Joseph-Marie, comte de Maistre
Biographie de Joseph de Maistre
Né le 1er avril 1753 à Chambéry, capitale du duché de Savoie alors rattaché au royaume de Sardaigne, Joseph-Marie Maistre appartient à une famille de haute magistrature nicoise récemment anoblie. Éduqué chez les jésuites, il étudie le droit à Turin, entre en 1774 au Sénat de Savoie comme substitut du procureur général, s'affilie à une loge maçonnique chrétienne (les Illuminés de Lyon), et épouse en 1786 Françoise de Morand.
L'invasion française de la Savoie en septembre 1792 bouleverse sa vie. Refusant de servir la Convention, il s'exile à Lausanne, Venise, Cagliari. C'est à Lausanne en 1796-1797, dans la maison de Mme de Staël-Montgaubert, qu'il rédige ses Considérations sur la France, méditation théologique sur la Révolution française comme châtiment et instrument de la Providence. Le roi Charles-Emmanuel IV le nomme en 1803 ambassadeur à Saint-Pétersbourg : il y passe quatorze ans (1803-1817), pauvre, isolé, courtisé pourtant par le tsar Alexandre Iᵉʳ et les élites russes.
Dans sa mansarde de la Fontanka, il compose ses grands œuvres : Essai sur le principe générateur des constitutions politiques (1809), Du Pape (Lyon, 1819), De l'Église gallicane (posthume, 1821), et surtout les magistrales Soirées de Saint-Pétersbourg (posthume, 1821), onze dialogues sur le problème du mal, la prière, la guerre et le bourreau. Rappelé à Turin en 1817, il y est nommé régent de la chancellerie.
Il meurt à Turin le 26 février 1821, dans les bras de ses filles, peu après avoir relu l'épreuve des Soirées. Inhumé à l'église des Saints-Martyrs, chapelle de la Congrégation. Son fils Rodolphe et son gendre Jean-Jacques Costa de Beauregard publieront posthumément ses manuscrits, qui feront de lui, avec Bonald, l'inspirateur théorique de tous les mouvements contre-révolutionnaires européens.
Œuvre et doctrine
Maistre est le grand métaphysicien de la contre-révolution. Il oppose aux Lumières et au Contrat social une philosophie de la souveraineté indivisible, de la sacralité du pouvoir et de l'infaillibilité pontificale comme gage de l'ordre européen. Sa théologie de la Providence interprète la Terreur comme châtiment purificateur et développe une doctrine du sacrifice et de la « réversibilité des mérites », tout juste souffre pour le coupable.
Penseur des langues, des constitutions non écrites, du lien entre pouvoir et religion, il annonce Bonald, Donoso Cortés et, par contraste, Carl Schmitt. Du Pape fournit à Vatican I l'argumentaire de l'ultramontanisme. Il inspire Baudelaire (« Maistre et Edgar Poe m'ont appris à raisonner »), Barbey, Bloy, Bernanos, Cioran, Isaiah Berlin et les penseurs politiques catholiques contemporains (Boutang, Compagnon, Manent).
Œuvres majeures
- Considérations sur la France (1797)
- Essai sur le principe générateur des constitutions politiques (1809)
- Du Pape (1819)
- De l'Église gallicane (1821)
- Les Soirées de Saint-Pétersbourg (1821, posthume)
Héritage et postérité
Référence majeure de la pensée contre-révolutionnaire (Bonald, Donoso Cortés, Veuillot, Maurras), Maistre inspire aussi Baudelaire (« Maistre et Edgar Poe m'ont appris à raisonner »), Barbey d'Aurevilly, Bloy, Bernanos, Carl Schmitt, Cioran, Isaiah Berlin (qui voit en lui le prophète du fascisme), et les penseurs du politique contemporain (Boutang, Compagnon, Pierre Manent). Son ultramontanisme modèle la papauté moderne de Pie IX à Pie XII.
« Toute grandeur, toute puissance, toute subordination repose sur l'exécuteur : il est l'horreur et le lien de l'association humaine. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Joseph de Maistre
Qu'est-ce que la « réversibilité des mérites » ?
La doctrine, développée surtout dans les Soirées de Saint-Pétersbourg (dialogues IX-XI), selon laquelle la souffrance des justes, unie au sacrifice du Christ, rachète les fautes des coupables, « le juste souffre pour le coupable ». Cette théologie du sacrifice vicaire structure toute sa vision de l'histoire et nourrira la spiritualité catholique du XIXᵉ siècle.
Pourquoi « Du Pape » (1819) est-il si influent ?
Parce qu'il soutient avant la lettre l'infaillibilité pontificale comme couronnement de la souveraineté indivisible : sans juge suprême, pas d'ordre spirituel ; sans ordre spirituel, pas d'ordre politique. L'ouvrage, relayé par Lamennais, Gousset, Pie IX, fournit l'argumentaire décisif à la définition dogmatique de 1870 (Vatican I, Pastor aeternus).
Maistre a-t-il été franc-maçon ?
Oui, de la Parfaite Sincérité de Chambéry (1778) puis des Illuminés de Lyon de Willermoz (1778-1790), obédience chrétienne martinésiste. Cette affiliation, abandonnée avec la Révolution, a laissé dans sa pensée un goût du symbolisme et une théologie de la médiation que ses adversaires jansénistes lui reprocheront encore au XIXᵉ siècle.
Sources et pour aller plus loin
- Jean-Louis Darcel, Joseph de Maistre, biographie intellectuelle, Klincksieck, 2010.
- Richard Lebrun, Joseph de Maistre: An Intellectual Militant, McGill-Queen's University Press, 1988.
- Pierre Glaudes (éd.), Joseph de Maistre, Œuvres, Robert Laffont (Bouquins), 2007.
- Jean-Louis Darcel, Joseph de Maistre, biographie intellectuelle, Klincksieck, 2010.
- Richard Lebrun, Joseph de Maistre: An Intellectual Militant, McGill-Queen's UP, 1988.
- Pierre Glaudes (éd.), Joseph de Maistre, Œuvres, Robert Laffont, Bouquins, 2007.