Saint Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars : patron des prêtres, sanctuaire d'Ars

Par La Rédaction de France Éternelle

Au cœur de la Dombes, à quelques lieues de Lyon, un hameau de deux cents âmes est devenu, du vivant d'un seul homme, l'un des plus grands lieux de pèlerinage de la France du XIXe siècle. Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars pendant quarante et un ans, n'eut ni l'éloquence des prédicateurs célèbres ni le bagage des théologiens de son temps : il peinait sur le latin et faillit ne jamais être ordonné. C'est pourtant ce prêtre obscur que Pie XI éleva sur les autels en 1925, et dont la figure incarne aujourd'hui, pour le clergé catholique, l'idéal du pasteur tout entier donné à ses fidèles.

Une enfance paysanne sous la Révolution

Jean-Marie Baptiste Vianney naît le 8 mai 1786 à Dardilly, près de Lyon, dans une famille de cultivateurs. Il a trois ans lorsque éclate la Révolution. Sous la Constitution civile du clergé, puis sous la Terreur, le culte catholique est proscrit et les prêtres fidèles à Rome se cachent. C'est dans ce contexte que se forme la piété de l'enfant : la tradition rapporte que les Vianney accueillaient des prêtres réfractaires, et que Jean-Marie reçut sa première communion vers treize ans, en 1799, au cours d'une messe célébrée clandestinement dans une grange, volets clos pour ne pas attirer l'attention. Cette expérience d'une foi vécue dans le secret et le danger marqua durablement sa vocation.

Le séminaire, le latin et l'abbé Balley

La route vers le sacerdoce fut pour lui un long calvaire intellectuel. Privé d'instruction régulière par les années révolutionnaires, Vianney aborde tardivement l'étude. En 1806, il est recueilli par l'abbé Charles Balley, curé d'Écully, qui ouvre une petite école presbytérale et entreprend de le former. Le latin, langue obligée des études ecclésiastiques, demeure pour lui un obstacle quasi insurmontable. L'Encyclopædia Universalis prend soin de corriger ici un cliché tenace : « on a eu le tort de prendre pour de la simplicité d'esprit son incapacité à apprendre le latin ». Il ne s'agissait pas de faiblesse d'esprit, mais d'un handicap de formation. Le séminaire de Lyon envisagea malgré tout de le renvoyer. Une autre épreuve s'ajoute : appelé sous les drapeaux en 1809, Vianney, malade puis égaré, se retrouve de fait déserteur et doit se cacher quelque temps sous un faux nom dans le village des Noës. C'est la persévérance de l'abbé Balley, plaidant que sa piété compensait son ignorance, qui emporta la décision.

Une ordination tardive et l'arrivée à Ars

Jean-Marie Vianney est ordonné prêtre le 13 août 1815, dans la chapelle du grand séminaire de Grenoble, par Mgr Claude Simon. Il a vingt-neuf ans. D'abord vicaire de l'abbé Balley à Écully, il est nommé, après la mort de son protecteur, desservant d'Ars en 1818, modeste village des Dombes alors comptant à peine plus de deux cents habitants. Les sources hagiographiques s'accordent à décrire une paroisse tiède, indifférente, où la pratique religieuse s'était relâchée. Vianney y déploie une action patiente et exigeante : prédication, catéchisme, visites, austérité personnelle. Ars sera érigée en paroisse autonome en 1821.

Le confessionnal et les foules de pèlerins

C'est par le sacrement de la réconciliation que le curé d'Ars acquit sa réputation. Au fil des années, la rumeur de sa sainteté et de son discernement attire des pénitents de toute la France. Les biographies de référence rapportent qu'aux dernières décennies de sa vie, il passait jusqu'à seize, voire dix-huit heures par jour au confessionnal, et que des dizaines de milliers de pèlerins, jusqu'à une centaine de milliers par an selon les estimations, convergeaient vers le village. Un chemin de fer spécial fut même organisé depuis Lyon pour absorber l'afflux. Les hagiographes attribuent au saint un don de lecture des âmes : ce que l'Église présente comme un charisme relève, pour l'historien, du témoignage des contemporains et de la tradition, et doit être distingué des faits strictement établis. La théologie morale de Vianney évolua d'ailleurs notablement, passant, selon Universalis, « du rigorisme janséniste à la mansuétude évangélique ».

La Providence, le Grappin et l'ascèse

Soucieux des enfants pauvres et abandonnés, Vianney fonde en 1824 une école et un refuge pour jeunes filles, qu'il nomme la Providence, et qu'il gère avec un dévouement et un dénuement qui frappèrent ses visiteurs. Sa pauvreté était réelle : il vivait de peu, dormait peu, multipliait jeûnes et mortifications. La tradition spirituelle d'Ars rapporte aussi des phénomènes étranges qui l'auraient assailli la nuit, bruits, secousses, incendie de son lit, qu'il attribuait au démon et qu'il surnommait familièrement « le Grappin ». Ces récits relèvent du combat spirituel tel que l'entendaient le saint et ses biographes : ils appartiennent à l'ordre du témoignage dévotionnel et de l'interprétation surnaturelle, non à celui de l'histoire vérifiable, et doivent être lus comme tels. Épuisé, se jugeant indigne, Vianney tenta à plusieurs reprises de fuir Ars pour gagner un monastère et y pleurer ses fautes, notamment en 1843 et en 1853 ; chaque fois, son évêque le retint à son poste.

Mort, canonisation et patronage des prêtres

Jean-Marie Vianney meurt à Ars le 4 août 1859, à soixante-treize ans, au terme d'une vie d'une régularité héroïque. Sa renommée de sainteté, déjà immense, ne fit que croître. Il est béatifié le 8 janvier 1905 par saint Pie X, qui le proclame la même année patron des prêtres de France. Pie XI le canonise le 31 mai 1925, lors du jubilé qui vit aussi monter sur les autels Thérèse de Lisieux, puis le déclare en 1929 patron de tous les curés de l'univers. En 2009, ouvrant une « Année sacerdotale », Benoît XVI étendit son patronage à l'ensemble des prêtres du monde. Saint Jean-Marie Vianney est fêté le 4 août. Son corps repose dans la basilique d'Ars-sur-Formans, et le sanctuaire qui s'y est développé demeure l'un des hauts lieux de la spiritualité sacerdotale catholique.

Sources

  • Encyclopædia Universalis, notice « Jean-Marie Vianney, saint (1786-1859) ».
  • Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Jean-Marie Vianney ».
  • Sanctuaire d'Ars (arsnet.org), « La vie du saint Curé d'Ars » et chronologie.
  • Vatican News, « Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, patron des prêtres ».
  • Jean XXIII, encyclique Sacerdotii Nostri Primordia (1er août 1959), sur le centenaire de la mort du saint Curé d'Ars.
  • Wikipédia, article « Jean-Marie Vianney » (état des sources et chronologie).

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Questions fréquentes sur Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars

Pourquoi le Curé d'Ars est-il célèbre ?

Pour sa sainteté de prêtre de paroisse et son don exceptionnel pour la confession : il passait jusqu'à seize heures par jour au confessionnal et attirait des foules de pèlerins à Ars.

De quoi saint Jean-Marie Vianney est-il le patron ?

Canonisé en 1925, il est le saint patron de tous les curés et prêtres de paroisse.

Quand est la fête du Curé d'Ars ?

Sa mémoire liturgique est célébrée le 4 août.

Sources : notice Wikipédia.

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