Saint Roch de Montpellier : pèlerin protecteur contre la peste, attribut du chien

Par La Rédaction de France Éternelle

Peu de saints médiévaux ont connu une fortune populaire comparable à celle de Roch de Montpellier. Invoqué dans toute l'Europe contre la peste et les épidémies, reconnaissable entre tous à son chien tenant un pain et à la plaie qu'il découvre sur sa cuisse, il est l'un des grands intercesseurs des temps de contagion. Pourtant, l'historien se heurte ici à une difficulté singulière : la figure est immense, mais la documentation contemporaine de sa vie est quasi inexistante. Tout ce que nous croyons savoir de Roch nous vient de récits postérieurs de plus d'un siècle à sa mort. Il convient donc de distinguer avec soin le fait historique, ténu, de la riche tradition hagiographique qui l'a porté.

Ce que l'histoire permet d'affirmer

Les éléments solidement établis sont rares. Roch serait né à Montpellier, ville alors prospère et dotée depuis 1220 d'une célèbre école de médecine, vers le milieu du XIVe siècle. Les datations varient sensiblement selon les sources : l'ancienne Catholic Encyclopedia proposait 1295-1327, mais l'érudition contemporaine situe plutôt sa vie dans la seconde moitié du siècle, vers 1340 et 1376/1379, dates cohérentes avec la grande peste noire de 1348 qu'il aurait combattue. Il serait mort non pas à Montpellier, comme une tradition tardive l'a longtemps affirmé, mais à Voghera, en Lombardie. Au-delà de ces repères incertains, l'essentiel du personnage relève d'une construction hagiographique, et nul document du vivant de Roch ne nous est parvenu.

La vie selon la tradition

Le récit canonique, tel que la dévotion l'a fixé, dessine un itinéraire édifiant. Roch naît dans une famille noble de Montpellier, fils unique d'un consul de la ville. Orphelin vers vingt ans, il distribue tous ses biens aux pauvres et prend la route en pèlerin, gagnant Rome par la via Francigena. La tradition veut qu'il ait rejoint le Tiers-Ordre franciscain, point que les sources anciennes elles-mêmes tenaient déjà pour incertain.

En chemin, il traverse une Italie ravagée par l'épidémie. À Acquapendente, puis à Cesène, à Rome et dans plusieurs cités de la plaine du Pô, Plaisance, Mantoue, Parme, il se consacre aux pestiférés dans les hôpitaux. La tradition lui prête de nombreuses guérisons obtenues par le signe de croix et l'imposition des mains, parfois mêlées d'un savoir médical qu'il aurait acquis à Montpellier. C'est à Plaisance qu'il contracte lui-même le mal.

La forêt et le chien

L'épisode le plus célèbre, et le plus profondément ancré dans l'imaginaire, appartient en propre à la légende. Atteint par la peste et refusant de contaminer autrui, Roch se retire à l'écart, dans une cabane ou une grotte en forêt, attendant la mort. C'est alors qu'un chien le découvre et, chaque jour, lui apporte un pain dérobé à la table de son maître, léchant au surplus ses plaies. Intrigué par le manège de l'animal, le maître, que la tradition nomme le seigneur Gothard, parfois identifié au gentilhomme Gottardo Pallastrelli, suit la bête jusqu'à l'ermite et lui porte secours. Roch guérit. Ce motif du pain quotidien apporté par un chien, secours providentiel envoyé au plus démuni, a fait du saint et de son chien le symbole même de l'inséparabilité, jusqu'à passer en proverbe.

Le retour méconnu et la mort en prison

Rétabli, Roch reprend sa route vers son pays. Mais les épreuves et les mortifications l'ont tant défiguré que nul ne le reconnaît. Arrêté comme espion dans le contexte des guerres civiles lombardes, jeté en prison, il s'y refuse à révéler son nom, par humilité, et y meurt après plusieurs années de captivité, ignoré de tous. La tradition ajoute un détail poignant : son geôlier l'aurait fait emprisonner sans savoir qu'il s'agissait de son propre neveu. On ne l'identifie qu'après sa mort, à une croix miraculeuse marquée sur sa poitrine et à un document trouvé sur lui. Ainsi la légende fait-elle de Roch un saint deux fois caché, par la maladie qui le rend méconnaissable, puis par le silence qu'il s'impose.

Naissance et essor d'un culte

Le culte de Roch ne prend véritablement son essor qu'au XVe siècle, en Italie du Nord, terre de ses pérégrinations. Un épisode fondateur, rapporté par sa plus ancienne biographie, en fixe la portée : lorsque la peste menaça le concile de Constance en 1414, on aurait ordonné processions et prières en l'honneur de Roch, et l'épidémie aurait aussitôt cessé. Cette Vita Sancti Rochi rédigée par le Vénitien Francesco Diedo, gouverneur de Brescia, et publiée en 1479, connut un succès immédiat : cinq éditions latines et deux italiennes parurent entre 1479 et 1495. L'épidémie italienne de 1477-1479 acheva de répandre sa renommée.

Dès lors, le saint devient l'intercesseur par excellence contre la peste. Des confréries se multiplient, vouées à l'ensevelissement des pestiférés et au secours des malades, dont la plus illustre demeure la Scuola Grande di San Rocco de Venise, où ses reliques furent transférées en 1485. En France comme dans toute l'Europe rurale, Roch devint pour des siècles l'un des saints les plus populaires des campagnes. La reconnaissance officielle suivit la ferveur populaire : son nom fut inscrit au Martyrologe romain sous Grégoire XIII, son culte confirmé par Urbain VIII en 1629. Sa fête est célébrée le 16 août.

Une iconographie immédiatement lisible

Rares sont les saints aussi aisément identifiables. Roch est représenté en costume de pèlerin : le bourdon à la main, la pèlerine et le chapeau, l'enseigne du pèlerinage, coquille de Compostelle ou clés de Rome, cousue sur l'épaule. Mais son attribut le plus singulier est le geste par lequel il relève sa tunique pour montrer, sur la cuisse, le bubon de la peste : signe qu'il a connu le mal dans sa chair et en a triomphé. À ses pieds, le chien tient le pain dans sa gueule ; un ange parfois l'accompagne, porteur d'un onguent. Cette image, celle d'un homme marqué par la peste mais debout et guéri, valait pour les fidèles preuve visible qu'on pouvait survivre au fléau, et faisait de Roch une figure d'espérance autant que de protection.

Sources

  • Roch de Montpellier, notice encyclopédique, Wikipédia en français (datations, via Francigena, villes italiennes, Diedo).
  • Catholic Encyclopedia (New Advent), article « St. Roch » : vie, Gothard, emprisonnement, concile de Constance 1414, reliques à Venise, réserves sur le Tiers-Ordre franciscain.
  • Christian Iconography (christianiconography.info), « St. Roch in Art » : attributs (bourdon, coquille, plaie à la cuisse, chien, ange), sources latines des Acta Sanctorum (Augusti III).
  • Francesco Diedo, Vita Sancti Rochi, 1479, première biographie de référence (récit de la peste, du chien, du concile de Constance).
  • Nominis (Conférence des évêques de France), notice « Saint Roch de Montpellier » : culte, patronage, fête du 16 août.

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Questions fréquentes sur Saint Roch

Pourquoi saint Roch est-il invoqué contre la peste ?

Parce que, selon sa légende, il aurait guéri de nombreux pestiférés en Italie avant d'être lui-même frappé et sauvé du mal ; il est depuis invoqué comme protecteur contre les épidémies.

Pourquoi saint Roch est-il représenté avec un chien ?

La tradition raconte qu'atteint de la peste et retiré dans une forêt, il fut nourri chaque jour par un chien qui lui apportait du pain ; l'animal est devenu son attribut.

Quand est la fête de saint Roch ?

Sa fête est célébrée le 16 août.

Sources : notice Wikipédia.

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