François Charles Mauriac

Portrait de François Mauriac
Portrait de François Mauriac, Studio Harcourt · Public domain.

Biographie de François Mauriac

Né le 11 octobre 1885 à Bordeaux dans une famille de la grande bourgeoisie catholique girondine, François Mauriac perd son père à dix-huit mois et grandit dans l'univers étouffant et pieux d'une mère exigeante, qui marquera durablement ses romans. Élève des marianistes au collège de Caudéran, il suit des études de lettres à Bordeaux puis à Paris (École des chartes, qu'il abandonne).

Ses premiers romans paraissent à partir de 1913 (L'Enfant chargé de chaînes) mais sa maîtrise éclate avec Le Baiser au lépreux (1922), Génitrix (1923), Thérèse Desqueyroux (1927) et Le Nœud de vipères (1932). Tous explorent la même « mauvaise nuit » bordelaise : familles bourgeoises closes sur leurs propriétés viticoles, mariages sans amour, foi tordue par la convention. Mauriac y déploie un christianisme tragique, marqué par Pascal.

Élu à l'Académie française le 1ᵉʳ juin 1933 au fauteuil 22 (succession d'Eugène Brieux), à 47 ans seulement, il y est reçu sous la Coupole par André Chaumeix. Très vite, il prend des positions publiques courageuses : contre les bombardements de Guernica en 1937, contre l'Anschluss, contre Munich. Sous l'Occupation, il publie clandestinement aux Éditions de Minuit Le Cahier noir (1943) sous le pseudonyme « Forez » et soutient la Résistance.

Le 10 décembre 1952, il reçoit à Stockholm le prix Nobel de littérature, couronnant une œuvre romanesque de premier ordre. Devenu chroniqueur à L'Express puis au Figaro littéraire (Bloc-notes, 1952-1970), il prend des positions publiques nettes : contre la torture en Algérie, pour l'indépendance, pour la paix scolaire, pour de Gaulle dont il est l'un des plus fidèles soutiens littéraires. Il meurt à Paris le 1ᵉʳ septembre 1970.

François Mauriac et Michel Suffran à Malagar en 1967
François Mauriac avec Michel Suffran à Malagar (1967), Yves33000 · CC BY-SA 4.0.

Œuvre et parcours littéraire

L'œuvre romanesque de Mauriac est une cartographie spirituelle des Landes et du Bordelais : huis clos familiaux, propriétés viticoles, paroisses étouffantes où s'épuise une foi formelle. Thérèse Desqueyroux (1927), Le Nœud de vipères (1932) et Le Mystère Frontenac (1933) en forment le cœur. Mauriac y cherche, derrière les apparences pharisiennes, la grâce qui travaille les pires.

Son Bloc-notes, publié pendant dix-huit ans à L'Express puis au Figaro littéraire, fait de lui le grand moraliste politique de la IVᵉ et de la Vᵉ Républiques. Catholique de gauche au sens chrétien et patriote, gaulliste fervent, il défend la vérité d'Algérie, la décolonisation, la paix scolaire, la primauté du spirituel. Son fils Claude, romancier également, et son petit-fils Jean Mauriac, journaliste, perpétuent une lignée intellectuelle catholique majeure.

Œuvres majeures

  • Le Baiser au lépreux (1922)
  • Thérèse Desqueyroux (1927)
  • Le Nœud de vipères (1932)
  • Le Mystère Frontenac (1933)
  • La Pharisienne (1941)
Domaine de Malagar, propriété de François Mauriac à Saint-Maixant
Domaine de Malagar (Saint-Maixant, Gironde), Njal · CC BY-SA 3.0.

Héritage et postérité littéraire

Lauréat du Nobel 1952, Mauriac fait du roman le terrain d'une théologie de la grâce dans une terre landaise et bordelaise dont il fixe la mémoire littéraire (Malagar). Ses figures de Thérèse, du chrétien méchant ou du bourgeois avare incarnent la lutte augustinienne entre péché et salut. Polémiste catholique majeur (Bloc-Notes à L'Express puis au Figaro Littéraire), il dénonce la torture en Algérie, l'épuration arbitraire et le franquisme, ouvrant la voie à un catholicisme de gauche. Son style, alliage de classicisme racinien et de modernisme bergsonien, marque Julien Green, Anne-Marie Garat et tout le roman régional contemporain. Académicien, mémorialiste et chroniqueur, il personnifie l'écrivain catholique au cœur de la cité.

« Aimer un être, c'est consentir à vieillir avec lui. »

, François Mauriac, Le Nœud de vipères, Grasset, 1932

Repères chiffrés

85 ans durée de vie
5 œuvres majeures
3 amitiés littéraires clés
Renaissance cathol… mouvement principal

À découvrir sur France Éternelle

Questions fréquentes sur François Mauriac

Pourquoi Mauriac a-t-il reçu le Nobel ?

L'Académie suédoise lui décerne le prix Nobel de littérature le 10 décembre 1952 « pour la profonde analyse spirituelle et l'intensité artistique avec lesquelles il a, dans ses romans, pénétré le drame de la vie humaine ». Il est le huitième Français à recevoir ce prix.

Quel rôle a-t-il joué pendant l'Occupation ?

Refusant la collaboration, il publie clandestinement Le Cahier noir aux Éditions de Minuit en 1943 sous le pseudonyme « Forez », manifeste de la conscience résistante chrétienne. Il soutient la France libre, défend Drieu La Rochelle puis Brasillach (en vain) à la Libération, plaidant la clémence.

Qu'est-ce que le « Bloc-notes » ?

La chronique hebdomadaire publiée par Mauriac dans L'Express (1952-1961) puis dans Le Figaro littéraire (1961-1970), réunie en cinq volumes. Œuvre majeure de la prose politique française du XXᵉ siècle, elle suit jour après jour la guerre d'Algérie, le retour de De Gaulle, la Vᵉ République, mai 68.

Sources et pour aller plus loin

  • Jean Lacouture, François Mauriac, Le Seuil, 1980 (rééd. 2 vol., 1990).
  • Jean Touzot, François Mauriac, une configuration romanesque, Minard, 1985.
  • Article « François Mauriac », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/François_Mauriac).
  • Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
  • Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933.
  • Jean Lacouture, François Mauriac, Seuil, 1980 (2 vol.).