Soieries lyonnaises : François Ier 1536, métier Jacquard 1801, maisons Tassinari, Prelle

Vignoble Soieries lyonnaises
Vignoble, Soieries lyonnaises (Maison des Canuts, Tassinari & Chatel, Prelle, Brochier), Anonyme, domaine public · Public domain.

Histoire de l'atelier

En 1536, François Ier accorde à Lyon le privilège exclusif de manufacture de soie, consacrant ainsi une activité que la cité avait su capter depuis les fastes des foires médiévales. Le ver à soie, venu d'Orient par les routes italiennes, trouve sur les coteaux du Rhône un climat propice ; les marchands lyonnais, déjà rompus au commerce des étoffes, organisent en moins d'un siècle une économie qui rivalise avec celles de Gênes et de Venise. Au XVIIe siècle, la cour de Louis XIV confie à Lyon ses commandes officielles, et la Croix-Rousse, colline alors agricole, voit s'installer ateliers et fileuses. Naissent en ces années les grandes maisons toujours en activité : Tassinari & Chatel en 1680, Prelle en 1752, fournisseurs des cours de Versailles, des Tuileries, plus tard de Compiègne et de Fontainebleau.

L'apogée vient au XIXe siècle. En 1801, Joseph-Marie Jacquard met au point son métier à programmer par cartes perforées : la révolution textile est en marche, qui permettra de tisser des motifs d'une complexité jusqu'alors impossible. Les canuts de la Croix-Rousse, vingt mille tisserands à la veille de 1830, habitent ces immeubles aux plafonds hauts conçus pour accueillir les métiers monumentaux. Leurs révoltes de 1831 et 1834 marquent la naissance du mouvement ouvrier français. Aujourd'hui encore, plusieurs maisons lyonnaises perpétuent l'art du soyeux : Tassinari & Chatel, Prelle, Brochier Soieries restaurent les soieries de Versailles, du château de Compiègne, de la Maison-Blanche, du Kremlin. Toutes labellisées Entreprises du Patrimoine Vivant, elles maintiennent vivante une chaîne ininterrompue de gestes entre le compagnon du XVIIe siècle et le tisserand d'aujourd'hui.

Production de Soieries lyonnaises
Production : cave, atelier, distillerie, Xavier Caré · CC BY-SA 3.0.

Savoir-faire et techniques

Le tissage de la soie lyonnaise repose sur le métier Jacquard, dont les cartes perforées, devenues bandes magnétiques puis fichiers numériques, déterminent la levée de chaque fil de chaîne. L'ensouple porte parfois plus de douze mille fils, qu'il faut tendre, monter, croiser un à un, opération nommée le « rentrage » qui peut demander plusieurs semaines. Le metteur en carte traduit le dessin du créateur en un langage technique d'une précision d'horloger ; le tisserand, à son métier, ajuste la cadence, quelques centimètres à l'heure pour les pièces les plus fines, et lit son ouvrage à l'envers, dans le miroir du dessus. Le brocheur, héritier d'un savoir-faire singulier, introduit à la main les fils d'or et d'argent qui rehaussent les soieries d'apparat. Les maisons forment leurs apprentis en interne, dans la tradition du compagnonnage textile, et plusieurs de leurs tisserands ont reçu le titre de Meilleur Ouvrier de France. À Lyon, on n'apprend pas un métier : on entre dans une lignée.

Produit Soieries lyonnaises
Produit : dégustation, étiquette, présentation, Fred Romero · CC BY 2.0.

Patrimoine et collections

Les soieries lyonnaises ont habillé les murs des plus demeures du monde. Tassinari & Chatel détient les archives des soieries livrées à Marie-Antoinette pour le Petit Trianon, et restaure aujourd'hui encore les damas de Versailles selon les cartons d'origine. Prelle conserve un fonds de plus de cinq mille pièces patrimoniales : étoffes du Premier Empire, lampas Louis XV, broderies Napoléon III, qui servent de modèles aux restaurations contemporaines. Brochier Soieries, plus jeune mais non moins respectée, fournit haute couture, scénographies d'opéra et grandes maisons hôtelières. La Maison des Canuts, sur la colline de la Croix-Rousse, propose gratuitement un parcours muséal, des démonstrations sur métier Jacquard original et la mémoire vivante de ce peuple ouvrier qui, des révoltes de 1831 aux ateliers d'aujourd'hui, n'a jamais cessé de tisser. Visiter Lyon en ignorant la soie, c'est traverser une cathédrale en ne regardant que le sol.

Visite et accès au public

1536 année de fondation
EPV Entreprise du Patrimoine Vivant

La Maison des Canuts, sur la colline de la Croix-Rousse, est ouverte gratuitement au public et propose des démonstrations quotidiennes sur métier Jacquard. Plusieurs ateliers, Prelle, Tassinari & Chatel, ouvrent leurs portes lors des Journées européennes du patrimoine.

Anecdotes et iconographie

  • Les traboules, Les passages couverts de la Croix-Rousse, les fameuses « traboules », furent conçus pour transporter à l'abri de la pluie les pièces de soie depuis les ateliers jusqu'aux marchands de la presqu'île..
  • Le « ginguet » des canuts, Vin léger des coteaux du Beaujolais, le « ginguet » accompagnait le repas frugal du tisserand penché sur son métier de l'aube à la nuit tombée..
  • La carte perforée, La carte perforée du métier Jacquard, inventée en 1801, est l'ancêtre direct de la programmation informatique : Babbage et Hollerith s'en inspireront un siècle plus tard..

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Questions fréquentes sur Soieries lyonnaises

Depuis quand Lyon est-elle capitale de la soie ?

Depuis 1536, lorsque François Ier accorda à la cité le privilège exclusif de manufacture de soie.

Qui étaient les canuts ?

Les tisserands lyonnais de la Croix-Rousse, parfois plus de vingt mille au XIXe siècle, célèbres pour leur savoir-faire et pour les révoltes ouvrières de 1831 et 1834.

Qu'est-ce que le métier Jacquard ?

Mis au point à Lyon en 1801 par Joseph-Marie Jacquard, ce métier à cartes perforées permet de tisser des motifs d'une complexité auparavant impossible et constitue l'ancêtre conceptuel de l'informatique.

Quelles maisons lyonnaises sont encore actives ?

Tassinari & Chatel (1680), Prelle (1752) et Brochier Soieries figurent parmi les soyeux toujours en activité, restaurateurs des palais nationaux.

Peut-on visiter une soierie à Lyon ?

Oui, la Maison des Canuts à la Croix-Rousse propose une visite gratuite avec démonstration sur métier Jacquard ; plusieurs ateliers s'ouvrent en outre lors des Journées du patrimoine.

Sources