Côtes du Rhône AOC : grenache, syrah, mourvèdre — Châteauneuf-du-Pape
Histoire de l'appellation
De Vienne à Avignon, le Rhône trace dans la France méridionale une cicatrice fertile, où la vigne a élu domicile depuis les temps phocéens. Les amphores massaliotes, retrouvées en abondance le long du fleuve, attestent qu'au VIᵉ siècle avant notre ère déjà, les Grecs venus de Marseille remontaient le cours du Rhône pour échanger leur vin contre l'étain et l'ambre. Mais c'est la conquête romaine qui inscrivit durablement la vigne dans le paysage : les coteaux escarpés de l'Hermitage et de la Côte-Rôtie, planté en terrasses, témoignent encore de cette ingénierie antique. Au Moyen Âge, lorsque la papauté quitta Rome pour s'établir en Avignon (1309-1377), les souverains pontifes, Jean XXII, firent planter à proximité de leur résidence d'été un vignoble qui prendrait le nom mémorable de Châteauneuf-du-Pape. La cathédrale Notre-Dame-des-Doms d'Avignon et le palais des Papes voisin demeurent les deux pôles de cette romanité retrouvée, à laquelle le vin servit de ciment liturgique et diplomatique.
L'appellation moderne fut codifiée en 1937, sous l'impulsion du baron Le Roy de Boiseaumarié, vigneron de Châteauneuf-du-Pape, qui inventa dès 1923 la première charte qualitative française, délimitation parcellaire, cépages autorisés, rendements limités, degré minimum, dont s'inspirera le système national des AOC. Aujourd'hui, avec ses 65 000 hectares répartis sur six départements, la vallée du Rhône constitue le deuxième vignoble AOC français en volume. Sa hiérarchie comprend l'AOC régionale Côtes du Rhône, les Côtes du Rhône Villages (avec ou sans nom géographique), et les crus mythiques, Châteauneuf-du-Pape, Hermitage, Côte-Rôtie, Gigondas, Vacqueyras, Cornas, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, dont chacun raconte une géographie particulière. La distinction classique oppose la vallée septentrionale, terre de la syrah pure plantée sur granit, et la vallée méridionale, royaume du grenache assemblé sur galets et garrigue.
Terroir et méthode de production
Deux mondes géologiques composent les Côtes du Rhône. Au nord, de Vienne à Valence, la syrah s'enracine sur des coteaux granitiques abrupts, parfois inclinés à soixante degrés, taillés en murettes de pierres sèches : Côte-Rôtie, Condrieu, Hermitage. Le travail s'y fait à la main, les vendanges au panier, dans une héroïsation paysanne sans équivalent. Au sud, à partir de Montélimar, le paysage s'épanouit en plaine et coteaux doux ; les fameux galets roulés de Châteauneuf-du-Pape, galets quartzeux du quaternaire alpin, emmagasinent la chaleur diurne et la restituent la nuit, mûrissant le grenache à des sucres généreux. À ses côtés, la syrah apporte structure et épices, le mourvèdre tanin et profondeur, le cinsault rondeur. Le climat méditerranéen, balayé par le mistral qui assainit les vignes, garantit des maturités splendides. La vinification rhodanienne privilégie l'expression du fruit, l'élevage en foudres ou cuves béton, la complexité d'assemblage (jusqu'à treize cépages autorisés en Châteauneuf-du-Pape).
Dégustation et accords
Le Côtes du Rhône rouge se sert entre quinze et dix-sept degrés, dans un verre ample. Sa robe pourpre profonde annonce un nez riche : fruits noirs (mûre, cassis), épices (poivre, garrigue, thym), olive noire, parfois cuir et chocolat avec l'âge. La bouche, généreuse et chaleureuse, décline le fruit confit, la réglisse, une trame tannique présente mais enrobée. Les blancs (viognier, marsanne, roussanne, clairette) déploient pêche, abricot, fleurs blanches, miel. Les accords appellent la cuisine méridionale : daube provençale, civet de sanglier, gigot d'agneau aux herbes, ratatouille, tian de légumes. Un Châteauneuf-du-Pape escortera magnifiquement un canard à l'orange ou un râble de lièvre ; un Hermitage, un filet de bœuf au poivre ; une Côte-Rôtie, un gibier à plumes. Le viognier de Condrieu, lui, sublime un foie gras poêlé aux abricots ou un poisson de roche en sauce. Curnonsky, qui parcourut la vallée à plusieurs reprises, écrivit que les Côtes du Rhône étaient « le vin des hommes vrais ».
Oenotourisme et visites
La Route des Vins des Côtes du Rhône traverse la vallée de Vienne à Avignon. À ne pas manquer : le palais des Papes d'Avignon, Châteauneuf-du-Pape et son musée du vin, le coteau de l'Hermitage à Tain, Vaison-la-Romaine et le Mont Ventoux. Le festival des Vendanges à Avignon (septembre) et la fête de la Saint-Marc à Châteauneuf (avril) animent l'année viticole.
Anecdotes et iconographie
- Le baron Le Roy, père des AOC, Vigneron de Châteauneuf-du-Pape, le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié rédigea en 1923 la première charte qualitative française. Son modèle, délimitation, cépages, rendements, degré, fut généralisé par la loi de 1935 créant le système national des appellations d'origine contrôlée..
- Les treize cépages de Châteauneuf-du-Pape, L'AOC autorise treize cépages, grenache, syrah, mourvèdre, cinsault, vaccarèse, counoise, muscardin, picpoul, terret noir, picardan, clairette, bourboulenc, roussanne, assemblables au gré du vigneron. Cette diversité génétique signe l'identité de l'appellation..
- L'Hermitage et le maréchal Henri, La légende prête au chevalier Gaspard de Stérimberg, croisé revenu de Terre sainte au XIIIᵉ siècle, la fondation d'un ermitage sur le coteau dominant Tain. Ses vignes, jamais abandonnées depuis, donnent l'un des vins les plus longévifs au monde, certains millésimes se boivent à un siècle de garde..
À découvrir sur France Éternelle
- Annuaire des 10 AOC de France (Phase 1)
- Annuaire des 193 cathédrales de France
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, sacre des rois de France
- Basilique de Saint-Denis, nécropole royale (gisants)
Questions fréquentes sur Côtes du Rhône
Quelle différence entre Côtes du Rhône septentrionales et méridionales ?
Au nord, vignoble en coteaux granitiques, syrah pure (rouge) et viognier (blanc). Au sud, vignoble de plaine et coteaux doux, assemblages dominés par le grenache, climat méditerranéen avec galets roulés.
Quels sont les principaux crus du Rhône ?
Côte-Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph, Hermitage, Crozes-Hermitage, Cornas, Saint-Péray (nord) ; Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Lirac, Tavel, Beaumes-de-Venise (sud).
Pourquoi treize cépages à Châteauneuf-du-Pape ?
L'usage local et le décret de 1936 ont consacré cette diversité, héritée de la viticulture pontificale médiévale et de la nécessité de s'adapter aux différents terroirs et millésimes du Plan de Dieu.
Combien de temps garder un Côtes du Rhône ?
Un régional se boit dans les trois à cinq ans. Les Villages se conservent cinq à dix ans. Les grands crus (Châteauneuf, Hermitage, Côte-Rôtie) vieillissent quinze à trente ans, voire davantage pour les meilleurs millésimes.
Qu'est-ce que le « mistral » apporte au vignoble ?
Ce vent du nord, sec et puissant, assèche les vignes après la pluie, limite les maladies cryptogamiques, et favorise une viticulture plus naturelle. Il est l'allié invisible du vigneron méridional.
Sources
- Wikidata, Q1151005 (Côtes du Rhône AOC).
- Wikipédia, Côtes du Rhône AOC.