Léon Marie Bloy

Portrait de Léon Bloy
Portrait de Léon Bloy, Smerdis of Tlön · Public domain.

Biographie de Léon Bloy

Né le 11 juillet 1846 à Périgueux, Léon Marie Bloy grandit dans une famille modeste, fils d'un fonctionnaire des Ponts et Chaussées et d'une mère espagnole d'origine. Monté à Paris en 1864, il y mène une vie misérable de saute-ruisseau et de petit clerc. Sa rencontre décisive avec Barbey d'Aurevilly en 1868 puis sa conversion foudroyante en 1869 font basculer sa vie : il découvre dans le catholicisme la forme absolue d'une révolte contre la médiocrité bourgeoise.

Soldat pendant la guerre de 1870, il devient ensuite l'ami du curé d'Ars de la pensée littéraire, l'abbé Tardif de Moidrey, qui l'initie à l'exégèse symbolique de l'Écriture. Pèlerin de La Salette, il y voit la matrice de toute son œuvre : la souffrance comme sang de l'Agneau, l'attente parousiaque comme moteur de l'histoire. Sa liaison avec la prostituée repentie Anne-Marie Roulé, sombrée dans la folie en 1882, marque tragiquement sa jeunesse.

Marié en 1890 à Jeanne Molbech, fille d'un poète danois convertie au catholicisme, il connaît une misère noire entrecoupée de fulgurances créatrices. Le Désespéré (1887), roman autobiographique, le révèle ; La Femme pauvre (1897) en est le pendant lumineux. Son Journal en huit volumes (1898-1920) constitue l'un des grands monuments de la prose française du tournant du siècle. Il publie aussi Exégèse des lieux communs (1902, 1913), pamphlet contre la bêtise bourgeoise.

Le 11 juin 1906, Bloy est parrain au baptême de Jacques et Raïssa Maritain à Saint-Jean-l'Évangéliste de Montmartre, geste qui scelle son rôle de père spirituel d'une génération entière de convertis. Il meurt à Bourg-la-Reine le 3 novembre 1917 en pleine guerre, dans cette pauvreté qu'il avait choisie comme un sacrement. Sa tombe est aujourd'hui un lieu de pèlerinage discret pour les lecteurs catholiques.

Page de titre de Le Salut par les juifs (1906) de Léon Bloy
Édition originale de Le Salut par les juifs (Mercure de France, 1906), Léon Bloy · Public domain.

Œuvre et parcours littéraire

L'œuvre de Bloy est d'abord une prose-prière, où l'invective rejoint la mystique : le pamphlet (Belluaires et porchers, 1905) y voisine avec la méditation eschatologique (Le Salut par les juifs, 1892, refondu en 1906) et l'autobiographie spirituelle (Journal, 8 vol.). Sa théologie de la souffrance, lue à travers La Salette, fait de la pauvreté absolue le seul mode d'imitation du Christ.

Sa postérité dépasse largement le cercle des lettres : il amène à la foi Jacques et Raïssa Maritain, marque profondément Bernanos, Jünger, Borges, Cioran. Le pape François le cite dans son premier discours en 2013 : « Qui ne prie pas le Seigneur prie le diable. » Sa lecture absolue de l'argent et de l'attente apocalyptique nourrit la théologie de Hans Urs von Balthasar.

Œuvres majeures

  • Le Désespéré (1887)
  • La Femme pauvre (1897)
  • Le Salut par les juifs (1892, refondu 1906)
  • Exégèse des lieux communs (1902, seconde série 1913)
  • Journal (8 vol., 1898-1920)
Tombe de Léon Bloy au cimetière de Bourg-la-Reine
Tombe de Léon Bloy (Bourg-la-Reine), ManoSolo13241324 · CC0.

Héritage et postérité littéraire

Pamphlétaire mystique au verbe incandescent, Léon Bloy fut le parrain de toute une génération de convertis : il amène à la foi Jacques et Raïssa Maritain, marque profondément Bernanos, Péguy, Claudel et Julien Green. Sa lecture absolue de la souffrance comme « sang de l'Agneau », son symbolisme de l'argent et de l'attente apocalyptique nourrissent la théologie de Hans Urs von Balthasar et la spiritualité de François (qui le cite dans son premier discours en 2013). Refusant tout compromis bourgeois et toute respectabilité littéraire, Bloy invente une prose-prière qui reste la matrice du roman catholique français du XXᵉ siècle et qu'invoquent Jünger, Borges et Cioran.

« Il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des saints. »

, Léon Bloy, La Femme pauvre, Mercure de France, 1897 (mot final du roman)

Repères chiffrés

71 ans durée de vie
5 œuvres majeures
3 amitiés littéraires clés
Renaissance cathol… mouvement principal

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Questions fréquentes sur Léon Bloy

Pourquoi Léon Bloy est-il parrain de Jacques Maritain ?

Convertis ensemble en 1906 sous son influence directe, Jacques et Raïssa Maritain reçoivent le baptême le 11 juin 1906 à Saint-Jean-l'Évangéliste de Montmartre, avec Léon Bloy pour parrain unique. Cette filiation spirituelle est devenue le symbole de toute la Renaissance catholique du début du XXᵉ siècle.

Bloy a-t-il été reconnu de son vivant ?

Très peu. Il vécut dans une misère extrême, refusa toute candidature à l'Académie française et toute compromission éditoriale. Sa renommée est posthume : Bernanos, Mauriac, Claudel, Jünger, Borges et Cioran l'ont reconnu comme un maître après 1920.

Quel est son livre le plus important ?

Le Désespéré (1887) et La Femme pauvre (1897) forment son diptyque romanesque. Mais son Journal (8 volumes, 1898-1920) est considéré par beaucoup de lecteurs comme son chef-d'œuvre, à la fois chronique d'une époque et grande prose mystique française.

Sources et pour aller plus loin

  • Joseph Bollery, Léon Bloy. Essai de biographie, Albin Michel, 3 vol., 1947-1954.
  • Pierre Glaudes, Léon Bloy, la littérature et la Bible, Classiques Garnier, 2017.
  • Article « Léon Bloy », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Léon_Bloy).
  • Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
  • Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933 (11 vol.).
  • Joseph Bollery, Léon Bloy : essai de biographie, Albin Michel, 3 vol., 1947-1954.