Gordes

Le village perché de Gordes et ses maisons en pierre sèche au-dessus de la plaine du Luberon
Gordes, vue panoramique depuis le sud. Photo Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Gordes s'étage sur un éperon calcaire des Monts de Vaucluse, face au versant nord du Luberon. Les maisons ocre de pierre sèche montent en gradins jusqu'au château, au point le plus haut. Le village figure parmi Les Plus Beaux Villages de France et reste l'un des bourgs perchés les plus photographiés du pays. En février 2023, le magazine américain Travel + Leisure l'a désigné « plus beau village du monde ». Cette fiche retrace son histoire, décrit son architecture vernaculaire et recense ce qu'il faut voir, des citernes médiévales à l'abbaye de Sénanque, à quatre kilomètres.

Gordes en bref

  • Région : Provence-Alpes-Côte d'Azur (Vaucluse), massif du Luberon
  • Population : 1 661 habitants (recensement 2023) — les Gordiens
  • Altitude : cœur du village ~340 m sur éperon calcaire (commune 111–635 m)
  • Classement : Membre des Plus Beaux Villages de France
  • Protection : château classé Monument historique ; Village des Bories classé MH 1977 ; site classé du Luberon
  • À voir absolument : le château Renaissance, le Village des Bories, le belvédère sud, l'abbaye de Sénanque (4 km)
  • Coordonnées : 43,9114 N — 5,2003 E

Sources : INSEE (population 2023) ; Les Plus Beaux Villages de France ; base Mérimée, ministère de la Culture.

Histoire de Gordes, de l'oppidum celte au village d'artistes

Le nom de Gordes vient du peuple celte des Vordenses, qui occupe l'éperon avant la conquête romaine et y établit un oppidum défensif. Le site domine la vallée du Calavon et commande les passages vers le plateau de Vaucluse. Sa première mention écrite date du 30 novembre 1031, dans une charte de Guillaume d'Agoult. Au Moyen Âge, la seigneurie passe aux mains des Simiane puis des Agoult, deux familles qui contrôlent une large part des villages du Luberon.

Le château fort primitif occupe déjà le sommet au XIe siècle. À partir de 1525, Bertrand Rambaud de Simiane, compagnon d'armes de Bayard pendant les guerres d'Italie, entreprend de le reconstruire dans le goût de la Renaissance. Les travaux durent jusque vers 1541, date que porte la cheminée monumentale de la grande salle du premier étage. Portes ornées, fenêtres à croisée et escaliers neufs transforment la forteresse en demeure de prestige.

Gordes traverse ensuite des siècles plus discrets. Les guerres de Religion, les épidémies et l'exode rural du XIXe siècle vident peu à peu le bourg. La population, qui dépassait 2 000 habitants au début du XIXe siècle, fond à mesure que les campagnes du Vaucluse se dépeuplent ; l'agriculture de subsistance et l'élevage ne retiennent plus les jeunes. Au tournant du XXe siècle, Gordes n'est qu'un village agricole déclinant, ses maisons hautes abandonnées une à une.

Le renversement vient au milieu du XXe siècle, quand des peintres découvrent la lumière du lieu. Victor Vasarely arrive en 1948 ; le choc de Gordes accompagne son passage de la figuration à l'abstraction géométrique. En 1966, il finance lui-même la restauration du château pour y installer son musée didactique, inauguré le 5 juin 1970 et ouvert jusqu'en 1996. Marc Chagall, André Lhote, Jean Deyrolle, Serge Poliakoff ou le Flamand Pol Mara séjournent eux aussi dans le village. Ces installations d'artistes attirent galeristes, restaurateurs et résidents secondaires, et amorcent la réhabilitation du bâti ancien. L'histoire artistique a façonné la réputation de Gordes autant que sa pierre.

« Depuis le XIe siècle, la masse de son château couronne le village. » La silhouette de Gordes, château au faîte et maisons en cascade, n'a guère changé depuis la Renaissance.

Gordes pendant la guerre : un village de la Résistance

Le plateau de Vaucluse, autour de Gordes, fut l'un des foyers actifs de la Résistance dans le Luberon. Les reliefs cloisonnés, les combes et les fermes isolées offraient des refuges aux maquisards. Le sentier du maquis de Gordes, qui suit la Sénancole, garde aujourd'hui la mémoire de cette période.

Le 21 août 1944, peu après le débarquement de Provence, une patrouille allemande est attaquée par la Résistance près du village. Le lendemain, 22 août 1944, les représailles tombent. Les Allemands contraignent les habitants à rentrer chez eux, tirent sur les retardataires, puis bombardent le village au canon depuis la falaise d'en face. Une vingtaine de maisons sont détruites. En reconnaissance, Gordes reçoit en 1948 la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile d'argent et une citation de « ville martyre », l'un des centres les plus actifs de la Résistance sous l'Occupation. Cet épisode, peu connu des visiteurs, explique aussi pourquoi une partie du bâti porte des traces de reconstruction d'après-guerre.

Architecture et urbanisme : la pierre sèche du Luberon

Le château Renaissance de Gordes dominant les ruelles du village
Le château de Gordes, reconstruit entre 1525 et 1541. Photo Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Gordes est bâti dans le calcaire blanc des Monts de Vaucluse, extrait sur place. Cette pierre donne au village sa couleur ocre claire et son unité : murs, voûtes, toitures de lauze et de tuile canal proviennent du même matériau. Les maisons s'organisent en gradins autour du château, reliées par des calades, ces ruelles pavées en forte pente qui suivent la courbe de l'éperon. La pente impose tout : l'eau, autrefois rare, descendait vers des citernes creusées dans le roc.

La construction en pierre sèche, sans mortier, est la signature du Luberon. Les bâtisseurs ajustent les blocs par calage, en jouant sur le poids et la friction. Le savoir-faire vient de la nécessité : épierrer les champs caillouteux fournissait à la fois la matière première et le motif de bâtir. Murets de soutènement, cabanes, aiguiers et enclos quadrillent ainsi tout le terroir. Cette technique culmine dans les bories, ces cabanes de berger à encorbellement dont le territoire de Gordes garde plus de quatre cents exemplaires. L'UNESCO a inscrit l'art de la construction en pierre sèche au patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2018 ; le Luberon en reste l'un des conservatoires les plus denses.

La couverture des maisons mérite un mot. Les toits associent la tuile canal de terre cuite, posée à faible pente, et, sur les bâtiments anciens, des génoises, ces corniches de tuiles superposées qui éloignent l'eau des façades. L'ensemble compose une ligne de toits ocre régulière, qui répond à la couleur des murs. Rien n'y est monumental : Gordes est un village paysan devenu prestigieux, non une création seigneuriale planifiée. C'est cette logique de la pente et de l'eau, plus que tout programme architectural, qui a dessiné le plan.

Au sommet, le château mêle deux époques : soubassement médiéval et étages Renaissance. À l'intérieur, la grande cheminée de 1541, large de plusieurs mètres et encadrée de portes ornées, compte parmi les plus belles de Provence pour cette période. En contrebas, l'église Saint-Firmin, remaniée au XVIIIe siècle, conserve un mobilier baroque. L'ensemble forme un tissu urbain serré, sans avenue ni place monumentale, où l'espace se gagne mètre par mètre sur la roche.

Que voir à Gordes : château, bories, belvédère

Vue aérienne de l'abbaye de Sénanque près de Gordes
L'abbaye de Sénanque, à 4 km de Gordes. Photo Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le château Renaissance. Il occupe le point haut du village et se visite. La cheminée de 1541, les salles voûtées et le panorama depuis ses abords justifient la montée. Le bâtiment a longtemps abrité le musée Vasarely puis des expositions d'art.

Le Village des Bories. À un kilomètre du centre, cet ensemble d'une trentaine de cabanes en pierre sèche, restauré dans les années 1960 par Pierre Viala, a été classé Monument historique en 1977. Organisé en écomusée de l'habitat rural, il rassemble outils et documentation sur l'architecture de pierre sèche en France et ailleurs.

L'église Saint-Firmin et les citernes. L'église XVIIIe et les citernes médiévales souterraines, creusées pour stocker l'eau de pluie, se découvrent au fil des ruelles. Les citernes se visitent en saison.

Le belvédère sud. En arrivant par la D15 depuis Cavaillon, un belvédère cadre la vue la plus reproduite du village, maisons empilées sous le château. La lumière de fin de journée dore la pierre ; c'est l'heure que choisissent les photographes.

L'abbaye de Sénanque. À quatre kilomètres au nord, dans un vallon fermé, l'abbaye cistercienne et ses champs de lavande forment l'image la plus diffusée de la Provence monastique. Elle mérite une fiche à part entière (voir le maillage en bas de page).

Les moulins, fontaines et lavoirs. Le territoire conserve aussi des moulins, des fontaines et des lavoirs qui rappellent l'économie rurale d'autrefois. Le moulin des Bouillons, au sud, abrite un ancien pressoir à huile et un musée du vitrail. Ces sites, à l'écart du flux touristique du centre, donnent une lecture plus complète du patrimoine de Gordes.

Le label « Plus Beaux Villages de France » et les autres reconnaissances

L'association Les Plus Beaux Villages de France naît en 1982, à l'initiative du maire de Collonges-la-Rouge. Gordes figure parmi les communes du réseau. Le label sélectionne des communes rurales de moins de 2 000 habitants disposant d'au moins deux sites ou monuments protégés, sur des critères de qualité patrimoniale et d'aménagement. Le classement n'est pas acquis à vie : il fait l'objet de réévaluations périodiques.

Gordes cumule d'autres protections. Le château est classé Monument historique, le Village des Bories aussi depuis 1977, et la commune relève du Parc naturel régional du Luberon ainsi que de sites classés au titre des paysages. En février 2023, le magazine Travel + Leisure l'a élu « plus beau village du monde », devant Shirakawa-go au Japon et Giethoorn aux Pays-Bas — une distinction médiatique qui a accru une fréquentation déjà forte.

Aux alentours : Sénanque, le Luberon, les villages ocre

L'abbaye de Sénanque (4 km) reste la sortie naturelle depuis Gordes. Fondée le 23 juin 1148 par des moines venus de Mazan, en Ardèche, elle compte parmi les abbayes cisterciennes de Provence, aux côtés du Thoronet et de Silvacane. Ses lavandes fleurissent de la mi-juin à la mi-juillet.

Roussillon (15 km), bâti dans les ocres, offre un contraste de couleur saisissant avec le calcaire blanc de Gordes ; le Sentier des Ocres traverse d'anciennes carrières. Les Baux-de-Provence, autre village perché classé, et Saint-Guilhem-le-Désert, plus à l'ouest, prolongent une découverte des bourgs de pierre du Midi. Apt, capitale du fruit confit, et Avignon, à une quarantaine de kilomètres, complètent la boucle.

Informations pratiques

Accès. Gordes se rejoint surtout en voiture : 35 km d'Avignon, 30 km d'Apt, environ 80 km de Marseille. Les transports en commun sont rares. Le centre est piétonnier ; le stationnement se fait sur les parkings de périphérie, gratuits hors saison et payants l'été.

Période. Le village est très fréquenté de juin à août, en particulier aux heures de la floraison des lavandes de Sénanque. Le printemps et le début de l'automne offrent une lumière comparable avec moins de monde. Compter une demi-journée pour le village et l'abbaye réunis.

  • Adresse : Place Genty Pantaly, 84220 Gordes — voir sur la carte
  • Coordonnées GPS : 43,9114 N — 5,2003 E
  • Stationnement : parkings de périphérie obligatoires (centre piétonnier)
  • À combiner : abbaye de Sénanque (4 km), Roussillon (15 km), Avignon (40 km)

Questions fréquentes sur Gordes

Pourquoi Gordes est-il célèbre ?

Gordes doit sa notoriété à sa silhouette de village perché en pierre sèche, entièrement homogène, dominée par un château Renaissance. Sa position sur un éperon calcaire du Luberon, la lumière de Provence qui a attiré des peintres comme Vasarely, et la proximité de l'abbaye de Sénanque en font l'un des bourgs les plus photographiés de France. En février 2023, le magazine Travel + Leisure l'a désigné plus beau village du monde.

Gordes est-il un des plus beaux villages de France ?

Oui. Gordes est classé parmi Les Plus Beaux Villages de France, label créé en 1982. Il distingue les communes rurales au patrimoine protégé et fait l'objet de réévaluations régulières.

Que voir à Gordes ?

Le château Renaissance et sa cheminée de 1541, le Village des Bories à 1 km (cabanes de pierre sèche classées Monument historique en 1977), l'église Saint-Firmin, les citernes médiévales souterraines et le belvédère sud sur la D15. À 4 km, l'abbaye de Sénanque et ses champs de lavande complètent la visite.

Où se trouve Gordes ?

Gordes est dans le Vaucluse, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, sur le versant nord du massif du Luberon. Le village est à 35 km d'Avignon et 30 km d'Apt. Coordonnées : 43,9114 N — 5,2003 E.

Quelle est la distance entre Gordes et l'abbaye de Sénanque ?

L'abbaye Notre-Dame de Sénanque se trouve à 4 km au nord de Gordes, dans un vallon voisin. Fondée le 23 juin 1148 par des moines cisterciens de Mazan, elle est surtout fréquentée à la floraison des lavandes, de la mi-juin à la mi-juillet.

Quand visiter Gordes pour éviter la foule ?

Le village est saturé de juin à août. Le printemps (avril-mai) et septembre offrent une lumière comparable avec une fréquentation moindre. Pour les photos sans monde, privilégier le matin tôt ou la fin d'après-midi, quand la pierre prend une teinte dorée.

Sources et bibliographie

Voir aussi : Les plus beaux villages de France, notre annuaire des villages d'exception.