateur chrétien ».
Chronologie des expéditions
- 1875-1878, Première mission de l'Ogooué (commanditaire : Ministère de la Marine). Remontée du fleuve Ogooué au Gabon, contact avec les peuples Bateke.
- 1879-1882, Deuxième mission (commanditaire : Ministère de la Marine). Traité avec le roi Makoko (1880), fondation de Brazzaville (octobre 1880), prise de possession pacifique de la rive droite du Congo.
- 1883-1885, Mission de l'Ouest africain (commanditaire : République française). Délimitation et organisation du Congo français.
- 1905, Mission d'inspection (commanditaire : Gouvernement français). Enquête sur les abus du système concessionnaire au Congo, meurt à Dakar au retour.
Foi, héritage et mémoire française
Catholique pratiquant, formé dans une famille noble italienne très catholique, soutient les missions catholiques (Spiritains) en Afrique équatoriale ; sa devise reflète une éthique chrétienne du contact pacifique
« Sa devise et sa pratique : « Conquérir sans verser de sang, persuader sans contraindre. » »
Régions et lieux de mémoire
- Gabon
- Ogooué
- Congo
- Bassin du Congo
- Stanley Pool
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Questions fréquentes sur Savorgnan de Brazza
Brazza était-il vraiment français ?
De naissance italienne (sujet des États pontificaux puis du royaume d'Italie), il est entré dans la Marine française en 1868, naturalisé en 1874. Il s'est toujours considéré français de cœur tout en gardant un attachement profond à l'Italie et au Saint-Siège. Son frère Giacomo resta italien.
Comment a-t-il convaincu Makoko ?
Par la patience et le respect : Brazza séjourna plusieurs semaines à la cour de Makoko, refusa toute démonstration de force et conclut un traité d'amitié et de protection librement signé le 3 octobre 1880 par le souverain Bateke. La poignée de main solennelle entre les deux hommes est gravée dans la mémoire africaine.
Qu'est-ce que le « système concessionnaire » qu'il a dénoncé ?
À partir de 1899, le Congo français fut découpé en 40 grandes concessions privées, exploitant le caoutchouc et l'ivoire par travail forcé. Les abus (massacres, mutilations, déportations) furent dénoncés par Brazza dans son rapport de 1905, étouffé après sa mort suspecte. Le système ne fut démantelé qu'en 1930.
Pourquoi Brazzaville a-t-elle gardé son nom à l'indépendance ?
Lors de l'indépendance du Congo en 1960, le président Fulbert Youlou refusa de débaptiser la capitale, en hommage à un colonisateur qui n'avait jamais versé de sang africain. Brazzaville reste, avec quelques cas mineurs, la seule capitale africaine portant le nom de son fondateur européen, témoignage du respect singulier dont jouit Brazza.
Sources et pour aller plus loin
- Pierre Savorgnan de Brazza, Voyages dans l'Ouest africain (1875-1887), publiés par Napoleone Ney, Hachette, 1887.
- Maria Petringa, Brazza. A Life for Africa, AuthorHouse, 2006.
- Article « Pierre Savorgnan de Brazza », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Savorgnan_de_Brazza).