Jeanne-Françoise Frémyot de Rabutin-Chantal
Biographie de Jeanne de Chantal
Née à Dijon le 28 janvier 1572, Jeanne-Françoise Frémyot est la fille du président à mortier Bénigne Frémyot, ardent catholique ligueur rallié à Henri IV. Éduquée dans une foi sérieuse, mariée à vingt ans (1592) au baron Christophe de Rabutin-Chantal, seigneur de Bourbilly, elle vit neuf ans de grand bonheur conjugal au château familial et donne naissance à six enfants, dont quatre survivront. Devenue veuve à vingt-huit ans, le 28 octobre 1601, après la mort accidentelle de son mari blessé à la chasse, elle entre dans une longue nuit de deuil, supporte les vexations d'un beau-père acariâtre, et cherche un directeur spirituel à sa mesure.
En mars 1604, lors du carême prêché à Dijon, elle rencontre l'évêque de Genève, François de Sales ; la direction spirituelle que celui-ci accepte bientôt va transformer la veuve inconsolable en l'une des plus grandes figures mystiques de l'histoire de France. Après six ans de maturation et de discernement, pourvoyant aux besoins de ses enfants et en particulier de son fils Celse-Bénigne, Jeanne fonde avec François de Sales, le 6 juin 1610 à la Galerie d'Annecy, la Visitation Sainte-Marie, destinée à accueillir les veuves et les femmes de santé fragile exclues des ordres contemplatifs traditionnels. Elle voyage inlassablement pour en étendre le réseau, Lyon (1615), Paris (1619 avec Vincent de Paul), Grenoble, Bourges, et meurt à Moulins le 13 décembre 1641, après avoir fondé 86 monastères.
L'ordre fondé et son rayonnement
L'ordre de la Visitation est une révélation dans le paysage spirituel de la Contre-Réforme. Là où Trente imposait clôture perpétuelle et austérités rebutantes, François de Sales et Jeanne de Chantal conçoivent une vie religieuse d'intensité intérieure et de douceur évangélique : clôture adaptée, mortifications modérées, prière affective centrée sur l'humilité du Cœur de Jésus et la confiance en la Providence. La Règle de la Visitation (1618), bâtie sur l'Introduction à la vie dévote et le Traité de l'Amour de Dieu, codifie cette spiritualité salésienne qui rayonnera ensuite sur Vincent de Paul, Bossuet, Fénelon et toute l'école française. C'est à la Visitation de Paray-le-Monial qu'au siècle suivant sainte Marguerite-Marie Alacoque recevra les grandes révélations du Sacré-Cœur (1673-1675).
Postérité, culte et citation
Béatifiée en 1751 par Benoît XIV et canonisée par Clément XIII le 16 juillet 1767, Jeanne de Chantal repose à la basilique de la Visitation d'Annecy aux côtés de François de Sales ; leurs reliques avaient été cachées à Tonon en 1793, puis rendues à Annecy en 1806. L'ordre compte aujourd'hui environ 2 000 moniales dans 130 monastères répartis sur tous les continents, soit l'une des plus belles expansions contemplatives féminines de l'histoire. Son œuvre spirituelle, en particulier sa vaste correspondance (près de 3 000 lettres) et les Exhortations aux Sœurs, fait d'elle l'une des grandes directrices d'âmes françaises.
À sa fille Françoise-Madeleine, elle écrivait en 1636 : « Dieu se sert le plus souvent, pour Lui plaire davantage, des âmes qui souffrent plus qu'elles n'agissent. » Pour prolonger la rencontre : Henri Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. II, 1923 ; André Ravier, Jeanne de Chantal, Lethielleux, 1983 ; Basilique de la Visitation, Annecy.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
Haut lieu : la basilique de la Visitation d'Annecy (Haute-Savoie), construite 1909-1930 sur le flanc du Crêt du Maure, qui abrite ses reliques et celles de saint François de Sales. À Dijon, sa maison natale rue Saint-Michel, et le quartier qui porte aujourd'hui son nom. À Paray-le-Monial, le monastère de la Visitation (où vécut sainte Marguerite-Marie) est en lien direct avec son charisme. Le château de Bourbilly (Vic-de-Chassenay, Côte-d'Or) se visite certains jours d'été.
Anecdotes et iconographie
- La croix gravée sur la poitrine, Selon sa confidente, Jeanne aurait gravé à la pointe du fer rouge sur sa propre poitrine, au début de son veuvage, le monogramme « JHS », geste de consécration radicale rapporté au procès de canonisation.
- L'enjambement de Celse-Bénigne, Partant pour Annecy en 1610, elle dut littéralement enjamber son fils Celse-Bénigne, prostré sur le seuil pour l'empêcher de partir : « Les larmes d'un enfant, a-t-elle écrit, ne doivent pas retenir le cœur qui appartient à Dieu seul ».
- L'habit noir et la croix d'argent, L'iconographie la représente en habit noir de la Visitation avec collerette blanche, croix d'argent sur la poitrine ornée du Nom de Jésus, uniformément fixée par la Règle de 1618.
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Questions fréquentes sur Jeanne de Chantal
Qui a fondé la Visitation : François de Sales ou Jeanne de Chantal ?
Les deux ensemble. François de Sales conçut la règle spirituelle et le projet ; Jeanne de Chantal fut la première visitandine et la fondatrice active, implantant 86 monastères de son vivant.
Pourquoi l'ordre accueille-t-il les veuves ?
Parce que les ordres contemplatifs tridentins exigeaient jeunesse, santé et dot considérable : la Visitation voulut offrir aux veuves, aux personnes fragiles et aux « vocations tardives » une vie consacrée d'intensité spirituelle sans austérité physique.
Quel lien avec le Sacré-Cœur ?
C'est à une Visitandine, sainte Marguerite-Marie Alacoque, que le Christ révéla en 1673-1675 à Paray-le-Monial la dévotion au Sacré-Cœur ; celle-ci est devenue, via les Visitandines, l'une des grandes dévotions universelles.
Combien de visitandines en France aujourd'hui ?
Environ 400 moniales réparties dans une vingtaine de monastères français (Annecy, Paray-le-Monial, Voiron, Nantes, Caen, etc.) ; l'ordre reste strictement contemplatif.
Sources
- Wikipédia, Jeanne-Françoise Frémyot de Rabutin-Chantal.