Norbert de Xanten
Figure majeure de la réforme de l'Église au début du XIIe siècle, Norbert de Xanten (vers 1080-1134) appartient à cette génération qui, dans le sillage de la réforme grégorienne, voulut rendre au clergé la rigueur de la vie évangélique. Prédicateur itinérant après une conversion soudaine, fondateur de l'ordre des Prémontrés, enfin archevêque de Magdebourg, il incarne le passage d'une vie de cour brillante à une existence d'austérité et d'apostolat. Sa mémoire, longtemps portée par l'ordre qu'il avait fondé, s'attache aussi à une dévotion eucharistique qui fit de lui, à l'époque moderne, une figure de proue de la Réforme catholique.
D'une jeunesse de cour à la conversion
Norbert naît vers 1080, ou un peu plus tard, à Xanten, en Rhénanie, dans une famille de la noblesse liée à l'entourage impérial. Confié jeune à la collégiale de Xanten, il y devient chanoine et chapelain, puis entre dans la chapelle de l'empereur Henri V, qu'il accompagne notamment lors de l'expédition romaine de 1110-1111. Il mène alors la vie d'un clerc de cour, attaché aux honneurs et aux bénéfices ecclésiastiques, sans avoir reçu les ordres majeurs.
La tradition hagiographique place le tournant de son existence vers 1115. Alors qu'il chevauche en Westphalie, un violent orage l'aurait jeté à terre, désarçonné par la foudre, et une voix l'aurait appelé à la conversion. Ce récit, transmis par ses biographies médiévales, relève du genre hagiographique et reprend volontiers le modèle de la chute de saint Paul sur le chemin de Damas. L'historien retiendra surtout le fait avéré : un changement de vie radical. Norbert se fait alors ordonner prêtre, renonce à ses bénéfices et adopte une existence de pauvreté et de prédication ambulante.
Le prédicateur itinérant
Pieds nus, vêtu d'une simple tunique de laine, Norbert parcourt le nord de la France, les Pays-Bas et l'ouest de l'Empire, prêchant la pénitence et fustigeant les désordres du clergé, la simonie et le relâchement des mœurs. Son zèle inquiète d'abord les autorités : convoqué au concile de Fritzlar en 1118, il est sommé de justifier sa prédication. Pour régulariser son apostolat, il se rend auprès du pape Gélase II, à Saint-Gilles, en 1118, et obtient l'autorisation officielle de prêcher partout. Cette caution pontificale, confirmée ensuite par Calixte II, fait de lui un prédicateur reconnu et non un illuminé errant, distinction cruciale dans une époque où l'on se méfiait des prédicateurs incontrôlés.
La fondation de Prémontré et l'ordre des chanoines réguliers
Encouragé par Barthélemy de Jur, évêque de Laon, Norbert tente d'abord de réformer les chanoines de l'abbaye Saint-Martin de Laon, sans succès. L'évêque lui offre alors un site isolé dans la forêt de Voas, l'actuelle forêt de Saint-Gobain, au lieu-dit Prémontré (Aisne). C'est là qu'en 1120 il établit sa communauté. Les sources divergent sur la chronologie précise des débuts : la fondation est généralement datée de 1120, tandis que la profession solennelle des premiers compagnons est traditionnellement rapportée à la nuit de Noël 1121.
Norbert choisit pour ses disciples la règle de saint Augustin, faisant d'eux des chanoines réguliers et non des moines. L'originalité de l'institut tient à cette synthèse : une vie commune contemplative, marquée par la prière chorale et une austérité empruntée à l'exemple cistercien, mise au service du ministère pastoral et de la prédication. Vêtus de blanc, les Prémontrés (ou Norbertins) se répandent avec une rapidité remarquable. L'ordre reçoit la confirmation pontificale d'Honorius II en 1126 et compte, dès la fin du XIIe siècle, plusieurs centaines d'abbayes à travers l'Europe. Des fondations comme Floreffe, en 1121, jalonnent cet essor.
La dévotion eucharistique et la prédication contre Tanchelm
Le nom de Norbert est associé à une intense dévotion au Saint-Sacrement, au point que la tradition le surnomme « apôtre de l'Eucharistie ». Cette réputation s'ancre dans un épisode historique : sa prédication à Anvers, vers 1124, contre les disciples de Tanchelm, prédicateur qui avait nié la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie et contesté la valeur des sacrements. En ramenant la population à la foi eucharistique, Norbert acquiert le titre d'« apôtre d'Anvers ».
Il convient ici de distinguer l'histoire de la lecture postérieure. Le combat contre Tanchelm est attesté ; en revanche, l'image de Norbert comme champion exemplaire de l'Eucharistie fut amplifiée à l'époque de la Réforme catholique, lorsque l'Église opposa sa figure aux contestations protestantes sur la présence réelle. Cette mise en valeur, au XVIe et XVIIe siècle, explique pour partie la diffusion de son iconographie, ostensoir en main.
Archevêque de Magdebourg et serviteur de l'unité
En 1126, contre son gré selon ses biographes, Norbert est élu archevêque de Magdebourg, vaste siège situé aux marches orientales de la chrétienté latine. Il y entreprend une réforme exigeante du clergé et de l'administration des biens d'Église, ce qui lui vaut de vives oppositions ; la tradition rapporte plusieurs tentatives pour l'écarter, voire l'assassiner. Son épiscopat fut aussi tourné vers l'évangélisation des territoires slaves voisins.
Lors du schisme de 1130, qui oppose le pape Innocent II à l'antipape Anaclet II, Norbert se range résolument du côté d'Innocent II et œuvre, auprès de l'empereur Lothaire III, à faire reconnaître le pontife légitime. Il accompagne d'ailleurs Lothaire à Rome en 1133, exerçant la charge d'archichancelier pour l'Italie. Épuisé par les fièvres, il meurt à Magdebourg le 6 juin 1134.
Canonisation et postérité
Norbert est canonisé en 1582 par le pape Grégoire XIII, soit près de quatre siècles et demi après sa mort, dans le contexte de la Réforme catholique qui valorise les figures de réforme du clergé et de défense des sacrements. Sa fête est fixée au 6 juin, jour de sa mort.
Ses reliques connurent un destin marqué par les divisions religieuses : conservées à Magdebourg, devenue protestante, elles furent transférées en 1627 à l'abbaye de Strahov, à Prague, principal foyer prémontré de Bohême, où elles sont toujours vénérées. L'ordre fondé à Prémontré, malgré les épreuves de la Révolution française et des sécularisations qui réduisirent considérablement son nombre, subsiste aujourd'hui, notamment en France aux abbayes de Mondaye et de Frigolet. Ainsi se perpétue l'intuition de Norbert : unir la prière contemplative à l'annonce de l'Évangile.
Sources
- Encyclopædia Britannica, « Saint Norbert of Xanten ».
- Encyclopædia Universalis, article « Prémontrés ».
- Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Norbert de Xanten ».
- Larousse, encyclopédie en ligne, « saint Norbert ».
- Cornelius J. Kirkfleet, History of Saint Norbert, founder of the Norbertine (Premonstratensian) order, apostle of the Blessed Sacrament, archbishop of Magdeburg (Internet Archive).
- Ordre de Prémontré (opraem.org), « History of the Order ».
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Questions fréquentes sur Saint Norbert de Xanten
Qu'a fondé saint Norbert de Xanten ?
Il a fondé en 1120, à Prémontré en Picardie, l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré, les Prémontrés ou « moines blancs ».
Qu'est-ce que la réforme grégorienne ?
Un vaste mouvement de réforme de l'Église aux XIe et XIIe siècles, visant à restaurer la discipline du clergé et l'indépendance de l'Église, auquel Norbert participa activement.
Quand est la fête de saint Norbert ?
Sa fête est célébrée le 6 juin.
Sources : notice Wikipédia.



