Charles Joseph Eugène de Mazenod
Né à Aix-en-Provence le 1er août 1782 et mort à Marseille le 21 mai 1861, Charles-Joseph-Eugène de Mazenod appartient à cette génération d'hommes d'Église façonnés par la rupture révolutionnaire. Fils d'aristocrate ruiné par l'émigration, devenu prêtre des plus pauvres puis évêque d'une grande ville portuaire, il fonde en 1816 la congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, aujourd'hui présente sur tous les continents. Canonisé en 1995, il demeure une figure centrale de l'histoire religieuse de la Provence et de Marseille au XIXe siècle.
Un enfant de la noblesse provençale dans la tourmente révolutionnaire
Eugène de Mazenod naît dans une famille de magistrats : son père, Charles-Antoine, est président de la Cour des comptes, aides et finances de Provence. La Révolution bouleverse cet héritage. Dès 1791, alors qu'Eugène n'a pas dix ans, la famille prend le chemin de l'exil en Italie, séjournant successivement à Nice, Turin, Venise, Naples et Palerme. Ces années d'errance, marquées par la précarité matérielle et par la séparation de ses parents (sa mère rentre en France et fait annuler son mariage), forment durablement le caractère de l'adolescent. C'est à Venise qu'un prêtre, don Bartolo Zinelli, lui donne une première formation spirituelle solide, fait attesté par les biographies de référence et que la tradition oblate retient comme une semence de sa vocation future.
La conversion du Vendredi saint et l'ordination
De retour en France en 1802, Eugène nourrit d'abord des ambitions mondaines et envisage le mariage. La rupture d'un projet d'union, vers 1807, et surtout une expérience spirituelle décisive le réorientent. Devant la Croix, un Vendredi saint, il fait l'expérience bouleversante de la miséricorde divine : il décrira plus tard cette grâce comme le moment où il résolut de réparer sa vie « par le don total de lui-même à Jésus son Sauveur ». Il faut ici distinguer le fait, bien documenté par ses écrits autobiographiques, de la précision de sa datation, que les historiens situent diversement autour de 1807. En 1808, il entre au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, alors dirigé par les sulpiciens Émery et Duclaux, foyer d'une spiritualité exigeante. Il est ordonné prêtre à Amiens le 21 décembre 1811.
Le prêtre des pauvres et la fondation des Oblats
Revenu à Aix-en-Provence, le jeune prêtre refuse les charges honorifiques pour se consacrer aux délaissés : domestiques, jeunes ouvriers, prisonniers, paysans coupés d'un clergé décimé par la Révolution. Geste révélateur, il prêche le Carême de 1813 en provençal, langue du peuple, afin d'être compris de ceux que le français lettré excluait. De cette pastorale des « plus abandonnés » naît le projet d'une communauté missionnaire. Le 25 janvier 1816, dans l'ancien couvent du Carmel d'Aix, Eugène réunit quelques compagnons pour fonder la Société des Missionnaires de Provence, vouée à la prédication des missions paroissiales dans les campagnes déchristianisées.
L'institut prend une dimension nouvelle lorsque le pape Léon XII approuve officiellement la congrégation, le 17 février 1826, sous le nom de Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Eugène donne à ses fils spirituels la devise tirée de l'Évangile de Luc, citée par le Christ à Nazareth : Evangelizare pauperibus misit me, « Il m'a envoyé évangéliser les pauvres ». Cette consécration mariale, antérieure de près de trente ans à la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception (1854), témoigne de l'enracinement de sa piété.
L'évêque de Marseille
L'ascension épiscopale d'Eugène est d'abord familiale. Son oncle Fortuné de Mazenod, rentré d'exil, est nommé évêque de Marseille en 1823 et fait de son neveu son vicaire général. Eugène est sacré évêque en 1832, puis succède à son oncle sur le siège de Marseille en 1837. Pendant près d'un quart de siècle, il transforme un diocèse appauvri en une Église dynamique : il multiplie les paroisses pour suivre une population en pleine croissance industrielle et portuaire, appelle de nombreuses congrégations, soutient les œuvres pour les ouvriers et les migrants, et lance deux grands chantiers emblématiques de Marseille, la cathédrale de la Major et la basilique Notre-Dame-de-la-Garde. Pasteur présent, il se distingue notamment lors des épidémies, restant auprès des malades. En 1851, son siège est élevé au rang qui lui vaut le titre d'archevêque ad personam.
Un rayonnement missionnaire mondial
Sous son impulsion, les Oblats franchissent les mers. À partir de 1841, ils gagnent le Canada, puis l'Angleterre (1842), les États-Unis et Ceylan (1847), l'Afrique australe (1851) ou l'Irlande (1855). Mazenod oriente sa congrégation vers les terres les plus rudes, jusqu'au Grand Nord canadien et aux missions arctiques, animant de Marseille une vaste correspondance avec ses missionnaires. À sa mort en 1861, la congrégation compte environ quatre cents membres et plusieurs évêques. Élevé cardinal in pectore par Pie IX selon une tradition rapportée par les Oblats, il meurt sans que cette dignité ait été publiée.
Mort, canonisation et héritage
Eugène de Mazenod s'éteint le 21 mai 1861. La tradition oblate a retenu son testament spirituel, adressé à ses fils : « Pratiquez bien parmi vous la charité, la charité, la charité, et au dehors le zèle pour le salut des âmes. » Béatifié par Paul VI le 19 octobre 1975, il est canonisé par Jean-Paul II le 3 décembre 1995, qui le présente comme un modèle de foi, d'espérance et de charité. Sa mémoire liturgique est fixée au 21 mai. Aujourd'hui, les Oblats de Marie Immaculée œuvrent dans une soixantaine de pays, faisant de ce noble provençal exilé l'un des grands semeurs missionnaires issus de l'Église de France.
Sources
- Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, « Saint Eugène de Mazenod, la biographie », OMI World (omiworld.org).
- Nominis, Conférence des évêques de France, « Saint Eugène de Mazenod » (nominis.cef.fr).
- « Eugène de Mazenod » et « Fortuné de Mazenod », notices encyclopédiques Wikipédia (en s'appuyant sur les sources hagiographiques citées).
- Jean-Paul II, homélie de canonisation, 3 décembre 1995, Vatican (vatican.va).
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Questions fréquentes sur Saint Eugène de Mazenod
Qu'a fondé saint Eugène de Mazenod ?
Il a fondé en 1816 la congrégation missionnaire des Oblats de Marie-Immaculée, présente aujourd'hui sur tous les continents.
De quelle ville saint Eugène de Mazenod était-il l'évêque ?
Il fut évêque de Marseille de 1837 à 1861, où il fit notamment édifier la basilique Notre-Dame-de-la-Garde.
Quand est la fête de saint Eugène de Mazenod ?
Sa mémoire liturgique est célébrée le 21 mai.
Sources : notice Wikipédia.



