La voie du Puy — premier chemin de Compostelle (via Podiensis)
Atlas France Éternelle · Parcours
La voie du Puy — premier chemin de Compostelle (via Podiensis)
La voie du Puy, ou via Podiensis, est la plus ancienne et la plus illustre des quatre grandes routes françaises de Saint-Jacques-de-Compostelle décrites par le moine Aimery Picaud dans le Codex Calixtinus vers 1140. C'est de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay que partit, en 951, l'évêque Godescalc — premier pèlerin nominalement attesté à se rendre depuis la Gaule à Saint-Jacques. Sur 750 kilomètres et trente étapes traditionnelles, l'itinéraire traverse le Velay, l'Aubrac, le Quercy, l'Agenais, la Gascogne et le Pays basque avant de franchir les Pyrénées au col de Roncevaux. Inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998 (« Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France »), le tracé jacquaire moderne — GR® 65 — est aujourd'hui parcouru par environ 50 000 marcheurs annuels, dont une faible part atteint Compostelle. Ce parcours présente les huit étapes-clefs, où patrimoine roman et hospitalité compostellane forment un héritage spirituel d'un millénaire.
Carte du parcours
Les 8 étapes
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1
Le Puy-en-Velay
Point de départ historique de la via Podiensis. La cathédrale Notre-Dame (XIᵉ-XIIᵉ s.), bâtie sur une plateforme rocheuse à 711 mètres d'altitude, présente une silhouette unique en France : façade polychrome inspirée de l'art mauresque, escalier d'accès de 134 marches débouchant directement dans la nef, coupoles octogonales sur trompes. Elle abrite la Vierge noire du Puy (XVIIᵉ s., copie d'une image antérieure brûlée en 1794). C'est ici que l'évêque Godescalc célébra la messe avant son départ pour Compostelle en 951. Inscrite à l'UNESCO en 1998 au titre des Chemins de Saint-Jacques. La messe des pèlerins est célébrée chaque matin à 7 h.
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2
Conques
Étape majeure du chemin, Conques doit son rayonnement au « furtum sacrum » de 866 : un moine de l'abbaye, Ariviscus, déroba à Agen les reliques de sainte Foy (martyre vers 303), déclenchant un afflux miraculeux de pèlerins. L'abbatiale Sainte-Foy (1041-XIIᵉ s.), chef-d'œuvre du roman pyrénéen, présente l'un des grands tympans sculptés du Moyen Âge (vers 1130) : un Jugement dernier à 124 personnages dont les polychromies originales sont en partie conservées. Le trésor d'orfèvrerie — dont la Majesté de sainte Foy (IXᵉ-Xᵉ s.) en or et pierres précieuses — est l'un des seuls trésors monastiques médiévaux préservés en place. Inscrit à l'UNESCO 1998.
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3
Figeac
Cité monastique fondée en 838 par une charte de Pépin Iᵉʳ d'Aquitaine rattachée à l'abbaye de Conques, Figeac fut un relais important sur la voie du Puy. L'église abbatiale Saint-Sauveur (XIᵉ-XIIᵉ s., remaniée XIVᵉ s.) conserve une salle capitulaire ornée de boiseries du XVIIᵉ siècle. La ville, ensemble urbain médiéval remarquablement préservé, est aussi le lieu de naissance de Jean-François Champollion (1790-1832), déchiffreur des hiéroglyphes — la place des Écritures, dallée d'une reproduction monumentale de la pierre de Rosette par Joseph Kosuth (1991), constitue une étape obligée. Étape de 25 km depuis Conques.
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4
Cahors
Ancienne cité romaine de Divona Cadurcorum, Cahors devint un centre épiscopal majeur dès le IVᵉ siècle. La cathédrale Saint-Étienne (consacrée en 1119 par le pape Calixte II), remarquable par ses deux coupoles sur pendentifs — les plus vastes de France (16 et 18 m de diamètre) — appartient à l'école romane périgourdine. Elle abrite depuis le XIᵉ siècle la sainte Coiffe, relique supposée du linceul de la tête du Christ, ramenée par l'évêque Géraud de Cardaillac. Le pont Valentré (1308-1378), classé UNESCO, jalonne l'entrée des pèlerins dans la ville. Cahors fut au XIIIᵉ siècle l'une des principales places bancaires d'Europe (« Caorsins » = banquiers lombards).
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5
Moissac
L'abbatiale Saint-Pierre de Moissac, fondée selon la tradition au VIIᵉ siècle par saint Didier de Cahors, atteignit son apogée sous l'abbatiat de Durand de Bredons (1047-1072) après son rattachement à Cluny. Le tympan du portail sud (vers 1115) — une Vision apocalyptique de saint Jean : le Christ en majesté entouré des vingt-quatre vieillards — est l'un des sommets de la sculpture romane mondiale. Le cloître (consacré en 1100), le plus ancien cloître à chapiteaux historiés conservé, présente 76 chapiteaux narratifs d'une exceptionnelle qualité. Inscrit à l'UNESCO 1998 au titre des Chemins de Saint-Jacques.
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6
Aire-sur-l'Adour
Ancienne cité romaine d'Atura, Aire fut érigée en évêché vers 506 par Alaric II et le demeura jusqu'en 1933. La cathédrale Saint-Jean-Baptiste (XIᵉ-XVIIᵉ s.) conserve une nef romane et un chœur gothique. Mais c'est l'église Sainte-Quitterie-du-Mas, classée UNESCO 1998, qui constitue l'attraction jacquaire principale : sa crypte abrite le sarcophage paléochrétien de sainte Quitterie (IVᵉ s.), princesse wisigothique martyrisée vers 472 et vénérée comme protectrice contre la rage et la folie. Dernière étape significative avant les Pyrénées.
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7
Saint-Jean-Pied-de-Port
Dernière étape française de la via Podiensis, fondée à la fin du XIIᵉ siècle par les rois de Navarre au pied du col pyrénéen, Saint-Jean-Pied-de-Port est le point de jonction des quatre voies françaises de Compostelle (Tours, Vézelay, Le Puy, Arles). Le bureau d'accueil des pèlerins, rue de la Citadelle, délivre la fameuse credencial à plusieurs dizaines de milliers de marcheurs chaque année. La porte Saint-Jacques, inscrite UNESCO 1998, marque l'entrée des pèlerins. L'église gothique Notre-Dame-du-Bout-du-Pont (XIVᵉ s.) accueille la dernière messe avant le franchissement pyrénéen — 1 250 m de dénivelé jusqu'à Roncevaux.
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8
Roncevaux (Roncesvalles)
Étape inaugurale du Camino Francés en territoire espagnol, Roncevaux est indissociable du souvenir de la Chanson de Roland : le 15 août 778, l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne, commandée par le comte Roland, y fut massacrée par les Vascons (transformés en Sarrasins par la geste). La Real Colegiata de Santa María (XIIIᵉ s.), de style gothique français, abrite une statue romane de Notre-Dame en argent et émaux. L'hospice royal, fondé en 1132 par l'évêque de Pampelune Sanche de la Rosa, accueille les pèlerins depuis bientôt neuf siècles. C'est ici que la voie du Puy se fond dans le Camino Francés des 780 derniers kilomètres jusqu'à Compostelle.
Sources et références
- Aimery Picaud, Liber Sancti Jacobi (Codex Calixtinus, livre V : Guide du pèlerin), éd. Jeanne Vielliard, Vrin, 1938.
- Denise Péricard-Méa, Compostelle et cultes de saint Jacques au Moyen Âge, PUF, 2000.
- René de La Coste-Messelière, Pèlerinages et chemins de Saint-Jacques en France et en Europe, FFAR, 1965.
- Humbert Jacomet, Saint-Jacques de Compostelle : un chemin millénaire, Gallimard « Découvertes », 1985.
- UNESCO, Dossier d'inscription des Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France, 1998.