Les Vêpres chantées

Par La Rédaction de France Éternelle

Quand le jour décline et que cesse le labeur, l'Église fait monter vers le ciel sa prière du soir. Les vêpres sont, avec les laudes du matin, l'une des deux heures majeures de la liturgie des Heures, cette prière publique que les communautés monastiques, les clercs et de plus en plus de fidèles laïcs égrènent au fil de la journée. Le mot vient du latin vespera, le soir, lui-même apparenté à vesper, l'étoile du soir : il dit à lui seul l'heure précise de cette louange, celle où la lumière baisse et où l'âme se tourne vers Celui que la tradition chrétienne nomme le Soleil qui ne se couche pas. Chantées plutôt que récitées, déployées dans le grégorien ou la polyphonie, les vêpres comptent parmi les sommets de la beauté liturgique occidentale.

Une prière née de l'Orient et fixée par les moines

L'office du soir plonge ses racines dans la prière juive, que les premiers chrétiens prolongèrent en sanctifiant les moments du jour. À l'origine se trouve le lucernaire, du latin lucernarium, le rite de l'allumage des lampes à la tombée de la nuit, accompagné d'une action de grâce qui célèbre le Christ comme Lumière. De très ancienne origine, ce rite fut intégré à l'office des vêpres à partir du Ve siècle, et l'on cessa peu à peu de parler d'office ad lucernarium pour dire ad vesperam. C'est à ce moment vespéral que se rattache l'hymne « Lumière joyeuse » (en grec Phôs hilaron), considérée comme la plus ancienne hymne chrétienne hors-Bible parvenue jusqu'à nous, composée entre la fin du IIIe et le début du IVe siècle. Saint Basile de Césarée (329-379) en parlait déjà comme d'une tradition vénérable et ancienne en son temps : preuve historique, et non légende, de l'antiquité de la louange vespérale.

C'est le monachisme qui donna à l'office sa forme stable. La Règle de saint Benoît, vers 530, fixe l'ossature des heures canoniales et range les laudes et les vêpres parmi les offices principaux, accordés au lever et au coucher du soleil. Aux VIIe et VIIIe siècles, le répertoire des hymnes se constitue, nourri de poètes comme Prudence ou Hilaire de Poitiers et, plus tard, d'Alcuin (mort en 804). Pendant des siècles, les vêpres comptaient cinq psaumes ; la réforme liturgique consécutive au concile Vatican II, promulguée en 1969, en a simplifié la structure sans en altérer l'esprit.

La structure des vêpres aujourd'hui

Telle que la décrit la Présentation générale de la liturgie des Heures, l'office du soir suit une progression claire. Il s'ouvre par le verset d'introduction, « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours », suivi du Gloria Patri. Vient ensuite l'hymne, qui donne en termes poétiques la tonalité de l'heure ou de la fête et rend, selon les textes officiels, l'entrée dans la prière « plus facile et plus joyeuse ». S'ouvre alors la psalmodie : deux psaumes, ou sections de psaumes, encadrés chacun par une antienne, et un cantique du Nouveau Testament tiré des épîtres ou de l'Apocalypse, propre à l'heure des vêpres et qui les distingue des laudes.

Suivent une lecture brève de l'Écriture et un répons, réponse chantée à la Parole. Puis l'office atteint son sommet avec le Magnificat, le cantique de la Vierge Marie, proclamé solennellement avec son antienne propre. Enfin viennent les intercessions pour les besoins du monde, le Notre Père, l'oraison de conclusion et, si un prêtre ou un diacre préside, la bénédiction.

Le Magnificat, cœur du soir

Le Magnificat n'est pas un élément parmi d'autres : il est le foyer de l'office vespéral. Tiré de l'Évangile de Luc, ce cantique met sur les lèvres de Marie la louange de la rédemption et l'action de grâce ; les textes liturgiques y voient l'expression la plus haute de la reconnaissance que le soir veut rendre pour le jour reçu. La tradition l'entoure d'une solennité particulière : on l'encense, on se lève, l'antienne qui l'enveloppe varie selon le temps liturgique et donne sa couleur à toute la célébration. Là où les psaumes sont chantés sur des tons relativement simples, le Magnificat appelle souvent un traitement musical plus orné, que la polyphonie a magnifié au point d'en faire un genre à part entière.

Du grégorien à la polyphonie : la tradition du chant

Les vêpres sont, par excellence, un office chanté. Le socle en est le chant grégorien, cette monodie latine qui porte les psaumes sur des récitatifs sobres et déploie pour les hymnes et les antiennes des mélodies plus développées. Sur cette base s'est greffée, dès la fin du Moyen Âge, une pratique d'enrichissement : le faux-bourdon. Technique d'harmonisation à quatre voix en écriture homophone, construite sur la mélodie grégorienne, le faux-bourdon donnait à la psalmodie une solennité nouvelle sans masquer les paroles. Il fut admis pour certaines catégories de fêtes, notamment pour les psaumes des vêpres, les hymnes et quelques antiennes. Après le concile de Trente, les compositeurs privilégièrent précisément ces formules claires plutôt que le contrepoint fleuri, afin que les fidèles comprennent les textes. En 1903, le pape Pie X autorisait encore, dans son motu proprio sur la musique sacrée, l'alternance du grégorien avec « les faux-bourdons ou des versets composés de manière convenable » lors des grandes solennités.

De cette terre liturgique a jailli un répertoire d'une richesse exceptionnelle. Le monument en demeure le Vespro della Beata Vergine de Claudio Monteverdi, publié à Venise avec une dédicace au pape Paul V datée du 1er septembre 1610. Cette mise en musique des vêpres mariales, d'environ quatre-vingt-dix minutes, articule treize sections, cinq psaumes propres aux fêtes de la Vierge, l'hymne Ave maris stella et un Magnificat en douze mouvements ; Monteverdi y bâtit chaque pièce sur une mélodie de plain-chant, en technique de cantus firmus, tout en y intercalant motets et sonate, faisant de l'office un sommet de l'art baroque naissant. Avant lui Palestrina et Lassus, après lui Mozart avec ses Vesperae solennes, ont prolongé cette veine. La tradition chrétienne d'Orient a, de son côté, donné les bouleversantes Vêpres de Rachmaninov, achevées en 1915. Autant de jalons qui disent combien l'heure du soir a nourri le génie musical.

Une louange qui demeure

Dans la vie monastique, les vêpres rythment toujours la fin du jour : à l'abbaye, la cloche appelle moines et moniales à se rassembler au chœur quand le soleil décline. Dans la vie paroissiale, l'office a longtemps été célébré le dimanche après-midi, et l'on assiste aujourd'hui à un regain d'intérêt, parfois sous des formes brèves ou méditatives. Les textes liturgiques en rappellent le sens profond : la prière du soir monte « comme l'encens », tel le sacrifice vespéral de l'Ancienne Alliance, et rend grâce pour ce qui, en ce jour, a été donné. Chanter les vêpres, c'est offrir la lumière déclinante du jour et confier la nuit à venir, dans une beauté qui, depuis seize siècles, n'a rien perdu de sa force.

Sources

  • Conférence des évêques de France, « Vêpres, office du soir » et « Présentation générale de la liturgie des Heures », liturgie.catholique.fr.
  • « Vêpres », Wikipédia (étymologie, histoire, Règle de saint Benoît, traditions musicales).
  • « Lucernaire (liturgie) », Wikipédia.
  • « Phos Hilaron », Wikipedia (datation de l'hymne, témoignage de saint Basile).
  • « Faux-bourdon », Wikipédia (technique, usage aux vêpres, motu proprio de Pie X, 1903).
  • « Vespro della Beata Vergine », Wikipedia (Monteverdi, dédicace au pape Paul V, 1er septembre 1610, structure).

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que les Vêpres ?

La prière chantée du soir dans la liturgie des Heures, faite de psaumes, d'une hymne, d'une lecture et du Magnificat.

Quel cantique chante-t-on aux Vêpres ?

Le Magnificat, le cantique de la Vierge Marie : « Mon âme exalte le Seigneur. »

Où assister à des vêpres chantées ?

Dans de nombreuses abbayes et monastères, qui célèbrent publiquement les Vêpres, souvent en chant grégorien.

Sources : Liturgie des Heures ; tradition du chant grégorien.