Pierre Fourier

Portrait de Pierre Fourier
Portrait de Pierre Fourier, Richard Collin (1627-1697) · Public domain.

Biographie de Pierre Fourier

Pierre Fourier naît le 30 novembre 1565 à Mirecourt, dans le duché de Lorraine alors indépendant. Étudiant chez les jésuites de Pont-à-Mousson, la grande université lorraine fondée par le cardinal de Lorraine, il y reçoit la formation théologique post-tridentine la plus rigoureuse de son temps. Entré en 1585 à l'abbaye augustinienne de Chaumousey, ordonné prêtre en 1589, il est nommé en 1597 curé du petit village vosgien de Mattaincourt, qu'il refuse d'abord (« le purgatoire des prêtres », disait-on des paroisses misérables) avant d'accepter par obéissance. Il y restera trente ans, et y déploiera une pastorale d'une fécondité prodigieuse : catéchèse régulière, restauration liturgique, secours aux pauvres, monts-de-piété pour combattre l'usure (les « bourses Saint-Epvre »), et surtout la fondation de ce qui sera son œuvre maîtresse, l'instruction des filles.

Avec la bienheureuse Alix Le Clerc (1576-1622), jeune fille de Remiremont qu'il dirige spirituellement, il fonde le 25 décembre 1597 à Poussay les Chanoinesses Régulières de Saint-Augustin de la Congrégation Notre-Dame, dédiées à un projet inouï pour l'époque : l'éducation gratuite des filles, y compris des plus pauvres. La première école s'ouvre à Mattaincourt, puis à Saint-Mihiel (1598), Nancy (1602), Pont-à-Mousson (1604), Verdun (1608), une trentaine d'établissements à la mort du fondateur. La Règle, approuvée par Paul V en 1615, codifie une pédagogie révolutionnaire : enseignement par classes, méthodes actives, programme structuré en lecture, écriture, calcul et catéchisme, préfigurant de plus d'un siècle les écoles de saint Jean-Baptiste de la Salle. Réformateur des chanoines augustins de Lorraine (Congrégation Notre-Sauveur, 1623), Pierre Fourier refuse l'évêché de Toul (1632) et meurt en exil à Gray, en Franche-Comté espagnole, le 9 décembre 1640, ayant refusé le serment de fidélité à Louis XIII après l'occupation française de la Lorraine. Béatifié par Benoît XIII en 1730, canonisé par Léon XIII le 27 mai 1897.

Effigie ou sceau de Pierre Fourier
Effigie, sceau ou statue funéraire, <a href="//commons.wikimedia.org/wiki/User:Hyppolyte_de_Saint-Rambert" title="User:Hyppolyte de Saint-Rambert">Hyppolyte de Saint-Rambert</a> · CC BY-SA 4.0.

Vie spirituelle et mission

L'apport pédagogique et pastoral de Pierre Fourier est, dans l'histoire de l'Église de France, d'une portée que l'on commence seulement à mesurer pleinement. Trois siècles avant la loi Camille Sée (1880), il a fondé l'instruction publique gratuite des filles ; un siècle et demi avant Jean-Baptiste de la Salle, il a inventé la pédagogie simultanée par classes ; cinquante ans avant Vincent de Paul, il a organisé en paroisse rurale une charité sociale méthodique (monts-de-piété, secours mutuels, bourses pour étudiants pauvres). Sa devise pastorale, Ne nuire à personne, être utile à tous, traduit un humanisme chrétien à la fois théocentrique et attentif au bien commun. Théologien augustinien rigoureux, il sut concilier l'observance régulière des chanoinesses cloîtrées et l'apostolat actif d'enseignement, résolution canonique délicate qui ouvrit la voie à toutes les congrégations féminines enseignantes des trois siècles suivants. La Règle qu'il rédigea pour les Chanoinesses (1615-1640) demeure, par sa précision pédagogique et sa souplesse spirituelle, un monument de la pédagogie chrétienne classique.

Scène iconique du règne de Pierre Fourier
Scène iconique du règne, <a href="//commons.wikimedia.org/w/index.php?title=User:Raphdvoj&amp;action=edit&amp;redlink=1" class="new" title="User:Raphdvoj (page does not exist)">Raphdvoj</a> · CC BY-SA 3.0.

Postérité, culte et miracles

Les Chanoinesses de Notre-Dame ont essaimé dans toute la Lorraine, en Allemagne, en Belgique, en Hongrie, jusqu'en Amérique et en Asie ; elles comptent aujourd'hui environ huit cents religieuses dans une quinzaine de pays, et leurs établissements scolaires (Notre-Dame de Sion à Paris, le Collège Notre-Dame de Mulhouse) demeurent des références éducatives. La bienheureuse Alix Le Clerc, sa co-fondatrice, fut béatifiée par Pie XII en 1947 ; sa cause de canonisation reste ouverte. La canonisation de Pierre Fourier le 27 mai 1897 par Léon XIII, en pleine querelle scolaire française (lois Ferry de 1881-1882), prend une signification particulière : l'Église romaine reconnaît officiellement en lui un précurseur de l'instruction populaire, par-delà les polémiques laïques contemporaines. Le Mémorial de Mattaincourt et la basilique de Mirecourt demeurent les hauts lieux de son culte en Lorraine.

Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter

1897-05-27 année de canonisation
9 décembre fête liturgique

L'église Saint-Nicolas de Mattaincourt (Vosges) abrite ses reliques principales et sa chambre conservée ; pèlerinage actif. La basilique de Mirecourt commémore sa naissance. À Gray (Haute-Saône), l'ancienne église des chanoinesses garde mémoire de son exil et de sa mort. La maison-mère des Chanoinesses Notre-Dame, à Nancy, conserve d'autres reliques et la mémoire d'Alix Le Clerc (tombeau à Bouxières-aux-Dames).

Anecdotes et iconographie

  • « Le bon Père de Mattaincourt », Trente années de vie paroissiale lui valurent ce titre populaire ; on le représente en aube de curé, livre et plume à la main, parfois entouré d'enfants pauvres..
  • Le refus de l'évêché, En 1632, sollicité pour devenir évêque de Toul puis archevêque de Cambrai, il refusa obstinément, préférant rester « le bon père » de sa paroisse vosgienne..
  • L'exil de Gray, Refusant le serment imposé par Richelieu après l'occupation française de la Lorraine en 1635, il s'exila volontairement en Franche-Comté espagnole, à Gray, où il mourut en 1640..

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Questions fréquentes sur Pierre Fourier

Quelle fut sa principale innovation pédagogique ?

<strong>L'instruction gratuite des filles, y compris des plus pauvres</strong>, dispensée par classes selon une méthode simultanée et un programme structuré, pédagogie révolutionnaire qui anticipe de plus d'un siècle Jean-Baptiste de la Salle.

Qui était Alix Le Clerc ?

Bienheureuse Alix Le Clerc (1576-1622), jeune Lorraine de Remiremont, co-fondatrice des Chanoinesses Notre-Dame avec Pierre Fourier en 1597 ; béatifiée par Pie XII en 1947.

Pourquoi est-il mort en exil ?

Refusant en 1636 le serment de fidélité à Louis XIII après l'occupation française de la Lorraine, il choisit l'exil dans la Franche-Comté restée espagnole et mourut à <strong>Gray le 9 décembre 1640</strong>.

Quand a-t-il été canonisé ?

Béatifié par Benoît XIII le 10 janvier 1730, il fut <strong>canonisé par Léon XIII le 27 mai 1897</strong>, date hautement symbolique en pleine querelle scolaire française.

Quel rapport avec saint Jean-Baptiste de la Salle ?

Pierre Fourier précède de plus d'un siècle saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) dans la pédagogie populaire chrétienne ; mais alors que les Frères des Écoles chrétiennes éduquent les garçons, les Chanoinesses Notre-Dame éduquent les filles, œuvres complémentaires de l'instruction catholique en France.

Sources