Gustave Thibon
Biographie de Gustave Thibon
Né le 2 septembre 1903 à Saint-Marcel-d'Ardèche, bourg viticole de la rive droite du Rhône, Gustave Thibon est le fils d'un petit vigneron. Quittant l'école communale à treize ans pour travailler à la vigne familiale, il se forme seul en lisant à la lampe, la nuit, saint Thomas d'Aquin, Pascal, Nietzsche, Jean de la Croix, Maître Eckhart. Engagé volontaire en Syrie à 18 ans (1921-1923), il y rencontre l'islam et l'orientalisme, rentre à la ferme en 1924 et n'en sortira plus que pour conférencier.
Découvert vers 1931 par le philosophe catholique Gabriel Marcel, qui le publie dans La Revue de Paris, il entre dans la circulation intellectuelle française. Ses premiers livres, La Science du caractère (1938) et Diagnostics (1940, préface de Marcel), posent sa méthode : une méditation aphoristique sur le réel, nourrie d'observation paysanne et de métaphysique thomiste. Il épouse en 1935 Yvette Gasquet, avec qui il aura sept enfants.
En juin 1941, Simone Weil vient travailler trois mois comme ouvrière agricole chez lui avant de gagner les États-Unis. De leurs conversations et des cahiers qu'elle lui laisse naîtra, en 1947, La Pesanteur et la Grâce, recueil qui fait entrer Simone Weil dans le canon philosophique du XXᵉ siècle. Après-guerre, ses grands essais se succèdent : Retour au réel (1943), L'Échelle de Jacob (1946), L'Ignorance étoilée (1974), Le Voile et le Masque (1985).
Grand prix de littérature de l'Académie française en 1964, grand prix Gabriel-Marcel en 1986, il refuse cependant toujours d'entrer dans les institutions officielles. Il vit soixante-dix ans sur sa colline ardéchoise, reçoit Bernanos, Soljenitsyne, Julien Green, Jean Guitton. Il meurt à Saint-Marcel-d'Ardèche le 19 janvier 2001, à 97 ans. Jean-Paul II l'a cité lors de sa visite en France en 1996.
Œuvre et doctrine
Autodidacte ardéchois formé à la vigne et à Thomas d'Aquin, Thibon réunit dans une prose aphoristique l'enracinement paysan, la métaphysique thomiste et la mystique (Jean de la Croix, Eckhart, Weil). Contre l'abstraction des idéologies, il oppose la pesanteur du réel et la grâce qui le transfigure ; contre le progressisme, la fidélité aux cycles naturels et liturgiques ; contre l'individualisme, l'articulation personne-communauté-Dieu.
Découvreur de Simone Weil (qu'il héberge en 1941 et dont il publie La Pesanteur et la Grâce en 1947), il conjugue rigueur thomiste et sensibilité mystique. Gabriel Marcel le salue comme « le plus grand philosophe autodidacte français ». Il inspire Maritain, Julien Green, Bernanos, Boutang, Soljenitsyne, puis Alexandre Marc, Rémi Soulié, Fabrice Hadjadj, et nourrit la critique catholique de la technique (Ellul, Charbonneau).
Œuvres majeures
- Diagnostics. Essai de physiologie sociale (1940)
- Retour au réel (1943)
- L'Échelle de Jacob (1946)
- L'Ignorance étoilée (1974)
- Le Voile et le Masque (1985)
Héritage et postérité
Grand prix de littérature de l'Académie française (1964), Thibon est lu par Maritain, Gabriel Marcel, Julien Green, Georges Bernanos, Pierre Boutang, Alexandre Soljenitsyne. Son édition de Simone Weil fait entrer celle-ci dans le canon philosophique français. Il inspire toute une lignée de penseurs catholiques de l'enracinement, Alexandre Marc, Rémi Soulié, Fabrice Hadjadj, et nourrit la critique chrétienne de la technique (Ellul, Charbonneau). Cité par Jean-Paul II lors de sa visite en France en 1996.
« On n'est pas enraciné parce qu'on reste en place, mais parce qu'on porte au-dedans de soi les racines du réel. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Gustave Thibon
Comment Thibon a-t-il connu Simone Weil ?
Le philosophe dominicain Joseph-Marie Perrin, qui les amitait tous deux, envoie Simone Weil travailler comme ouvrière agricole dans la ferme de Thibon à Saint-Marcel-d'Ardèche de juin à octobre 1941. Elle y vit comme une paysanne, participe aux vendanges, et lui laisse à son départ pour New York onze cahiers autographes. Thibon en tirera La Pesanteur et la Grâce (Plon, 1947).
Pourquoi « philosophe autodidacte » ?
Parce qu'il a quitté l'école à treize ans pour travailler à la vigne familiale et n'a suivi aucun cursus universitaire. Toute sa formation vient de lectures nocturnes solitaires : Thomas d'Aquin, Pascal, Nietzsche, Jean de la Croix, Eckhart. Son style reste ainsi unique en philosophie française, concret, sensuel, proverbial, précisément parce qu'il n'est passé par aucun moule académique.
Thibon a-t-il été maurrassien ?
Proche de l'Action française dans les années 1930, il rompt en 1940 avec le maurrassisme politique pour s'en tenir à la seule méditation spirituelle, tout en gardant l'amitié de Pierre Boutang. Son catholicisme reste traditionnel, fidèle à la liturgie latine après Vatican II, mais jamais polémique ni partisan. Jean-Paul II le cite en 1996 comme « sagesse paysanne chrétienne ».
Sources et pour aller plus loin
- Philippe Barthelet (dir.), Gustave Thibon, Les Dossiers H, L'Âge d'Homme, 2012.
- Françoise Chauvin, Gustave Thibon, Seghers, 1967.
- Jean-Paul Guerlain, Gustave Thibon, le philosophe de l'être, Téqui, 2003.
- Philippe Barthelet (dir.), Gustave Thibon, Les Dossiers H, L'Âge d'Homme, 2012.
- Françoise Chauvin, Gustave Thibon, Seghers, 1967.
- Jean-Paul Guerlain, Gustave Thibon, le philosophe de l'être, Téqui, 2003.