Jacques Maritain
Biographie de Jacques Maritain
Né le 18 novembre 1882 à Paris, fils du juriste républicain Paul Maritain et de Geneviève Favre (fille de l'homme d'État Jules Favre), Jacques Maritain reçoit une éducation libérale et protestante. Étudiant à la Sorbonne, il y rencontre en 1900 Raïssa Oumançoff, jeune juive russe de la Faculté des sciences. Tous deux désespérés du scientisme régnant, ils font le pacte de se suicider ensemble s'ils ne trouvent pas un sens à l'existence.
Le sens leur est donné par la lecture de Léon Bloy, qu'ils rencontrent en juin 1905. Bouleversés par sa parole, Jacques et Raïssa Maritain reçoivent le baptême le 11 juin 1906 à Saint-Jean-l'Évangéliste de Montmartre, avec Léon Bloy pour parrain unique. Sa sœur Vera est baptisée avec eux. Cette conversion bouleverse la philosophie de Maritain : sur les conseils du dominicain Humbert Clérissac, il découvre saint Thomas d'Aquin en 1910 et y consacrera sa vie.
Professeur à l'Institut catholique de Paris (1914), aux universités de Toronto, Princeton et Columbia à partir de 1933, il publie ses grandes œuvres : Trois réformateurs (1925), Distinguer pour unir, ou Les Degrés du savoir (1932), Humanisme intégral (1936), qui inspire les démocraties chrétiennes d'après-guerre, et L'Homme et l'État (1951).
Pendant la guerre, exilé à New York avec Raïssa, il y donne des conférences décisives pour l'Université libre des hautes études. Nommé par de Gaulle ambassadeur de France près le Saint-Siège du 1ᵉʳ janvier 1945 à mai 1948, il joue un rôle clef dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Veuf en 1960, il se retire chez les Petits Frères de Jésus à Toulouse, dont il devient frère novice en 1970, et y meurt le 28 avril 1973.
Œuvre et parcours littéraire
Maritain est le philosophe néo-thomiste majeur du XXᵉ siècle. Ses Degrés du savoir (1932) refondent la théorie thomiste de la connaissance face à la science moderne. Humanisme intégral (1936) propose une cité chrétienne pluraliste, fondée sur la dignité de la personne, bréviaire des démocrates-chrétiens d'après-guerre (De Gasperi, Adenauer, Schuman).
Sa contribution à la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), comme ambassadeur de France près le Saint-Siège, fait de lui l'un des architectes du droit international contemporain. Paul VI, qui l'avait fréquenté dans sa jeunesse romaine, lui remet symboliquement le 8 décembre 1965, à la clôture de Vatican II, le « Message aux hommes de science et de pensée » du concile.
Œuvres majeures
- Art et scolastique (1920)
- Trois réformateurs : Luther, Descartes, Rousseau (1925)
- Distinguer pour unir, ou Les Degrés du savoir (1932)
- Humanisme intégral (1936)
- Le Paysan de la Garonne (1966)
Héritage et postérité littéraire
Avec Étienne Gilson, Maritain refonde le thomisme français comme philosophie vivante en dialogue avec l'art (Rouault, Stravinsky, Cocteau), la politique (démocratie chrétienne, MRP, christianisme social latino-américain) et les droits de l'homme. Ses cercles de Meudon (1923-1939) rassemblent l'élite catholique européenne. Son Humanisme intégral, lu par Paul VI et le futur Jean-Paul II, inspire directement la pensée conciliaire de Vatican II sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae) et sur l'Église dans le monde (Gaudium et spes). Père d'une école qui va de Mounier à Yves R. Simon et Charles De Koninck, il demeure le philosophe catholique le plus influent du XXᵉ siècle de langue française.
« Le métier de philosophe consiste à chercher la vérité, non à plaire, ni à séduire, ni à édifier. »
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Questions fréquentes sur Jacques Maritain
Qui a baptisé Jacques Maritain ?
Jacques Maritain, son épouse Raïssa et la sœur de celle-ci Vera reçurent le baptême le 11 juin 1906 à l'église Saint-Jean-l'Évangéliste de Montmartre, à Paris. Léon Bloy, qui les avait conduits à la foi, fut leur parrain unique commun.
Quel rôle Maritain a-t-il joué dans les droits de l'homme ?
Comme ambassadeur de France près le Saint-Siège (1945-1948), il participe activement aux travaux préparatoires de l'UNESCO et inspire la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée le 10 décembre 1948 à Paris, dont les attendus reposent sur sa philosophie de la personne humaine.
Pourquoi est-il devenu Petit Frère de Jésus ?
Veuf de Raïssa en 1960, il se retire à Toulouse auprès des Petits Frères de Jésus (fondation issue de la spiritualité de Charles de Foucauld) dont il devient l'oblat puis, en 1970, le frère novice. Il y meurt le 28 avril 1973 et y est inhumé près de Raïssa et de Vera.
Sources et pour aller plus loin
- Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain. Les mendiants du ciel, Stock, 1995 (rééd. 2009).
- Michel Bressolette et René Mougel (dir.), Jacques Maritain face à la modernité, PUM, 1995.
- Article « Jacques Maritain », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Maritain).
- Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
- Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933.
- Jean-Luc Barré, Jacques et Raïssa Maritain : les mendiants du ciel, Stock, 1995.