Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald

Portrait de Louis de Bonald
Portrait de Louis de Bonald, Louis Hersent · Public domain.

Biographie de Louis de Bonald

Né le 2 octobre 1754 au château du Monna près de Millau, en Rouergue, Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald, est le fils d'une vieille famille de robe anoblie au XVᵉ siècle. Éduqué chez les oratoriens de Juilly, il sert brièvement dans les mousquetaires royaux (1773-1776) avant d'épouser en 1778 Elisabeth de Guibal de Combescure. Il est élu maire de Millau en 1785 puis membre de l'assemblée provinciale de Haute-Guyenne.

Refusant en 1791 la Constitution civile du clergé, il émigre avec ses deux fils aînés à Heidelberg et sert dans l'armée des princes à Coblence. C'est en exil à Heidelberg qu'il compose son premier et plus fondamental ouvrage, la Théorie du pouvoir politique et religieux (1796), aussitôt saisi et pilonné par le Directoire. Rentré clandestinement en 1797, il publie en 1800 son Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social, puis la Législation primitive (1802), qui établit sa doctrine de la société organique.

Rallié à l'Empire par opportunisme patriotique, il devient conseiller de l'Université sous Fontanes (1810-1814), puis sous la Restauration député de l'Aveyron, membre de l'Académie française (1816) et enfin pair de France (1823) avec le titre de vicomte héréditaire. Il est le principal artisan de l'abrogation du divorce (loi Bonald du 8 mai 1816), qui tiendra jusqu'en 1884. Il démissionne de la pairie après la révolution de Juillet 1830 par refus de serment à Louis-Philippe.

Retiré au Monna, il y meurt le 23 novembre 1840 à 86 ans, ayant survécu à deux de ses fils. Inhumé dans la chapelle du château. Son fils cadet Victor de Bonald deviendra cardinal-archevêque de Lyon (1841-1870) et reprendra le combat contre le divorce et pour l'indépendance de l'Église.

Page de titre de l'Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social de Bonald (1800)
Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social (1800), Louis de Bonald · Public domain.

Œuvre et doctrine

Bonald fonde la sociologie conservatrice française : la société est un organisme théologico-politique dont les trois pouvoirs (pouvoir, ministre, sujet) reflètent l'ordre trinitaire et se retrouvent dans la famille (père, mère, enfant) et dans l'Église (Dieu, médiateur, homme). Contre Rousseau, il affirme que la société précède l'individu, que le langage est donné par Dieu (thèse traditionaliste reprise par Lamennais), et que la Révolution, en brisant l'ordre organique, conduit nécessairement au despotisme.

Son combat pour l'indissolubilité du mariage aboutit à l'abrogation du divorce en 1816. Père avec Maistre de la contre-révolution, il inspire Ballanche, Chateaubriand, Lamennais, Donoso Cortés, Veuillot, Maurras. Auguste Comte revendique sa dette envers lui pour la sociologie positive. Au XXᵉ siècle, Carl Schmitt, Robert Spaemann, Pierre Manent et Rémi Brague relisent son organicisme. Sa critique du divorce est la matrice doctrinale d'Arcanum (Léon XIII, 1880).

Œuvres majeures

  • Théorie du pouvoir politique et religieux (1796)
  • Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social (1800)
  • Législation primitive considérée dans les derniers temps (1802)
  • Du divorce considéré au XIXᵉ siècle (1801, rééd. 1818)
  • Démonstration philosophique du principe constitutif de la société (1830)
Nef de l'église Saint-François de Millau, paroisse de la famille de Bonald
Église Saint-François de Millau, paroisse familiale des Bonald, Père Igor · CC BY-SA 4.0.

Héritage et postérité

Père avec Maistre de la contre-révolution, Bonald inspire Ballanche, Chateaubriand, Lamennais (jeune), le légitimisme de Berryer, Donoso Cortés, Veuillot et Maurras. Auguste Comte revendique sa dette envers lui pour la sociologie positive. Au XXᵉ siècle, Carl Schmitt, Robert Spaemann, Pierre Manent, Philippe Bénéton et Rémi Brague relisent son organicisme. Sa critique du divorce reste la matrice doctrinale des enseignements de Léon XIII sur la famille (Arcanum, 1880).

« L'homme existe par la société, et la société le forme pour elle, c'est-à-dire qu'elle le fait exister pour elle. »

, Louis de Bonald, Législation primitive, Le Clère, Paris, 1802, discours préliminaire

Repères chiffrés

86 ans durée de vie
5 œuvres majeures
contre-révolution mouvement principal
Laïc catholique ; … affiliation

À découvrir sur France Éternelle

Questions fréquentes sur Louis de Bonald

Qu'est-ce que la loi Bonald de 1816 ?

La loi du 8 mai 1816, dont Bonald rédige le rapport à la Chambre, qui abroge le divorce institué par la loi du 20 septembre 1792. Argumentant que le mariage chrétien est indissoluble par droit naturel et divin, elle restaure en France le droit matrimonial catholique. Le divorce ne sera rétabli qu'en 1884 par la loi Naquet.

Pourquoi la société précède-t-elle l'individu, selon Bonald ?

Parce que l'homme n'accède à lui-même qu'à travers la langue, que la langue est reçue de la société, et que la société est donc antérieure et productrice de l'individu. Ce « traditionalisme linguistique », la langue est révélée par Dieu et non inventée, inverse le contractualisme rousseauiste et fonde une anthropologie où l'on n'existe qu'en héritant.

Quel lien entre Bonald et Auguste Comte ?

Comte a étudié attentivement Bonald et le cite dès le premier Cours de philosophie positive (1839) comme « le penseur qui a compris le premier le primat du social sur l'individuel ». Sa sociologie positive hérite directement de l'organicisme bonaldien, sécularisé en physique sociale. Émile Durkheim poursuivra cette filiation.

Sources et pour aller plus loin

  • Gérard Gengembre, La Contre-Révolution ou l'histoire désespérante, Imago, 1989.
  • Robert Spaemann, Der Ursprung der Soziologie aus dem Geist der Restauration: Studien über L. G. A. de Bonald, Kösel, 1959.
  • Jean Bastier, Louis de Bonald, magistrat et député (1790-1822), Éditions du Cèdre, 1999.
  • Gérard Gengembre, La Contre-Révolution ou l'histoire désespérante, Imago, 1989.
  • Robert Spaemann, Der Ursprung der Soziologie aus dem Geist der Restauration: Studien über L. G. A. de Bonald, Kösel, 1959.
  • Jean Bastier, Louis de Bonald, magistrat et député (1790-1822), Éditions du Cèdre, 1999.