Charles-Marie-Georges Huysmans, dit Joris-Karl Huysmans
Biographie de Joris-Karl Huysmans
Né le 5 février 1848 à Paris de père hollandais et de mère française, Charles-Marie-Georges Huysmans, qui adoptera le pseudonyme néerlandais Joris-Karl, entre comme employé au ministère de l'Intérieur en 1866, poste qu'il occupera trente-deux ans. Disciple de Zola, il publie d'abord des romans naturalistes (Marthe, 1876 ; Les Sœurs Vatard, 1879 ; En ménage, 1881).
Le tournant survient en 1884 avec À rebours, bréviaire des décadents qui rompt explicitement avec le naturalisme : son héros Des Esseintes, dandy neurasthénique, préfigure une quête spirituelle. Là-bas (1891), enquête sur le satanisme contemporain, trace la pente : Huysmans découvre, par contraste, la grandeur de la liturgie catholique et le plain-chant.
En juillet 1892, sur les conseils de l'abbé Mugnier, il fait retraite à la Trappe de Notre-Dame d'Igny dans la Marne, séjour dont il tirera En route (1895). Sa conversion est complète. Il devient oblat bénédictin à Ligugé (Vienne) en 1900, puis quitte l'abbaye à la suite des lois sur les congrégations. La Cathédrale (1898), méditation sur Chartres, et L'Oblat (1903) couronnent sa trilogie de la conversion.
Membre fondateur de l'Académie Goncourt en 1900 (qu'il préside jusqu'à sa mort), il subit à partir de 1905 un cancer de la mâchoire qu'il offre comme « substitution » mystique pour le salut des âmes. Il meurt à Paris le 12 mai 1907, après d'atroces souffrances qu'il avait expressément refusé d'atténuer. Inhumé au cimetière du Montparnasse.
Œuvre et parcours littéraire
L'œuvre de Huysmans dessine en trois temps un itinéraire spirituel exemplaire : naturalisme parisien (1876-1884), décadentisme et exploration des marges religieuses (1884-1891), enfin cycle de Durtal couronnant la conversion (Là-bas, En route, La Cathédrale, L'Oblat). La Cathédrale (1898) est devenue le grand traité littéraire sur Chartres et la symbolique gothique.
Son influence sur la Renaissance catholique française est majeure : Bernanos, Bloy, Claudel et Mauriac ont salué en lui le maître d'une prose orfèvre, dense, savante, où la liturgie et le plain-chant deviennent matière romanesque. Son éloge de Chartres, du grégorien et de l'oblature bénédictine a refondé pour le XXᵉ siècle un imaginaire catholique haut, exigeant, et médiéval.
Œuvres majeures
- À rebours (1884)
- Là-bas (1891)
- En route (1895)
- La Cathédrale (1898)
- L'Oblat (1903)
Héritage et postérité littéraire
Pivot esthétique majeur : du naturalisme zolien (Les Sœurs Vatard) au manifeste décadent d'À rebours, puis au cycle Durtal de la conversion (Là-bas, En route, La Cathédrale, L'Oblat), Huysmans réinvente le roman catholique français comme itinéraire spirituel documenté. Sa redécouverte de Chartres, du chant grégorien et de la liturgie bénédictine inspire Claudel, Mauriac, Bernanos et toute la génération de Solesmes. Critique d'art décisif (défense de Gustave Moreau, Odilon Redon, des Primitifs), il forme aussi le regard d'André Suarès et de Maurice Denis. Sa langue ciselée et sa quête mystique en font, selon Brémond, le « grand-père spirituel » de la Renaissance catholique.
« Il n'y a qu'à demander à Dieu de nous donner ce que nous lui demanderions s'il nous le demandait. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Joris-Karl Huysmans
Pourquoi Huysmans s'est-il converti à Igny ?
Conduit par l'abbé Mugnier, il fait une première retraite à la Trappe de Notre-Dame d'Igny (Marne) en juillet 1892, puis y revient. La rigueur monastique, la liturgie cistercienne et la pratique de la confession générale provoquent sa conversion, qu'il raconte dans En route (1895).
Qu'est-ce qu'un oblat bénédictin ?
Un laïc associé à une communauté monastique par un engagement personnel à suivre, dans le siècle, la règle de saint Benoît adaptée à son état. Huysmans devient oblat à l'abbaye Saint-Martin de Ligugé (Vienne) le 21 mars 1900 sous le nom de frère Jean.
Pourquoi a-t-il refusé les antalgiques en fin de vie ?
Atteint d'un cancer de la mâchoire à partir de 1905, il refusa toute morphine pour offrir explicitement ses souffrances en « substitution mystique » pour le salut des pécheurs et des âmes du purgatoire. Il meurt à Paris le 12 mai 1907 dans un dénuement lucide.
Sources et pour aller plus loin
- Robert Baldick, La Vie de J.-K. Huysmans, Denoël, 1958 (édition révisée Du Lérot, 2008).
- Marc Smeets (dir.), Joris-Karl Huysmans, Rodopi, 2003.
- Article « Joris-Karl Huysmans », Wikipédia (fr.wikipedia.org/wiki/Joris-Karl_Huysmans).
- Pierre-Henri Simon, Histoire de la littérature française au XXᵉ siècle, Armand Colin, 1956.
- Henri Brémond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, Bloud & Gay, 1916-1933.
- Robert Baldick, La Vie de J.-K. Huysmans, Denoël, 1958 (rééd. Gallimard 2005).