Le blason de Normandie : signification, histoire et blasonnement

Blason de Normandie (deux léopards d'or)
Blason de Normandie (deux léopards d'or). Wikimedia Commons, Public domain.

Le blasonnement expliqué

Le blason de Normandie se décrit ainsi : « de gueules à deux léopards d'or, armés et lampassés d'azur ». Chaque terme a un sens précis en héraldique.

« De gueules » désigne le fond rouge de l'écu. C'est l'une des couleurs principales du blason médiéval. Le rouge évoque ici la force et le combat.

« Deux léopards d'or » place deux félins jaunes l'un au-dessus de l'autre. Ils marchent vers la gauche du spectateur, le corps de profil, la tête tournée de face.

« Armés et lampassés d'azur » précise un détail. Les griffes (l'armure de la bête) et la langue (le lampas) sont de couleur bleue. Ce contraste se lit clairement sur le fond rouge.

Léopard ou lion : un débat de vocabulaire

Les Normands parlent de léopards. Les Anglais parlent de lions. Les deux ont raison, car il s'agit du même animal.

En héraldique, le mot change selon la position. Un lion dressé sur ses pattes arrière, vu de profil, s'appelle un lion rampant. Le même fauve qui marche, le corps de profil et la tête tournée vers le spectateur, s'appelle un léopard.

Un léopard héraldique est donc un lion passant et guardant. « Passant » veut dire qui marche. « Guardant » veut dire qui regarde le spectateur. Le blason de Normandie montre bien deux fauves dans cette posture. Les héraldistes français les nomment léopards.

L'héraldique anglaise emploie un langage hérité du franco-normand. Elle nomme ces mêmes bêtes des lions passant guardant. C'est pourquoi les armes d'Angleterre sont décrites avec des lions, là où les Normands voient des léopards. Le fauve reste identique. Seul le mot diffère.

L'origine du blason : les ducs Plantagenêt

Une idée reçue prête ce blason à Guillaume le Conquérant. C'est inexact. Le duc qui conquiert l'Angleterre en 1066 ne portait pas ces deux léopards. L'héraldique, au sens technique, n'apparaît qu'au XIIe siècle.

La trace la plus ancienne mène à Geoffroy Plantagenêt, comte d'Anjou. Le moine Jean de Marmoutier raconte son adoubement en 1128. Son beau-père, le roi Henri Ier d'Angleterre et duc de Normandie, lui aurait remis un écu chargé de petits lions d'or. La plaque funéraire de Geoffroy, à la cathédrale du Mans, confirme ces fauves dorés sur fond bleu.

Henri II Plantagenêt règne sur l'Angleterre et la Normandie de 1154 à 1189. Il est sans doute le premier souverain à utiliser des armes à deux léopards d'or. Aucun manuscrit ne le prouve de façon directe. Mais plusieurs de ses proches portaient des armes semblables, ce qui rend l'hypothèse solide.

Son fils Richard Cœur de Lion franchit une étape connue. À son retour de captivité, en 1195, il adopte un sceau à trois léopards d'or. Ces trois fauves deviennent les armes des rois d'Angleterre. Ils le restent de Jean sans Terre jusqu'à Édouard III, après 1340. Les voici donc liés à la couronne anglaise.

Deux léopards pour la Normandie

Le blason à deux léopards se fixe sur le territoire normand un peu plus tard. C'est au XIIIe siècle que ces deux fauves servent à représenter la Normandie elle-même, et non plus seulement une personne. Le sceau de la nation normande, à l'université de Paris, en témoigne vers la fin du XIIIe ou le début du XIVe siècle.

Le roi de France annexe la Normandie continentale en 1204. La province garde pourtant ses léopards comme signe de son identité ancienne. Un épisode le confirme. En 1465, le roi Louis XI doit reconnaître son frère Charles de France comme duc de Normandie. Charles ne reprend pas les armes du royaume. Il choisit les deux léopards d'or sur fond de gueules.

De là vient une distinction nette. La Normandie continentale porte deux léopards. L'Angleterre en porte trois. Les îles anglo-normandes, comme Jersey et Guernesey, conservent les trois léopards, héritage de leur attache à la couronne anglaise. Le compte des fauves raconte ainsi une frontière politique. Cette logique de signes se retrouve dans toute l'histoire des blasons de France.

La symbolique des léopards et du rouge

Le léopard, dans l'imaginaire médiéval, incarne la force et le courage. C'est un animal de pouvoir. Les princes le placent sur leur écu pour afficher leur autorité. Deux léopards superposés remplissent bien le champ de l'écu et donnent une image stable.

Le rouge, ou gueules, est une couleur de premier rang en héraldique. Il porte des valeurs de vaillance et de combat. L'or, lui, marque la noblesse et le prestige. L'association de l'or et du rouge offre un contraste fort, lisible de loin. C'était utile sur un champ de bataille ou un sceau.

Ce blason reste un objet d'histoire. Il dit l'ascendance des ducs normands et leur place dans l'espace anglo-normand. Il ne porte pas de message politique contemporain. Comme la fleur de lys pour la royauté française, les léopards normands relèvent d'abord du patrimoine héraldique.

Le blason de Normandie aujourd'hui

Les deux léopards d'or restent le symbole le plus répandu pour la Normandie. Le drapeau tiré de ces armes flotte sur de nombreuses mairies et bâtiments publics. On le voit dans les fêtes locales, sur des produits du terroir et lors d'événements régionaux.

La réforme territoriale de 2015 réunit la Basse-Normandie et la Haute-Normandie. La région choisit alors un nouveau logotype, dévoilé en mars 2016. Il reprend deux léopards jaunes, posés sur une forme de voile rouge. La voile rappelle les racines vikings et le caractère maritime de la province.

Le sport relaie aussi ce signe. À Caen, des groupes de supporters reprennent le motif des léopards. Le drapeau normand accompagne les rencontres et nourrit la culture locale. Pour approfondir le sujet des armoiries régionales, le média France Éternelle consacre un dossier complet à ces emblèmes.

Foire aux questions

Pourquoi le blason de Normandie porte-t-il deux léopards et l'Angleterre trois ?

Les deux blasons partagent la même origine : les Plantagenêt, ducs de Normandie et rois d'Angleterre. Richard Cœur de Lion fixe trois léopards pour l'Angleterre en 1195. La Normandie continentale, elle, conserve deux léopards à partir du XIIIe siècle. Le nombre de fauves distingue donc les deux territoires.

Ce sont des léopards ou des lions ?

C'est le même animal. En héraldique française, un fauve qui marche, le corps de profil et la tête de face, s'appelle un léopard. L'héraldique anglaise nomme cette même bête un lion passant guardant. Le mot change, pas l'animal.

Guillaume le Conquérant portait-il ce blason ?

Non. L'héraldique au sens technique naît au XIIe siècle, après lui. Les premières armes à léopards d'or sont liées à Geoffroy Plantagenêt vers 1128, puis à Henri II et à Richard Cœur de Lion. Guillaume, mort en 1087, n'a jamais porté ces deux léopards.

Que signifient les couleurs du blason normand ?

Le fond de gueules, c'est-à-dire rouge, évoque la vaillance et le combat. Les léopards d'or, soit jaunes, marquent la noblesse et le prestige. Leurs griffes et leur langue d'azur, de couleur bleue, ajoutent un détail de blasonnement et renforcent le contraste sur le rouge.