Joseph Malègue
Biographie de Joseph Malègue
Né le 4 décembre 1876 à Saurat, dans l'Ariège, fils d'un instituteur, Joseph Malègue mène d'abord une vie d'enseignant à Lyon, à Brest puis au lycée Charlemagne de Paris, où il professe l'anglais et la littérature anglaise. Catholique pratiquant, marié à Yvonne Pouzin en 1909, femme de grande culture qui le soutient toute sa vie, il consacre ses heures libres à la rédaction d'un roman immense, qu'il portera plus de vingt ans avant de le publier.
En 1933 paraît chez Spes son chef-d'œuvre : Augustin ou le Maître est là, roman-fleuve en deux volumes, près de 1 200 pages. Il y suit l'itinéraire spirituel d'Augustin Méridier, jeune professeur d'université brillant, traversant la crise moderniste du début du XXᵉ siècle, perdant la foi puis la retrouvant à l'agonie devant la fidélité de sa sœur. Le roman, profond, dense, exigeant, est immédiatement reconnu : Henri Bremond le compare à Proust, Daniel-Rops le tient pour un sommet.
Malègue se consacre alors à un nouveau cycle, Pierres noires : les classes moyennes du Salut, vaste fresque de plusieurs milliers de pages destinée à montrer la sainteté du quotidien dans les familles ordinaires. Il y travaillera jusqu'à sa mort. La défaite de 1940 le surprend en Normandie ; il se replie chez les religieuses de la Sainte-Famille à Cervières (Loire).
Affaibli par la guerre et le froid, il y meurt le 30 décembre 1940, à 64 ans, laissant Pierres noires inachevé. Le manuscrit est édité par Yvonne Malègue en 1958 chez Spes, puis réédité chez Cerf. Longtemps oublié, Malègue est redécouvert au XXIᵉ siècle, depuis que le pape François, dans une interview à La Civiltà Cattolica en 2013, l'a cité parmi les romanciers qui l'ont le plus marqué.
Œuvre et parcours littéraire
L'œuvre de Joseph Malègue est l'une des plus hautes du roman catholique français du XXᵉ siècle. Augustin ou le Maître est là (1933) traverse la crise moderniste, la guerre de 1914, la quête théologique d'un universitaire chrétien, dans une écriture introspective dense où la grâce travaille les âmes au cœur même de l'incrédulité. La phrase finale, « Le Maître est là, et il t'appelle », est devenue célèbre.
Son inachevé Pierres noires (publié posthume en 1958) thématise la « sainteté des classes moyennes », formule reprise textuellement par le pape François dans son exhortation Gaudete et exsultate (2018). Cette « réhabilitation papale » a relancé l'édition de Malègue : Cerf rééditant Augustin en 2014. Henri Bremond, Daniel-Rops et André Blanchet l'ont salué comme un « Proust catholique » au regard intérieur.
Œuvres majeures
- Augustin ou le Maître est là (2 vol., 1933)
- Pénombres (essais, 1939)
- Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut (posthume, inachevé, 1958)
- Sous la meule de Dieu (poèmes, posthume 1947)
- Lettres à Marguerite (correspondance avec son épouse, posthume)
Héritage et postérité littéraire
Longtemps confidentiel, Joseph Malègue connaît une postérité mondiale depuis que le pape François l'a cité dès son premier entretien à La Civiltà Cattolica en 2013, le qualifiant d'auteur fondamental pour comprendre la « classe moyenne de la sainteté ». Son Augustin ou le Maître est là, fresque de mille pages publiée en 1933, est désormais reconnu comme l'un des plus grands romans catholiques du XXᵉ siècle, à la hauteur de Bernanos et de Mauriac. Roman de la crise moderniste, du doute exégétique et de la grâce, il marque profondément Hans Urs von Balthasar (qui lui consacre un essai), Julien Green, Henri de Lubac et le Père Valensin. Sa redécouverte par les éditions du Cerf et de l'Œuvre des années 2010 fait de lui un auteur central de la nouvelle lecture théologique de la littérature française.
« Le Maître est là, et il t'appelle. »
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Questions fréquentes sur Joseph Malègue
Pourquoi le pape François cite-t-il Malègue ?
Dans son interview à La Civiltà Cattolica du 19 août 2013, le pape François cite Joseph Malègue comme l'un des romanciers qu'il préfère. Il reprend explicitement l'expression « classes moyennes du salut » de Pierres noires dans son exhortation Gaudete et exsultate (19 mars 2018, n° 7) sur la sainteté ordinaire.
Pourquoi appelle-t-on Malègue le « Proust catholique » ?
L'expression est due au jésuite André Blanchet (Études, 1958). Elle souligne la parenté de méthode entre la Recherche du temps perdu et Augustin ou le Maître est là : roman-fleuve introspectif, analyse psychologique fine, monde clos d'une sociabilité bourgeoise, mais avec, chez Malègue, l'enjeu central de la grâce et de la foi.
Que raconte Augustin ou le Maître est là ?
Le roman (Spes, 2 vol., 1933) suit Augustin Méridier, brillant universitaire, depuis l'enfance pieuse en Auvergne jusqu'à la mort. Traversant la crise moderniste (1900-1910) puis la guerre de 1914, il perd la foi sous la pression de l'exégèse critique, avant que la mort de sa sœur Christine et son agonie ne lui rendent la grâce. Près de 1 200 pages.
Sources et pour aller plus loin
- Wikidata, Q1707283 (Joseph Malègue).
- Élisabeth Michaël, Joseph Malègue, romancier de l'âme, Beauchesne, 1957.
- Yves Chiron, Joseph Malègue, l'écrivain de la grâce, Tempora, 2014.
- Article « Joseph Malègue », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Malègue).
- Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
- Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933.
- Élisabeth Michaël, Joseph Malègue : romancier de la grâce, éditions du Cerf, 2017.