Le drapeau occitan et la croix occitane

Par La Rédaction de France Éternelle

Croix d'or rayonnant sur un fond rouge sang, la croix occitane, plus justement nommée croix de Toulouse ou croix raimondine, compte parmi les emblèmes les plus reconnaissables du Midi de la France. On la voit aujourd'hui sur les édifices publics, les places et les drapeaux régionaux, au point qu'elle semble immémoriale. Son histoire réelle, pourtant, est à la fois plus précise et plus incertaine que ne le suggèrent les récits populaires : précise quant à son adoption héraldique par les comtes de Toulouse au XIIe siècle, incertaine quant à ses origines lointaines, où l'attestation documentaire cède la place à un faisceau d'hypothèses. Il convient donc de distinguer rigoureusement ce que les sceaux et les monnaies prouvent de ce que la tradition prête à cette figure.

Un blasonnement singulier dans l'héraldique médiévale

En langage du blason, les armes se lisent : de gueules, à la croix cléchée, vidée et pommetée d'or. Chacun de ces termes décrit une particularité de la figure. La croix est cléchée, c'est-à-dire que l'extrémité de chacune de ses quatre branches s'évase et se découpe à la manière du panneton d'une clé. Elle est vidée : son centre est évidé, laissant apparaître le champ rouge au travers du métal. Elle est enfin pommetée de douze pièces, chaque pointe portant une petite sphère, ou « pommette », au nombre de trois par branche. Cette combinaison, sur fond de gueules (rouge) chargé d'or, donne à la croix toulousaine sa silhouette inimitable, très éloignée de la simple croix grecque ou de la croix latine pleine.

Le sens des douze pommettes a suscité bien des gloses. La tradition la plus répandue y voit les douze apôtres, lecture chrétienne séduisante mais non documentée par les sources médiévales. D'autres interprétations, solaires, zodiacales ou ésotériques, relèvent davantage de la spéculation moderne que de l'intention attestée des comtes. Sur le terrain strictement héraldique, ces douze pommettes sont d'abord une marque distinctive, un moyen d'individualiser des armes au sein de la forêt des croix médiévales.

L'adoption par les comtes de Toulouse au XIIe siècle

L'héraldique, comme système codifié de signes transmissibles, n'apparaît en Occident qu'au XIIe siècle. C'est précisément à ce moment que la croix pommetée entre dans l'histoire documentée du comté de Toulouse. Les premières attestations fermes se situent vers le milieu du XIIe siècle, sur des deniers frappés dans le marquisat de Provence, possession des comtes de Toulouse. La tradition historiographique attribue à Raymond V de Toulouse, vers 1150, le choix de cette croix comme emblème, peut-être à son retour de Terre sainte. La figure est ensuite clairement documentée au début du XIIIe siècle, notamment sur le sceau de Raymond VI au tournant des années 1204-1211.

On parle alors de croix raimondine ou raimondenque, du nom de la dynastie raimondine dont les derniers comtes portèrent tous le nom de Raymond. Il importe de souligner que cette croix fut d'abord provençale avant d'être toulousaine : elle circule sur les monnaies du Comtat Venaissin et de la Provence rhodanienne, et c'est par les liens dynastiques que la maison de Toulouse se l'approprie. La tradition rapporte qu'en 1019 Guillaume III de Toulouse, dit Taillefer, par son mariage avec Emma de Provence, aurait hérité d'une « croix d'Arles » appelée à devenir la croix de Toulouse ; ce récit, plausible quant aux alliances, demeure antérieur à toute attestation héraldique sûre et doit être reçu comme une reconstruction généalogique plus que comme un fait prouvé.

Des origines lointaines : entre hypothèses savantes et traditions

Au-delà du XIIe siècle, on quitte le terrain ferme de l'attestation pour celui des conjectures. La plus solidement défendue est l'hypothèse wisigothique. Les Wisigoths, maîtres de Toulouse du Ve au début du VIe siècle puis de la Septimanie, employèrent une croix grecque pommetée que l'on retrouve gravée sur de nombreuses stèles funéraires du Languedoc, à Toulouse, à Narbonne et dans la région de Rennes-le-Château, ainsi que sur des boucles de ceinture et des monnaies. Selon cette lecture, défendue notamment dans le sillage des travaux de l'archéologue et numismate Henri Rolland sur la Provence, la croix pommetée aurait été un motif d'origine orientale, implanté dans le Midi à l'époque wisigothique, puis transmis de proche en proche jusqu'aux comtes de Toulouse.

D'autres pistes ont été avancées sans preuve décisive : une origine copte, une influence byzantine remontant à l'iconographie constantinienne, voire un rapprochement avec des croix d'Asie centrale parvenues par les routes de la soie. Rolland avait relevé la présence de la croix dès le XIIe siècle à Venasque, dans le Comtat. Aucune de ces hypothèses ne s'impose : les historiens reconnaissent que la provenance et la signification profonde de la croix demeurent, selon la formule consacrée, « sources d'indécisions ». La probité commande de présenter cette antiquité comme un domaine ouvert, non comme une filiation établie.

De l'emblème comtal au symbole du Languedoc

La croisade contre les Albigeois (1209-1229) joua un rôle décisif dans la fixation de l'identité toulousaine de la croix. Brandie face aux croisés venus du Nord, elle cessa d'être une simple marque provençale pour devenir l'étendard du comté assiégé. Après le rattachement du Midi à la couronne, l'administration royale conserva l'emblème : lorsque, dans les dernières décennies du XIIIe siècle, le ressort méridional prit le nom de Languedoc, la croix pommetée des anciens comtes fut maintenue comme armes des États de la province sous l'Ancien Régime.

La ville de Toulouse en fit ses propres armes, et la croix demeura, des siècles durant, un signe d'appartenance languedocienne discret mais constant.

La renaissance moderne : un emblème culturel et patrimonial

La fortune contemporaine de la croix tient à la renaissance des langues et des cultures du Midi. Au XIXe siècle, le mouvement du Félibrige, fondé le 21 mai 1854 autour de Frédéric Mistral pour la défense de la langue d'oc, contribua à raviver les symboles méridionaux ; le Félibrige adopta toutefois pour signe propre l'étoile à sept branches, dite étoile des félibres, rappelant ses sept fondateurs. La croix occitane, elle, s'imposa au XXe siècle comme emblème culturel partagé. L'étoile à sept branches ne fut ajoutée au drapeau que dans les années 1970, à l'initiative de François Fontan, marquant un usage plus politique et distinct de la croix patrimoniale elle-même.

Depuis la réforme territoriale de 2015, la croix figure dans l'identité visuelle de la région Occitanie, comme elle figurait déjà dans les emblèmes de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon. Par-delà les usages militants ou revendicatifs qui ont pu s'en emparer, la croix de Toulouse reste avant tout un objet de patrimoine : une figure héraldique née au XIIe siècle, portée par une grande dynastie féodale, et devenue le signe de ralliement d'une vaste aire culturelle. C'est à ce titre, comme témoin du Midi médiéval et de sa mémoire, qu'elle mérite d'être lue.

Sources

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Questions fréquentes

Que représente la croix occitane ?

Les armes des comtes de Toulouse, devenues l'emblème de l'Occitanie et du Languedoc : une croix d'or cléchée, vidée et pommetée sur fond rouge.

Pourquoi parle-t-on de croix de Toulouse ?

Parce qu'elle était l'emblème des comtes de Toulouse, d'où elle s'est diffusée dans tout le Midi.

Que signifient les douze pommettes de la croix occitane ?

Les boules qui terminent ses branches, au nombre de douze, sont parfois rattachées aux douze apôtres, mais leur origine est d'abord héraldique.

Sources : Armorial du Languedoc ; héraldique des comtes de Toulouse ; symbolique occitane.

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