Sommaire

    Église et civilisation chrétienne

    Saint-Marin : le pape dans la république fondée par un tailleur de pierre

    Par La rédaction de France Éternelle · Saint-Marin, 29 août 2026

    Léon XIV s'est rendu le samedi 22 août 2026 en République de Saint-Marin. Il est le troisième pape à visiter ce territoire de 61 km² enclavé dans l'Italie, après Jean-Paul II en 1982 et Benoît XVI en 2011. La visite marque le centenaire des relations diplomatiques nouées avec le Saint-Siège en 1926. Reçu au Palais public par les capitaines-régents, le pape y a prononcé un discours sur la liberté, puis vénéré les reliques dans la basilique. Derrière le protocole, dix-sept siècles d'histoire : selon la tradition, cet État doit son existence à un tailleur de pierre chrétien qui fuyait la persécution de Dioclétien.

    Ce qui s'est passé

    Parti du Vatican en hélicoptère au matin du 22 août, Léon XIV s'est posé à Saint-Marin vers neuf heures. Le programme officiel publié par le Saint-Siège prévoyait les honneurs militaires place de la Liberté, un entretien privé avec les capitaines-régents, puis un discours dans la salle du Grand Conseil général, l'équivalent du parlement saint-marinais. La visite s'est achevée par la vénération des reliques dans la basilique du Saint. Les deux chefs d'État de la République, en fonction du 1er avril au 1er octobre 2026, sont Alice Mina et Vladimiro Selva.

    L'après-midi, le pape a gagné Rimini, à quelques kilomètres de là. Il y a visité la 47e édition du Meeting pour l'amitié entre les peuples, dont le titre est emprunté au dernier vers de la Divine Comédie de Dante, « l'amor che move il sole e l'altre stelle ». Il a ensuite rencontré des malades et des personnes handicapées à la cathédrale, avant une messe au port en fin de journée.

    Un État né d'une persécution

    La République de Saint-Marin compte environ 34 000 habitants sur 61 km². Elle se présente comme la plus ancienne république du monde encore en activité. Son récit de fondation est chrétien de bout en bout. Selon la tradition, un tailleur de pierre nommé Marin quitte l'île de Rab, en Dalmatie, pour fuir les persécutions ordonnées par l'empereur Dioclétien. Il gagne le mont Titano et y rassemble une communauté chrétienne. La date retenue est le 3 septembre 301.

    Cette origine reste incertaine sur le plan historique, et les sources catholiques elles-mêmes le rappellent. Les premières mentions écrites sont plus tardives : le Liber Pontificalis évoque au VIIIe siècle un Castellum Sancti Marini, et une communauté monastique est attestée à la fin du IXe siècle. La phrase que la tradition place dans la bouche du fondateur mourant, « Relinquo vos liberos ab utroque homine », « je vous laisse libres des deux hommes », c'est-à-dire de l'empereur et du pape, sert depuis lors de devise implicite à l'indépendance saint-marinaise.

    La persécution de Dioclétien, engagée en 303, a produit dans toute la chrétienté latine des figures que le calendrier a retenues, de Sébastien aux martyrs de Rome. Saint-Marin est le seul cas où elle a produit un État. Le 3 septembre, jour de la fête du fondateur dans le calendrier saint-marinais, est aussi la mémoire romaine de saint Grégoire le Grand.

    1739 : le cardinal qui prit la république, le pape qui la rendit

    L'épisode le plus décisif des relations entre Saint-Marin et Rome est aussi le moins connu. Le 17 octobre 1739, le cardinal Jules Alberoni, légat pontifical en Romagne, fait occuper la République. L'affaire dure quelques mois. Saint-Marin en appelle au pape. Clément XII envoie le cardinal Enrico Enriquez enquêter sur place, puis ordonne la restitution. Le 5 février 1740, moins de six mois après l'invasion, la République retrouve sa liberté.

    Les sources divergent sur un point que nous ne trancherons pas : certaines présentent Alberoni comme agissant de son propre chef, d'autres comme exécutant une politique romaine que le pape aurait ensuite désavouée. Le résultat, lui, n'est pas discuté. Clément XII meurt le 6 février 1740, le lendemain de la restitution.

    Cette date du 5 février a laissé une trace liturgique durable. Elle est celle de la fête de sainte Agathe, vierge et martyre de Catane. Saint-Marin en a fait sa co-patronne, précisément parce que la liberté fut rendue ce jour-là. Le 5 février y est resté fête nationale, célébrée par une procession qui monte de Borgo Maggiore à la basilique. Une république issue d'un martyr du IVe siècle a donc placé sa seconde patronne sous le signe d'une autre martyre du même temps.

    Pourquoi cette visite a lieu en 2026

    Le calendrier n'est pas indifférent. Saint-Marin n'a établi de relations diplomatiques avec le Saint-Siège qu'en 1926. C'est ce centenaire qui a motivé le voyage, comme l'a rappelé Vatican News. Les deux États ont ensuite signé un accord en 1992, qui reconnaît le respect réciproque de leur indépendance. Sur le plan ecclésiastique, le territoire relève d'un diocèse transfrontalier, Saint-Marin-Montefeltro, cas rare en Europe avec celui d'Andorre.

    La visite reprend aussi un précédent précis. Le 29 août 1982, Jean-Paul II avait fait Saint-Marin le matin et le Meeting de Rimini l'après-midi. Quarante-quatre ans plus tard, Léon XIV a refait le même trajet dans la même journée.

    Ce que le pape a dit

    Le discours aux autorités a porté sur la liberté. Léon XIV a lié liberté civile et liberté personnelle : « Il n'y a pas de vraie liberté civile sans liberté personnelle, c'est-à-dire le respect et la promotion de la dignité de la personne humaine, dont la liberté est une composante essentielle. » Il a désigné les martyrs de l'Église comme des martyrs de la liberté, « parce qu'ils témoignent justement du primat de la conscience ».

    Le pape a également salué « la valeur particulière d'un petit État, "à taille humaine" », où la politique reste proche des besoins des citoyens. Reprenant le récit de la reconstruction de Jérusalem par le prophète Néhémie, il a décrit une fondation qui « construit les liens avant même les pierres ». La formule vise juste pour un État dont le fondateur légendaire taillait la pierre.

    Pourquoi cela compte

    Saint-Marin offre un cas d'école pour qui étudie la civilisation chrétienne européenne. On y observe, sur un territoire minuscule, ce que la France a connu à grande échelle : un récit national d'origine religieuse, un rapport ancien et parfois conflictuel avec Rome, un calendrier civil calqué sur le calendrier des saints. Les statuts de 1600, toujours en vigueur, en font par ailleurs la plus ancienne constitution écrite encore appliquée au monde.

    La fête nationale du 5 février le résume mieux qu'un traité. Un État souverain commémore chaque année sa liberté politique en montant en procession vers une basilique, derrière la mémoire d'une martyre sicilienne. Le fait religieux n'y est pas un décor ajouté à l'histoire civile. Il en est la trame.

    Questions fréquentes

    Quand Léon XIV s'est-il rendu à Saint-Marin ?

    Le samedi 22 août 2026, au cours d'une visite pastorale d'une journée qui comprenait également Rimini, en Italie.

    Combien de papes ont visité Saint-Marin ?

    Trois : Jean-Paul II le 29 août 1982, Benoît XVI le 19 juin 2011, Léon XIV le 22 août 2026.

    Qui était saint Marin ?

    Selon la tradition, un tailleur de pierre chrétien venu de Dalmatie, réfugié sur le mont Titano pour fuir la persécution de Dioclétien. La fondation de la communauté est fixée au 3 septembre 301.

    Pourquoi sainte Agathe est-elle co-patronne de Saint-Marin ?

    Parce que la République a retrouvé son indépendance le 5 février 1740, jour de sa fête, après l'occupation menée par le cardinal Alberoni en octobre 1739.

    Depuis quand Saint-Marin a-t-il des relations diplomatiques avec le Saint-Siège ?

    Depuis 1926. Le centenaire de cette date est la raison de la visite de 2026.

    Sources

    • Saint-Siège, programme officiel de la « Visite pastorale du Saint-Père en République de Saint-Marin, au Meeting pour l'amitié entre les peuples et à la ville de Rimini (22 août 2026) », vatican.va.
    • Vatican News (édition française), « Pour Léon XIV, Saint-Marin est un laboratoire du soin de la personne humaine », 22 août 2026.
    • Aleteia (édition française), « Pourquoi la république de Saint-Marin est-elle une destination régulière des papes ? », 21 août 2026.
    • The Pillar, « Why is the pope heading to San Marino? », août 2026.
    • San Marino RTV et Libertas, sur la fête nationale du 5 février et le patronage de sainte Agathe.
    • Wikidata (entités vérifiées) : Saint-Marin Q238, Marin Q544981, mont Titano Q158526, Clément XII Q133108, Jules Alberoni Q539927.

    Image : Commonists, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)