Christianisme
Saint Augustin : deux sermons inédits identifiés dans un manuscrit de Pologne
Deux sermons jusqu'ici inconnus de saint Augustin viennent d'être identifiés dans un manuscrit du XIIe siècle conservé à Pelplin, en Pologne. La découverte est l'œuvre de Christian Tornau, professeur de philologie classique à l'université de Würzburg, en Allemagne. Le codex contient six sermons attribués à l'évêque d'Hippone. Deux d'entre eux étaient inconnus des spécialistes. Vingt latinistes les ont authentifiés en 2025. L'édition est attendue avant la fin de 2026.
Ce qui s'est passé
Tout commence en 2024. L'association du monastère de Bad Doberan, en Mecklembourg-Poméranie, sollicite l'université de Würzburg pour examiner un manuscrit ancien lié à son histoire. Le codex, du XIIe siècle, est aujourd'hui conservé à la bibliothèque diocésaine de Pelplin, dans le nord de la Pologne. Il porte la cote 114 (195). Christian Tornau, titulaire de la chaire de philologie classique de l'université, en entreprend l'étude. Le manuscrit rassemble six sermons placés sous le nom d'Augustin. Quatre étaient déjà connus. Les deux autres, non. Selon Christian Tornau, ces deux pièces sont des écrits jusqu'ici inconnus de l'évêque d'Hippone.
Les deux sermons portent sur un même passage biblique : la visite du roi Saül à la pythonisse d'Endor, racontée dans le Premier Livre de Samuel. Saül, abandonné de Dieu, fait appel à une nécromancienne pour faire revenir le prophète Samuel, déjà mort. Le premier sermon expose plusieurs lectures du récit sans trancher. Le second y revient et pèse les interprétations. La question posée est lourde pour un Père de l'Église : que faut-il croire d'une âme rappelée d'entre les morts ?
Comment authentifie-t-on un sermon d'Augustin
Attribuer un texte à Augustin ne se décide pas seul. Le sermon est un genre fragile : il circule sous des noms d'emprunt, se recopie, se découpe, se complète. Pour éviter l'erreur, le travail a été collectif. À l'automne 2025, une vingtaine de latinistes spécialistes de la littérature patristique se sont réunis lors d'une école d'été à Vienne. Ils ont étudié la langue, le style littéraire, le contenu théologique et la rhétorique des deux textes. Leur conclusion a été unanime : les sermons sont bien d'Augustin. L'argumentation, la manière de poser une question puis de la retourner, jusqu'à l'humour, portent sa marque.
Le contexte historique
Augustin a prêché pendant près de quarante ans. On lui attribue plusieurs centaines de sermons, dont une part seulement nous est parvenue. Retrouver des textes neufs n'est donc pas une chimère : c'est le fruit patient de la philologie. Le XXe siècle l'a montré deux fois. Dans les années 1970, Johannes Divjak a identifié vingt-neuf lettres inédites d'Augustin. En 1990, François Dolbeau a reconnu, dans un manuscrit conservé à la bibliothèque municipale de Mayence, vingt-six sermons partiellement ou totalement inconnus. Leur édition, parue en 1996 sous le titre Vingt-six sermons au peuple d'Afrique, a renouvelé la connaissance de l'Augustin prédicateur.
La trouvaille de Würzburg prolonge cette lignée. Elle rappelle aussi que les textes antiques ont voyagé par les abbayes. Le manuscrit de Pelplin viendrait de l'abbaye de Doberan, et remonterait à un modèle de l'abbaye d'Amelungsborn, en Basse-Saxe. Pendant des siècles, ce sont les scriptoria monastiques qui ont copié, gardé et transmis la parole des Pères. Sans ce réseau, ces deux sermons auraient disparu avec la voix qui les a portés.
Pourquoi c'est important
Augustin est l'un des fondements de la pensée chrétienne d'Occident. Chaque ligne nouvelle de sa main éclaire sa théologie, sa prédication et la vie des communautés d'Afrique romaine du Ve siècle. Ici, l'intérêt est double. Les deux sermons documentent un Augustin pasteur, aux prises avec un récit biblique difficile, devant un auditoire concret. Ils montrent surtout sa méthode : poser le problème, refuser la réponse facile, peser les hypothèses. Pour l'histoire de la culture chrétienne européenne, c'est un fil de plus rendu à un héritage que l'on croyait clos.
Ce que cela peut changer
L'édition critique paraîtra avant la fin de 2026 dans le Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, la grande collection viennoise des textes latins chrétiens. Le texte établi sera alors disponible pour les chercheurs, traduit et commenté. Les spécialistes pourront comparer ces sermons aux autres passages où Augustin aborde la pythonisse d'Endor, notamment dans ses traités sur le soin dû aux morts. La découverte n'est pas un point final. Elle rouvre un chantier que la philologie patristique poursuit, manuscrit après manuscrit.
Questions fréquentes
Combien de sermons inédits ont été retrouvés ?
Deux. Le manuscrit contient six sermons attribués à Augustin ; quatre étaient déjà connus, deux étaient inconnus.
Où est conservé le manuscrit ?
À la bibliothèque diocésaine de Pelplin, dans le nord de la Pologne. Il porte la cote 114 (195) et date du XIIe siècle.
Qui a fait la découverte ?
Christian Tornau, professeur de philologie classique à l'université de Würzburg, en Allemagne. Une vingtaine de latinistes ont confirmé l'authenticité à Vienne en 2025.
De quoi parlent ces sermons ?
De la visite du roi Saül à la pythonisse d'Endor, épisode du Premier Livre de Samuel où une nécromancienne fait revenir le prophète Samuel.
Quand seront-ils publiés ?
Avant la fin de 2026, dans le Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL), à Vienne.
Sources
- Université de Würzburg, « Two new sermons by St Augustine discovered » (service de presse).
- Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (CSEL), Académie autrichienne des sciences, Vienne.
- Institut d'Études Augustiniennes, édition des Sermons Dolbeau (Paris).
Image : Diliff, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)