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Église
Léon XIV autorise les synodes orientaux à déposer leur patriarche
Le 29 août 2026, Léon XIV a publié une lettre apostolique en forme de motu proprio, Mutua concordia. Elle modifie deux canons du Code des canons des Églises orientales et ouvre une procédure qui n'existait pas. Le synode des évêques d'une Église patriarcale peut désormais demander à son patriarche de démissionner, pour une cause grave qu'il reconnaît comme telle. Si la demande est rejetée, le synode peut mettre fin au mandat et procéder à l'élection d'un successeur, à la majorité des deux tiers. Le pape garde le dernier mot : la déposition ne produit ses effets qu'avec son assentiment.
Une lacune que le code de 1990 n'avait pas prévue
Dans les Églises orientales, le patriarche préside son Église patriarcale comme père et chef, tamquam pater et caput, selon le canon 55 du CCEO. Il convoque le synode des évêques et le conduit. Cette relation est le ressort de la vie ecclésiale orientale. Or le code, qui règle par ailleurs le fonctionnement et les devoirs des synodes, ne prévoyait rien pour le cas où ce lien se romprait sans retour. Léon XIV le dit sans détour : lorsque « le lien sacré entre le Pater et Caput et les autres évêques est irrémédiablement rompu », il y a « une grave blessure qu'il faut panser, comme le réclament également de nombreux prélats orientaux ». La demande venait donc de l'Orient lui-même.
Ce que disent les deux canons retouchés
Le motu proprio agit sur deux points précis. Au canon 106, il insère un paragraphe nouveau : si le patriarche manque aux obligations que le code lui fixe, le synode des évêques « peut être légitimement convoqué par l'évêque le plus ancien par ordination épiscopale et ayant le droit de vote ». La convocation, jusque-là prérogative du patriarche, cesse d'être un verrou. Au canon 126, le texte pose la règle de fond : « pour une cause grave, reconnue comme telle par le synode des évêques de l'Église patriarcale, ce même Synode peut demander au patriarche de démissionner ».
Le refus est envisagé. Le synode doit alors formuler les motifs sérieux qui ont conduit à la rupture. « L'évêque le plus ancien par son ordination épiscopale, ayant droit de vote, organise l'élection d'un nouveau patriarche », à bulletin secret, la majorité des deux tiers des membres votants étant requise. Le patriarche, lui, dispose du « droit à une défense pleine et entière devant le Synode lui-même ». Par sa nature, la règle s'applique aussi aux grandes Églises archiépiscopales.
Rome garde la ratification, pas l'initiative
Le pape ne se retire pas de la procédure, mais il en change de place. L'initiative revient au synode ; l'assentiment romain intervient au terme. C'est cet assentiment qui rend le siège patriarcal vacant. Léon XIV justifie ce partage par un souci pratique : garantir « la pleine liberté d'expression des Pères, protégée de toute pression indue, interne ou externe ». Le déplacement est réel. Une crise interne à une Église orientale ne remonte plus à Rome faute d'issue canonique ; elle se traite d'abord là où elle naît, entre évêques qui connaissent la situation. Le texte renforce au passage les pouvoirs des synodes sur un autre point : si le patriarche omet de convoquer le synode comme la loi l'exige, ce droit passe progressivement aux évêques les plus anciens.
Un code jeune, déjà retouché
Le Code des canons des Églises orientales est récent à l'échelle de l'Église. Jean-Paul II l'a promulgué le 18 octobre 1990 par la constitution apostolique Sacri canones. Il rassemblait, pour la première fois en un corps unique, le droit propre des Églises catholiques d'Orient, jusque-là dispersé. Trente-six ans plus tard, l'usage a montré ce qui manquait. Léon XIV présente sa révision comme une protection de l'harmonie synodale et un renforcement de l'autonomie interne de ces Églises, conforme à leur nature d'Églises sui iuris. Le motu proprio entre en vigueur immédiatement.
Ce que la décision engage
Aucune source officielle ne rattache le texte à un cas particulier, et le motu proprio ne nomme aucune Église. Il faut donc le lire pour ce qu'il est : une règle générale, écrite pour des situations que le droit ne savait pas dénouer. Sa portée dépasse pourtant la technique canonique. Les Églises catholiques d'Orient vivent, pour beaucoup, dans des pays traversés par la guerre ou par l'exil. La vacance d'un siège patriarcal y est un événement politique autant qu'ecclésial. En donnant aux synodes une voie de sortie réglée, et en la soumettant à un vote à bulletin secret puis à l'accord du pape, Rome cherche à éviter que ces crises ne se règlent hors du droit. Le principe est ancien dans la tradition orientale : le patriarche est père et chef, mais il l'est au sein d'un synode.
Sources
- Vatican News, « Églises orientales : le Pape accorde aux synodes le pouvoir de révoquer les patriarches », 29 août 2026.
- Vatican News (édition anglaise), « Pope Leo grants Eastern Synods the faculty to remove Patriarchs », 29 août 2026.
- Catholic News Agency, reprise par le National Catholic Register, « Pope Leo XIV Says Eastern Synods Can Remove Patriarchs for Serious Reasons », 29 août 2026.
- vatican.va, index des lettres apostoliques en forme de motu proprio de Léon XIV : entrée du 29 août 2026, modification des canons 106 et 126 du Codex Canonum Ecclesiarum Orientalium.
- Jean-Paul II, constitution apostolique Sacri canones, 18 octobre 1990, promulguant le Code des canons des Églises orientales.
Image : Edgar Beltrán, The Pillar, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)