Nicolás Gómez Dávila
Biographie de Nicolás Gómez Dávila
Né le 18 mai 1913 à Bogotá dans une grande famille patricienne colombienne, Nicolás Gómez Dávila est le fils d'un industriel textile qui l'emmène en Europe en 1919. Il y passe son enfance, est éduqué à Paris chez les bénédictins puis à Lausanne, y apprend le grec, le latin, le français, l'anglais et l'allemand. Rentré à Bogotá à 23 ans en 1936, il épouse Emilia Nieto Ramos, reprend l'affaire familiale, et n'en sortira plus que deux fois, pour de courts séjours à Paris (1948 et 1949).
Il mène alors l'existence d'un gentleman-érudit : quatorze heures par jour dans sa bibliothèque de 30 000 volumes, méthodiquement lue et annotée. Il ne publie rien pendant quinze ans, puis, pressé par ses amis, fait paraître à petit tirage Notas I (Mexico, 1954) et Textos I (Bogotá, 1959), tirés à 100 et 500 exemplaires. L'accueil est nul : ces deux recueils disparaissent de la circulation.
C'est à partir de 1977 qu'il décide de publier ses œuvres : les deux volumes des Escolios a un texto implícito (1977), suivis des trois volumes de Nuevos escolios (1986), tous chez son ami éditeur Mario Laserna. Le « texte implicite » n'est jamais écrit : c'est le catholicisme intégral dont ses aphorismes sont les scholies marginales. En 1987, le philosophe allemand Martin Mosebach et Franco Volpi en donnent une traduction partielle chez Karolinger (Vienne), c'est la révélation européenne.
Il meurt à Bogotá le 17 mai 1994, à la veille de son 81ᵉ anniversaire. Depuis 2000, sa réception européenne s'étend : traductions allemandes, italiennes (Adelphi), françaises (Éditions du Rocher, L'Arche), polonaises, russes. Ernst Jünger et Martin Mosebach l'ont salué comme l'un des trois plus grands penseurs chrétiens du XXᵉ siècle avec Guardini et Ratzinger.
Œuvre et doctrine
Gómez Dávila pratique l'aphorisme comme arme théologique : chaque « scolie » est la glose d'un texte implicite, le catholicisme intégral, qu'il refuse d'exposer systématiquement. Sa pensée articule un augustinisme radical (« entre Dieu et l'homme, Dieu seul est indispensable ») à une critique de la modernité dénoncée comme hérésie anthropologique confondant démocratie, progrès technique et apostasie.
Le « réactionnaire authentique » qu'il se veut n'est pas un nostalgique d'un âge d'or mais un homme qui juge le présent à la mesure de l'éternité. Découvert tardivement par Mosebach et Volpi (Karolinger, 1987), il devient la référence du conservatisme catholique intellectuel européen : Rémi Brague, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq (Sérotonine), Rod Dreher, Pierre Manent le relisent. Sa critique de la démocratie comme idolâtrie inspire la nouvelle droite catholique (Michéa, Hadjadj).
Œuvres majeures
- Notas I (1954)
- Textos I (1959)
- Escolios a un texto implícito (1977, 2 vol.)
- Nuevos escolios a un texto implícito (1986, 3 vol.)
- De iure (publ. posthume 1988)
Héritage et postérité
Découvert tardivement en Europe par la traduction allemande de Martin Mosebach et Franco Volpi (Karolinger, 1987), Gómez Dávila devient depuis 2000 la référence du conservatisme catholique intellectuel européen : Rémi Brague, Alain Finkielkraut, Michel Houellebecq (Sérotonine), Rod Dreher et, en français, les Éditions du Rocher (trad. Michel Bibard, 2005) et L'Arche (2005-2010) le publient. Sa critique de la démocratie comme idolâtrie inspire la nouvelle droite catholique (Jean-Claude Michéa, Fabrice Hadjadj, Pierre Manent). Ernst Jünger et Martin Mosebach le tiennent pour l'un des trois plus grands penseurs chrétiens du XXᵉ siècle.
« Le réactionnaire n'est pas le rêveur de passés abolis, mais le chasseur d'ombres sacrées sur les collines éternelles. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Nicolás Gómez Dávila
Qu'est-ce qu'une « scolie » chez Gómez Dávila ?
Au sens classique, une scolie (scholion) est une glose marginale éclairant un texte canonique. Gómez Dávila retourne le procédé : ses Escolios (1977) sont les marginalia d'un « texte implicite », le catholicisme intégral, jamais rédigé, supposé connu du lecteur averti. Chaque aphorisme condense en deux lignes ce qu'un essai aurait développé en dix pages.
Pourquoi s'appelle-t-il « réactionnaire authentique » ?
Parce qu'il distingue le « réactionnaire authentique » (qui juge le présent à l'aune de l'éternité) du « réactionnaire vulgaire » (nostalgique d'un âge d'or passé). Le premier n'est pas tourné vers le passé mais vers les valeurs permanentes ; il n'a aucune illusion sur les époques révolues. Sa devise : « Le réactionnaire n'est pas celui qui veut faire revenir le passé, c'est celui qui refuse de servir l'actuel. »
Pourquoi le découvre-t-on si tard en Europe ?
Parce qu'il n'a jamais voulu quitter Bogotá, n'a jamais envoyé ses livres à des critiques européens, n'a écrit qu'en espagnol, et a délibérément tiré ses premiers recueils à très petit nombre (100, 500 exemplaires). La traduction allemande de Mosebach et Volpi à Vienne (Karolinger, 1987) puis l'édition Adelphi (Milan, 2001) lancent enfin la réception européenne.
Sources et pour aller plus loin
- Franco Volpi, Il solitario di Dio. Morale, religione e politica in Nicolás Gómez Dávila, Adelphi, 2007.
- Till Kinzel, Nicolás Gómez Dávila: Parteigänger verlorener Sachen, Edition Antaios, 2003 (rééd. 2006).
- Michaël Rabier, Nicolás Gómez Dávila, penseur de l'Antimodernité, L'Harmattan, 2014.
- Franco Volpi, Il solitario di Dio, Adelphi, 2007.
- Till Kinzel, Nicolás Gómez Dávila: Parteigänger verlorener Sachen, Edition Antaios, 2003 (rééd. 2006).
- Michaël Rabier, Nicolás Gómez Dávila, penseur de l'Antimodernité, L'Harmattan, 2014.