Jean de Matha
Biographie de Jean de Matha
Jean de Matha naît le 23 juin 1154 à Faucon, petite seigneurie provençale de la vallée de l'Ubaye (aujourd'hui Faucon-de-Barcelonnette), d'une famille noble d'origine occitane. Formé à Aix-en-Provence puis envoyé étudier à Paris, il obtient la maîtrise ès arts, la licence puis le doctorat en théologie à l'Université naissante, et y est ordonné prêtre en 1193. C'est au cours de sa première messe, célébrée en présence de l'évêque Maurice de Sully à Saint-Mauritius (actuel emplacement de Saint-Séverin, Paris 5e), qu'il aurait eu, selon la tradition, une vision mystique : le Christ tenant enchaînés deux captifs, l'un chrétien, l'autre maure, comme pour signifier leur commune humanité à libérer.
Après trois ans de vie érémitique avec saint Félix de Valois dans la forêt de Cerfroid (actuelle Aisne), Jean se rend à Rome et obtient d'Innocent III, par la bulle Operante divinæ dispositionis clementia du 17 décembre 1198, l'approbation d'un Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour le rachat des captifs. La règle originelle prévoit que le tiers des revenus de l'ordre soit affecté à libérer les chrétiens captifs des Barbaresques et des Maures d'Espagne. Infatigable, Jean organise les deux premières expéditions de rachat au Maroc (1201 et 1202, 186 puis 120 captifs libérés), implante l'ordre à Marseille, Arles, Lunel, Paris (Saint-Mathurin), Londres, Rome, Valence… Il meurt à Rome le 17 décembre 1213, jour anniversaire exact de l'approbation papale, quinze ans plus tôt.
L'ordre fondé et son rayonnement
L'Ordre de la Très-Sainte-Trinité, ou Trinitaires, a une vocation unique dans toute l'histoire chrétienne : le rachat, c'est-à-dire la libération effective, par négociation et paiement de rançon, des esclaves chrétiens tombés aux mains des corsaires barbaresques. De 1199 à 1785, les Trinitaires et leurs frères espagnols les Mercédaires (fondés en 1218 par saint Pierre Nolasque) auraient libéré, d'après les actes de chapitre, environ 900 000 captifs des bagnes d'Alger, Tunis, Tripoli, Salé. La maison-mère de Cerfroid (Brumetz, Aisne) coordonne les « rédemptions » : levée des fonds par la quête dans toutes les paroisses, voyage en terre d'islam, négociation avec le dey ou le beylik, rachat collectif, retour processionnel des libérés portant les livrées rouges jusqu'à leur paroisse d'origine. Le blason trinitaire, croix rouge et bleue sur champ d'argent, révélé selon la tradition à Innocent III, est l'un des plus anciens blasons d'ordre religieux.
Postérité, culte et citation
Canonisé par Innocent XI en 1666 (culte confirmé par Alexandre VII puis étendu à l'Église universelle), Jean de Matha laisse un ordre qui connaît son apogée au XVIIe siècle (env. 400 couvents). La Révolution et la fin des enlèvements barbaresques (prise d'Alger, 1830) entraînent la quasi-disparition de l'ordre en France ; il subsiste aujourd'hui, transformé en institut au service des prisonniers modernes et des chrétiens persécutés, avec environ 600 religieux (OSST). En France, seul le sanctuaire de Cerfroid (Brumetz, Aisne), maison-mère historique, a été racheté par l'ordre en 1897 et reste vivant. La Congrégation trinitaire de Valence (XVIIe) et les Trinitaires déchaussés continuent l'œuvre.
Innocent III, dans la bulle d'approbation du 17 décembre 1198, énonçait la raison d'être de l'ordre par ces mots restés devise : « Gloria Tibi Trinitas et captivis libertas » (« Gloire à Toi, Trinité, et liberté aux captifs »). Pour prolonger la rencontre : Giulio Cipollone, Cristianità-islam. Cattività e liberazione in nome di Dio, Gregoriana, 1996 ; Bonaventure Hopperdietzel, Saint Jean de Matha, Téqui, 1998 ; Ordre de la Très-Sainte-Trinité (OSST).
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
En France, le sanctuaire de Cerfroid (Brumetz, Aisne), maison-mère fondée vers 1194 par Jean et Félix, rachetée en 1897 par l'ordre restauré, est le lieu principal : église abbatiale, crypte, musée des rédemptions. À Paris, l'emplacement de l'ancienne Saint-Mathurin, couvent trinitaire détruit en 1790 (rue du même nom, 5e arr.), et l'église Saint-Séverin, proche du lieu de la vision fondatrice. À Rome, la mosaïque de Saint-Thomas in Formis (mont Celio, v. 1210) représente Jean recevant les captifs : document iconographique majeur.
Anecdotes et iconographie
- La vision de Saint-Séverin, Lors de sa première messe en 1193, Jean de Matha vit le Christ debout tenant par les chaînes deux captifs, un chrétien blanc, un Maure noir, signifiant que tous deux devaient être libérés. Le tympan de Saint-Thomas in Formis (Rome, v. 1210) en conserve la mosaïque.
- L'ange et la croix bicolore, Une tradition raconte que Jean et Félix de Valois, à Rome, virent un ange vêtu de blanc portant une croix rouge (barre horizontale) et bleue (barre verticale), ce sera l'écu des Trinitaires.
- Le manteau aux captifs, L'iconographie trinitaire classique, Carducho à l'Escurial, représente Jean en habit blanc frappé de la croix bicolore, tendant son manteau autour d'un groupe de captifs chrétiens libérés.
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Questions fréquentes sur Jean de Matha
Qu'est-ce qu'un « captif » au sens trinitaire ?
Au Moyen Âge et jusqu'au XVIIIe siècle, c'étaient les chrétiens, marins, pêcheurs, villageois côtiers de la Méditerranée, capturés par les corsaires barbaresques (Alger, Tunis, Salé) et réduits en esclavage dans les bagnes d'Afrique du Nord.
Combien de captifs les Trinitaires ont-ils libérés ?
D'après les actes des chapitres généraux, environ 900 000 captifs en six siècles (1199-1785), ensemble avec les Mercédaires espagnols. Plusieurs centaines de rédemptions sont attestées par contrats notariés conservés à Marseille, Gênes, Valence.
Les Trinitaires existent-ils encore ?
Oui, l'ordre subsiste, environ 600 religieux, surtout en Espagne, Italie, Amérique latine. Leur apostolat s'est redéployé vers les prisonniers de droit commun, les victimes de traite d'êtres humains et les chrétiens persécutés contemporains.
Qui était Félix de Valois ?
Saint Félix de Valois (c. 1127-1212) fut le cofondateur, aîné et compagnon d'ermitage de Jean de Matha à Cerfroid. Son existence historique est discutée par certains érudits modernes, mais son culte reste vivant dans l'ordre.
Sources
- Wikipédia, Jean de Matha.