Jean-Baptiste de La Salle

Portrait de Jean-Baptiste de La Salle
Portrait de Jean-Baptiste de La Salle, peintre. Muller-graveur Chapon · CC BY-SA 4.0.

Biographie de Jean-Baptiste de La Salle

Né à Reims le 30 avril 1651 dans une famille patricienne de robe, Jean-Baptiste de La Salle reçoit une éducation brillante au collège des Bons-Enfants, puis au séminaire de Saint-Sulpice à Paris (1670-1672). Chanoine de la cathédrale dès seize ans, docteur en théologie à vingt-cinq (1680), ordonné prêtre en 1678, il semble promis à une prélature confortable quand la rencontre d'un maître d'école itinérant, Adrien Nyel, en 1679, change le cours de sa vie. Il accepte de loger chez lui les premiers maîtres envoyés dans les écoles de charité rémoises, les forme, partage leur pauvreté, démissionne de son canonicat en 1683, distribue sa fortune aux pauvres durant la famine de 1684-1685, et fonde avec ses disciples l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes, approuvé localement en 1684.

Sa pédagogie est une révolution tranquille : l'enseignement simultané (une classe entière travaille ensemble sous un maître unique) remplace le mot-à-mot individuel encore pratiqué partout ; il impose l'enseignement en langue française (et non plus en latin) ; il publie la Conduite des écoles chrétiennes (1706, imprimée 1720), premier grand traité français de pédagogie. Il ouvre à Saint-Denis (1687) le premier séminaire de maîtres pour laïcs ruraux, à Paris (1698) une école du dimanche pour jeunes ouvriers, à Saint-Yon près de Rouen (1705) le premier « pensionnat de qualité » et la première maison de correction religieuse. Persécuté par le lobby des maîtres écrivains parisiens, il se retire à Saint-Yon où il meurt le 7 avril 1719 au matin du Vendredi saint, en disant : « J'adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. »

Effigie ou relique de Jean-Baptiste de La Salle
Relique, statue ou lieu de mémoire, Eutrope · Public domain.

L'ordre fondé et son rayonnement

Trois intuitions forgèrent l'originalité lasallienne. D'abord, la gratuité absolue pour les enfants pauvres : les Frères ne reçoivent rien des élèves et refusent même les fondations rémunérées. Ensuite, la professionnalisation du métier d'enseignant par des écoles normales (les premiers « séminaires de maîtres », qui anticipent de 150 ans celles de Guizot et Ferry). Enfin, un Institut laïc : les Frères prononcent des vœux religieux mais ne sont jamais prêtres, renonçant à l'ordination pour se consacrer entièrement à l'école, position révolutionnaire dans l'Église tridentine. Cette architecture a fait des Frères les pionniers mondiaux de l'enseignement populaire chrétien, de Saint-Omer à Buenos Aires en passant par Beyrouth et Hanoï.

Scène iconique de Jean-Baptiste de La Salle
Scène iconique, De La Salle Brothers · Public domain.

Postérité, culte et citation

Canonisé par Léon XIII le 24 mai 1900 et déclaré Patron spécial de tous les éducateurs chrétiens par Pie XII le 15 mai 1950, Jean-Baptiste de La Salle inspire aujourd'hui 3 000 Frères et près de 90 000 partenaires laïcs qui accompagnent plus d'un million d'élèves dans 80 pays. En France, l'Institut a porté les grands lycées Saint-Nicolas (Paris), Passy-Buzenval, Sainte-Marie de Lyon, et compte aujourd'hui environ 150 établissements lasalliens. Sa Méditation pour le temps de la retraite (16) contient cette phrase, devenue sa devise pédagogique : « Vous êtes les anges visibles de ces enfants que vous avez à conduire au Ciel. »

Pour prolonger la rencontre : Georges Rigault, Histoire générale de l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes (9 vol., 1937-1953) ; Yves Poutet, Le XVIIIe siècle et les origines lasalliennes, 1970 ; La Salle France, site officiel de la Mission éducative lasallienne.

Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter

1900 année de canonisation
7 avril fête liturgique
1684 fondation des Frères des Écoles chrétiennes
1950 patron des éducateurs (Pie XII)

À Reims, la maison natale (rue de l'Arbalète) et la cathédrale Notre-Dame (où il fut baptisé et ordonné chanoine) conservent sa mémoire. À Rouen, la maison-mère de Saint-Yon (aujourd'hui quartier Saint-Sever) et l'église Saint-Sever marquent le lieu de sa mort. Les reliques furent transférées en 1937 à la maison généralice de Rome (Via Aurelia), où repose aujourd'hui la majeure partie de sa dépouille ; quelques ossements insignes se trouvent au sanctuaire de Parménie (Isère) et à Saint-Nicolas-du-Chardonnet (Paris).

Anecdotes et iconographie

  • Le rabat et la petite croix, L'habit des Frères, soutane noire à petit collet, rabat blanc, manteau large, fut conçu par La Salle pour n'être ni sacerdotal ni séculier ; son iconographie l'y représente presque toujours.
  • La distribution de 1684-85, Durant la famine de 1684, La Salle distribua toute sa fortune patrimoniale aux pauvres de Reims en un seul hiver, geste que son directeur, Nicolas Barré, lui avait conseillé pour rendre sa fondation libre de toute pression.
  • La plume et les enfants, L'iconographie lasallienne contemporaine (mosaïque de Saint-Pierre, 1904) le montre entouré d'écoliers, tenant une plume et un livre ouvert, allusion à ses manuels d'écriture en ronde et bâtarde.

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Questions fréquentes sur Jean-Baptiste de La Salle

Les Frères des Écoles chrétiennes sont-ils prêtres ?

Non, par décision expresse du fondateur, aucun Frère n'est prêtre. La Salle voulait préserver l'Institut de toute tentation cléricale et garantir qu'il reste entièrement consacré à l'école populaire.

Quelle différence avec les jésuites ?

Les jésuites (ordre clérical) tiennent des collèges pour l'élite ; les Frères (institut laïc) ont tenu d'abord les écoles gratuites pour pauvres. Charisme éducatif commun, mais publics et structures canoniques différents.

Pourquoi enseigner en français et non en latin ?

La Salle a voulu que les enfants apprennent d'abord la langue qu'ils parlent : décision pédagogique audacieuse en 1680, à contre-courant de l'usage universitaire, elle a révolutionné l'enseignement primaire européen.

Qui est l'actuel Supérieur des Frères ?

Le Supérieur général, élu pour sept ans par le Chapitre général, réside à la maison généralice de Rome. L'Institut compte environ 3 000 Frères et 90 000 collaborateurs laïcs dans 80 pays.

Sources