Étienne Henry Gilson
Biographie de Étienne Gilson
Né le 13 juin 1884 à Paris, dans une famille catholique modeste de Cravant (Yonne), Étienne Gilson fait des études classiques au lycée Henri-IV puis à la Sorbonne. Élève de Lévy-Bruhl et de Bergson, il s'oriente vers la philosophie. Sa thèse, soutenue en 1913 sous la direction de Lévy-Bruhl, La Doctrine cartésienne de la liberté et la théologie, est l'événement fondateur de la médiévistique française : Gilson y montre que Descartes ne peut être compris sans la scolastique de la Sorbonne du XVIIᵉ siècle.
Mobilisé en 1914, il combat dans l'infanterie, est blessé devant Verdun, fait prisonnier en février 1916 et passe deux ans en captivité, où il apprend l'allemand et le russe et reçoit la Croix de guerre. Professeur à Strasbourg (1919) puis à la Sorbonne (1921), il y enseigne l'histoire de la philosophie médiévale dans une chaire qu'il crée. Sa chaire au Collège de France est inaugurée en 1932.
En 1929, à l'invitation des pères basiliens, il fonde à Toronto l'Institut pontifical d'études médiévales (Pontifical Institute of Mediaeval Studies, PIMS), aujourd'hui le plus grand centre mondial d'études médiévales. Il y enseigne chaque année et y forme des générations de chercheurs anglo-saxons. Il y fait également venir Maritain et Chenu. Membre du Conseil de la République en 1946-1948, il s'oppose à l'adhésion à l'OTAN et démissionne.
Élu à l'Académie française le 4 avril 1946 au fauteuil 32 (succession d'Abel Hermant), le même jour que Paul Claudel, il y est reçu sous la Coupole par Daniel-Rops le 29 mai 1947. Auteur d'une œuvre considérable (La Philosophie au Moyen Âge, 1922 ; Le Thomisme, 1919 ; L'Esprit de la philosophie médiévale, 1932 ; L'Être et l'Essence, 1948), il meurt à Cravant le 19 septembre 1978, à 94 ans.
Œuvre et parcours littéraire
Gilson est le plus grand historien de la philosophie médiévale du XXᵉ siècle. Son œuvre, une cinquantaine de livres, refonde l'étude de saint Thomas (Le Thomisme, 1919, refondu jusqu'à la 6ᵉ édition de 1965), de saint Augustin (Introduction à l'étude de saint Augustin, 1929), de Bonaventure (La Philosophie de saint Bonaventure, 1924) et de Duns Scot. Sa thèse maîtresse : l'existence d'une philosophie chrétienne distincte mais légitime.
Son Institut pontifical d'études médiévales de Toronto (PIMS, 1929), sa direction des Études de philosophie médiévale (Vrin, 1922-1978), et son magistère universitaire à la Sorbonne, au Collège de France et dans toutes les grandes universités américaines (Harvard, Princeton) ont fait de lui le maître international du néo-thomisme historique. Avec Maritain, il représente l'apport philosophique majeur de la Renaissance catholique française.
Œuvres majeures
- La Philosophie au Moyen Âge (1922, refondue 1944)
- Le Thomisme (1919, six éd. jusqu'en 1965)
- L'Esprit de la philosophie médiévale (Gifford Lectures, 1932)
- L'Être et l'essence (1948)
- Introduction à l'étude de saint Augustin (1929)
Héritage et postérité littéraire
Refondateur de l'histoire de la philosophie médiévale comme discipline universitaire, Étienne Gilson démontre l'originalité spéculative de la pensée chrétienne, saint Augustin, saint Bonaventure, Duns Scot, saint Thomas, et invente le concept de « philosophie chrétienne », objet d'une célèbre controverse avec Émile Bréhier en 1931. Son Pontifical Institute de Toronto forme l'historiographie médiévale anglo-saxonne (Anton Pegis, Armand Maurer, Joseph Owens). À l'Académie, il défend la liberté scolaire, la civilisation européenne et le rôle des humanités. Avec Maritain, il est le pilier intellectuel du néo-thomisme français du XXᵉ siècle, dont l'influence s'étend de Vatican II (de Lubac, Rahner) jusqu'à la philosophie analytique de la religion contemporaine (Alasdair MacIntyre, Anthony Kenny).
« La philosophie enterre toujours ses fossoyeurs. »
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Questions fréquentes sur Étienne Gilson
Pourquoi Gilson a-t-il fondé un institut à Toronto ?
À l'invitation des pères basiliens canadiens, il fonde à Toronto en 1929 le Pontifical Institute of Mediaeval Studies (PIMS), où il enseigne chaque année. Sa volonté : créer un grand centre catholique d'études médiévales en Amérique du Nord, où la médiévistique était alors quasi inexistante. Le PIMS est aujourd'hui un centre mondial de référence.
Quand Gilson est-il entré à l'Académie française ?
Élu le 4 avril 1946 au fauteuil 32, le même jour que Paul Claudel (fauteuil 13). Il fut reçu sous la Coupole par Daniel-Rops (lui-même futur académicien en 1955) le 29 mai 1947. Cette double élection symbolise l'apogée institutionnelle de la Renaissance catholique.
Qu'est-ce que la « philosophie chrétienne » selon Gilson ?
Thèse soutenue dans L'Esprit de la philosophie médiévale (Gifford Lectures d'Aberdeen, 1931-1932) : il existe une philosophie chrétienne distincte de la théologie, qui doit à la Révélation des concepts (création ex nihilo, personne, distinction d'essence et d'existence) qu'elle élabore ensuite par la seule raison. Thèse vivement débattue avec Émile Bréhier.
Sources et pour aller plus loin
- Laurence K. Shook, Étienne Gilson, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, Toronto, 1984.
- Florian Michel, Étienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique, Vrin, 2018.
- Article « Étienne Gilson », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Étienne_Gilson).
- Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
- Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933.
- Laurence K. Shook, Étienne Gilson, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, Toronto, 1984.