Marie Guyart, en religion Marie de l'Incarnation
Biographie de Marie de l'Incarnation
Marie Guyart naît à Tours le 28 octobre 1599, fille d'un maître boulanger. Mariée à dix-sept ans à Claude Martin, maître soyeux, elle devient veuve à dix-neuf ans avec un fils nouveau-né, le futur dom Claude Martin (1619-1696), bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, qui sera son premier biographe. Vivant dès lors chez son beau-frère Paul Buisson, marchand voiturier des armées royales, elle administre l'entreprise familiale tout en poursuivant une vie d'oraison d'une intensité croissante. Le 24 mars 1620, elle reçoit la grande illumination trinitaire qui inaugure son itinéraire mystique, vision intellectuelle de sa propre misère et du Précieux Sang qui la lave. De 1620 à 1631, sous la direction de l'oratorien dom Raymond de Saint-Bernard, elle traverse une montée spirituelle qu'elle décrira plus tard dans sa Relation de 1654, parmi les chefs-d'œuvre de la mystique catholique.
Le 25 janvier 1631, à 31 ans, elle entre chez les Ursulines de Tours, confiant son fils Claude (alors âgé de 11 ans) à sa sœur, déchirement maternel qu'elle décrira avec une lucidité poignante. Maîtresse des novices puis sous-prieure, elle reçoit en décembre 1633 le « grand songe » missionnaire, une terre vaste et brumeuse qu'elle reconnaîtra plus tard comme le Canada. Sous l'impulsion du Père Paul Le Jeune SJ et de la Madame de la Peltrie (Marie-Madeleine de Chauvigny), elle s'embarque à Dieppe le 4 mai 1639 avec deux compagnes ursulines et trois Augustines hospitalières, première fondation féminine missionnaire de l'histoire de l'Église moderne. Arrivée à Québec le 1ᵉʳ août 1639, elle y fonde le monastère des Ursulines, premier établissement scolaire féminin d'Amérique du Nord, où elle éduque indiennes huronnes, algonquines et iroquoises et jeunes Françaises de la colonie. Linguiste prodigieuse, elle compose dictionnaires et catéchismes en algonquin, en huron et en iroquois. Elle gouverne le monastère trente-trois ans et meurt à Québec le 30 avril 1672. Béatifiée par Jean-Paul II le 22 juin 1980, canonisée par le pape François le 3 avril 2014 par procédure équipollente.
Vie spirituelle et mission
L'œuvre spirituelle de Marie de l'Incarnation se déploie sur deux registres indissociables. Mystique de premier rang, elle nous a laissé deux Relations autobiographiques (1633 et 1654), édifiées sur ordre de ses directeurs, qui tracent l'itinéraire le plus complet et le plus précis de mystique catholique nuptiale qui nous soit parvenu, Bossuet voyait en elle « la Thérèse de notre temps et de la France ». Sa doctrine, trinitaire, articule mariage spirituel, expérience apophatique du Verbe, et purification passive des sens et de l'esprit, dans une fidélité rigoureuse à la grande tradition rhénane et carmélitaine. Missionnaire, elle inaugure pour les femmes consacrées une présence apostolique en pays de mission jusque-là réservée aux jésuites et aux récollets : non pas la prédication itinérante, mais l'éducation patiente des jeunes amérindiennes et françaises, le dialogue interculturel par l'apprentissage des langues autochtones, l'accompagnement spirituel des religieuses et des laïques. C'est, à proprement parler, l'invention de la mission éducative féminine, qui fera la fécondité des congrégations enseignantes du XIXᵉ siècle (Ursulines, Sacré-Cœur, Notre-Dame, Saint-Joseph de Cluny) sur tous les continents.
Postérité, culte et miracles
Le monastère des Ursulines de Québec, ininterrompu depuis 1639, demeure le plus ancien établissement scolaire féminin d'Amérique du Nord et conserve les manuscrits, lettres (plus de 13 000 pages éditées) et reliques de la fondatrice. Marie de l'Incarnation est officiellement proclamée « Mère de l'Église canadienne » par les évêques du Québec ; sainte patronne secondaire du Canada, elle est une figure tutélaire de la francophonie nord-américaine. Sa canonisation équipollente par le pape François le 3 avril 2014, extension à l'Église universelle d'un culte déjà rendu sans nouveau procès de miracle, eut lieu en même temps que celle de saint François de Laval, premier évêque de Québec, son contemporain et collaborateur : double consécration des fondateurs spirituels de l'Église canadienne. La cause de Madame de la Peltrie, sa bienfaitrice, demeure ouverte. Sa correspondance et ses écrits spirituels sont aujourd'hui étudiés dans les chaires de mystique, de littérature française du Grand Siècle et d'études canadiennes.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
Le monastère des Ursulines du Vieux-Québec abrite son tombeau, son musée et la chapelle où elle pria trente-trois ans ; pèlerinage international. La maison natale de Tours (rue Saint-Étienne) garde une plaque commémorative ; l'ancien monastère des Ursulines de Tours, où elle entra en 1631, demeure partiellement visible. La basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec célèbre solennellement sa mémoire chaque 30 avril.
Anecdotes et iconographie
- Le « grand songe » de 1633, En décembre 1633, elle vit en songe une terre brumeuse, vaste et lointaine, qu'une voix intérieure lui désignait comme sa mission ; six ans plus tard, débarquant à Québec, elle reconnut la Nouvelle-France de sa vision..
- Les dictionnaires amérindiens, Linguiste autodidacte, elle composa des dictionnaires français-algonquin, français-huron et français-iroquois, ainsi que des catéchismes en langues autochtones, œuvre pionnière de l'ethnolinguistique..
- « La Thérèse du Nouveau Monde », Bossuet la nomma ainsi dans ses <em>Élévations sur les mystères</em> ; le titre est resté, et résume sa double dimension de grande mystique et de fondatrice apostolique..
À découvrir sur France Éternelle
- Annuaire des 15 saints de France (Phase 1)
- Annuaire des 193 cathédrales de France
- Cathédrale Notre-Dame de Reims, sacre des rois de France
- Basilique de Saint-Denis, nécropole royale (gisants)
Questions fréquentes sur Marie de l'Incarnation
Pourquoi a-t-elle quitté son fils pour entrer en religion ?
Cette décision déchirante (1631), prise après onze ans de discernement et confirmée par ses directeurs, fut vécue par elle comme un appel impérieux de Dieu ; son fils Claude, alors âgé de 11 ans et confié à sa sœur, deviendra bénédictin et son premier biographe.
Pourquoi est-elle partie au Canada ?
Sous l'impulsion d'un songe missionnaire reçu en 1633, encouragée par les jésuites de Nouvelle-France et financée par <strong>Madame de la Peltrie</strong>, elle s'embarqua le 4 mai 1639 pour fonder à Québec le premier établissement scolaire féminin d'Amérique du Nord.
Quels écrits nous a-t-elle laissés ?
Deux grandes <em>Relations autobiographiques</em> (1633 et 1654), des <em>Retraites</em> spirituelles, des dictionnaires en langues amérindiennes, et surtout plus de <strong>13 000 pages de correspondance</strong> qui font d'elle un témoin majeur de la Nouvelle-France et une mystique de premier plan.
Qu'est-ce qu'une canonisation « équipollente » ?
Procédure ancienne par laquelle le pape étend à l'Église universelle un culte déjà rendu localement depuis longtemps, sans nouveau procès de miracle, appliquée par <strong>François le 3 avril 2014</strong> à Marie de l'Incarnation et à François de Laval.
Pourquoi est-elle dite « Mère de l'Église canadienne » ?
Pour son rôle fondateur dans l'évangélisation, l'éducation et l'enracinement spirituel de la Nouvelle-France ; titre officiellement reconnu par la Conférence des évêques catholiques du Canada.
Sources
- Wikipédia, Marie Guyart, en religion Marie de l'Incarnation.