Philippe IV le Bel : suppression des Templiers (1307-1314), papauté d'Avignon

Portrait de Philippe le Bel
Portrait de Philippe le Bel, Anonyme (manuscrit médiéval) · Public Domain.

Biographie de Philippe le Bel

Né au château de Fontainebleau en 1268, Philippe est le second fils de Philippe III le Hardi et d'Isabelle d'Aragon. La mort prématurée de son frère aîné Louis en 1276, assassinat empoisonné, murmure-t-on, par Marie de Brabant, sa belle-mère, le place dans la lignée du trône. Élevé par Guillaume d'Ercuis, son précepteur, il reçoit une éducation soignée, marquée par la lecture de Gilles de Rome et l'austérité monarchique. Le 16 août 1284, à seize ans, il épouse Jeanne de Navarre, héritière du royaume pyrénéen et du comté de Champagne : union capitale qui agrège à la couronne deux ensembles considérables. Devenu roi à la mort de son père sous les murailles de Perpignan en octobre 1285, il est sacré à Reims le 6 janvier 1286.

Les contemporains hésitent à le saisir. Bernard Saisset, évêque de Pamiers, le compare à « la plus belle chose du monde, qui ne sait que regarder fixement les gens, sans rien dire ». Le surnom de Bel renvoie à sa beauté glaciale, blonde, énigmatique. D'autres l'appellent le roi de fer ou le roi de marbre. Pieux d'une piété dynastique, il fait canoniser son aïeul Saint Louis dont il se réclame en tout, il s'entoure de légistes formés au droit romain, juristes méridionaux à la plume acérée : Pierre Flotte, mort à la bataille de Courtrai en 1302, Guillaume de Nogaret, le terrible chancelier originaire de Saint-Félix-Lauragais, Enguerrand de Marigny, coadjuteur du royaume. Avec eux, le roi forge une conception nouvelle du pouvoir : la souveraineté absolue, indépendante de toute autorité spirituelle, fondée sur l'adage romaniste rex est imperator in regno suo. Il aura trois fils, Louis, Philippe, Charles, futurs « rois maudits », et une fille, Isabelle, mariée à Édouard II d'Angleterre, dont la descendance déclenchera la guerre de Cent Ans.

Effigie ou sceau de Philippe le Bel
Effigie, sceau ou statue funéraire, Sculpteur royal du XIVe siècle · CC BY-SA 4.0.

Le règne

Le règne se déploie sous le signe de l'argent et du conflit. La guerre de Flandre, ouverte en 1297 contre Gui de Dampierre, mène au désastre des éperons d'or à Courtrai en 1302, puis à la revanche de Mons-en-Pévèle en 1304. Pour financer ces campagnes, Philippe lève des taxes inouïes, la maltôte, manipule la monnaie au point qu'on l'accuse de « faux-monnayage royal », bannit les Lombards, expulse les juifs en 1306 en confisquant leurs biens. Mais le grand affrontement, c'est Rome. Pour taxer le clergé sans autorisation pontificale, le roi entre en collision avec Boniface VIII. Le pape réplique par les bulles Clericis laicos (1296), Ausculta fili (1301), enfin Unam Sanctam (1302) qui proclame la suprématie absolue du Saint-Siège. La rupture est consommée. En septembre 1303, Nogaret, à la tête d'une troupe armée, surprend le pape dans sa résidence d'été : c'est la gifle d'Anagni du 7 septembre 1303, soufflet symbolique infligé, dit-on, par Sciarra Colonna. Boniface, libéré par les habitants, meurt un mois plus tard. Son successeur Benoît XI ne survit guère ; le conclave de 1305 élit Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui prend le nom de Clément V et installe en 1309 la papauté à Avignon. Il faut au roi une nouvelle proie : ce seront les Templiers. Dans la nuit du 13 octobre 1307, par un coup de filet d'une efficacité préfigurant les polices modernes, tous les frères du Temple en France sont arrêtés simultanément. Sept ans d'enquête, de tortures, d'aveux extorqués, de bûchers. Le 22 mars 1312, le concile de Vienne supprime l'ordre. Le 18 mars 1314, le grand maître Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont brûlés sur l'île aux Juifs, à la pointe occidentale de la Cité. La légende veut que Molay, des flammes, ait cité roi et pape au tribunal de Dieu dans l'année.

Scène iconique du règne de Philippe le Bel
Scène iconique du règne, Enlumineur anonyme (XVe siècle, BnF Français 236) · Public Domain.

Héritage et postérité

Philippe le Bel meurt en effet sept mois plus tard, le 29 novembre 1314, terrassé par une attaque cérébrale survenue lors d'une chasse à Pont-Sainte-Maxence. Il a quarante-six ans. Maurice Druon, dans Les Rois maudits (1955-1977), a immortalisé la prophétie. La réalité historique est moins romanesque mais non moins tragique : ses trois fils règnent successivement, Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328), et meurent tous sans héritier mâle direct. La dynastie capétienne directe s'éteint en 1328 ; la couronne passe aux Valois, et l'on connaît la suite : guerre de Cent Ans, prétention anglaise au trône via Isabelle.

L'héritage administratif, en revanche, est colossal. Philippe le Bel achève la construction de l'État monarchique : Parlement de Paris fixé en 1303 au palais de la Cité (la Conciergerie est de son règne), Chambre des comptes, sénéchaussées remaniées, premiers États généraux convoqués en 1302 puis en 1308 pour soutenir le roi contre la papauté et contre le Temple. La papauté d'Avignon, qui durera jusqu'en 1377, fait du Comtat un foyer culturel majeur, Pétrarque, Simone Martini, le Palais des Papes, mais ouvre la voie au Grand Schisme d'Occident. Quant à la mémoire des Templiers, elle nourrit jusqu'à nos jours toutes les ésotéries imaginables. Reste l'image énigmatique de ce roi sans larmes, dont Yves Bongert disait : « Il fit la France, et la France ne le lui pardonna pas. »

Sur ses pas, lieux à visiter aujourd'hui

29 ans durée du règne
Capétiens directs dynastie
Templiers 1307-1314 arrestation 13 octobre 1307, bûcher de Jacques de Molay 1314
Avignon 1309 transfert pontifical par Clément V

Sur les pas de Philippe le Bel : la Conciergerie et la Sainte-Chapelle de Paris (palais de la Cité), la basilique de Saint-Denis où il repose, le palais des Papes d'Avignon (postérieur mais lié à sa politique), le château de Fontainebleau et l'abbaye de Maubuisson, fondation de sa mère.

Anecdotes et iconographie

  • La gifle d'Anagni, Le 7 septembre 1303, Nogaret et Sciarra Colonna pénètrent dans le palais pontifical d'Anagni et auraient soufflété Boniface VIII assis sur son trône, revêtu des ornements pontificaux. La scène est devenue le symbole du triomphe du temporel sur le spirituel..
  • L'arrestation des Templiers, Vendredi 13 octobre 1307, d'où, dit la légende, la superstition vouée à cette date, des plis scellés sont ouverts à l'aube par tous les baillis du royaume. Plus de deux mille frères du Temple sont arrêtés dans la même journée..
  • L'affaire de la tour de Nesle, En 1314, les belles-filles du roi, Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne, sont accusées d'adultère. Marguerite et Blanche sont condamnées, leurs amants Philippe et Gauthier d'Aulnay écorchés vifs. Scandale qui ébranle la dynastie..

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Questions fréquentes sur Philippe le Bel

Pourquoi Philippe IV est-il dit le Bel ?

À cause de sa beauté physique, blonde et glacée, soulignée par tous les chroniqueurs. Le surnom apparaît dès son vivant, parallèlement à ceux, plus politiques, de roi de fer ou roi de marbre.

Pourquoi a-t-il supprimé les Templiers ?

Pour des raisons mêlées : besoins financiers de la couronne, volonté de soumettre une milice quasi-souveraine, méfiance religieuse instillée par les légistes. Le procès s'étend de 1307 à 1314.

Qu'est-ce que la gifle d'Anagni ?

L'attentat du 7 septembre 1303 contre Boniface VIII, organisé par Guillaume de Nogaret, qui marque le triomphe du roi de France sur la papauté médiévale.

Pourquoi la papauté est-elle à Avignon ?

Parce que le pape Clément V, élu en 1305 sous l'influence de Philippe le Bel, refusa de rejoindre Rome trop turbulente et installa la curie à Avignon en 1309. Elle y demeurera jusqu'en 1377.

Qui sont les rois maudits ?

Les trois fils de Philippe le Bel, Louis X, Philippe V, Charles IV, qui régnèrent successivement entre 1314 et 1328 et moururent sans héritier mâle, éteignant la branche capétienne directe.

Sources