Iohannes Cassianus
Biographie de Saint Jean Cassien
Né vers 360 en Scythie Mineure (aujourd'hui Dobroudja, à l'embouchure du Danube), Jean Cassien reçoit dans sa région natale une première éducation classique. Jeune homme, il se rend avec son ami Germain au monastère de Bethléem vers 380, mais les deux moines décident bientôt, poussés par la soif des Pères, de traverser l'Égypte pour apprendre la vie spirituelle à ses sources. Ils vivront une dizaine d'années parmi les anachorètes de Scété et des Kellia, recueillant les enseignements d'Évagre le Pontique, d'Isaac, de Paphnuce, de Moïse.
Vers 400, la crise origéniste et les expulsions du patriarche Théophile d'Alexandrie les poussent à gagner Constantinople, où saint Jean Chrysostome les reçoit, ordonne Cassien diacre (c. 403) et l'envoie à Rome en 404-405 plaider sa cause auprès du pape Innocent Iᵉʳ. À Rome, Cassien rencontre le futur pape Léon le Grand et y séjourne quelque quinze ans.
Vers 415, invité par l'évêque Proculus, il s'installe à Marseille où il fonde deux monastères : l'abbaye masculine Saint-Victor, sur la colline du même nom près du tombeau du martyr, et l'abbaye féminine Saint-Sauveur. À la demande de l'évêque Castor d'Apt, il rédige vers 420 les Institutiones coenobiorum (Institutions), règle pratique en douze livres, puis, entre 426 et 429, les vingt-quatre Collationes (Conférences), dialogues rapportant la sagesse des Pères du désert.
Lorsque la controverse pélagienne tardive éclate, il répond à la demande du diacre romain Léon par le De Incarnatione Domini contra Nestorium (c. 430), mais sa Conférence XIII sur la grâce est attaquée par Prosper d'Aquitaine comme semi-pélagienne. Il meurt à Marseille le 23 juillet 435 et est inhumé à Saint-Victor. Sa cause est sauvée par saint Benoît qui, dans sa Règle (ch. 42 et 73), prescrit sa lecture quotidienne et le transmet à tout l'Occident monastique.
Œuvre et doctrine
Cassien transplante en Occident le monachisme du désert égyptien : ses Institutions fixent la règle cénobitique (horaire, travail manuel, humilité, huit logismoi, pensées passionnelles, qui deviendront les sept péchés capitaux par Grégoire le Grand), et ses Conférences rapportent la sagesse des Pères en vingt-quatre dialogues qui fondent la spiritualité monastique latine.
Sa doctrine de la coopération entre grâce et liberté (Conférence XIII), perçue comme semi-pélagienne par Prosper d'Aquitaine, sera réhabilitée par le concile d'Orange (529) dans une synthèse modérée et restera la matrice de la spiritualité orientale comme de l'école bénédictine. Saint Benoît prescrit sa lecture chaque jour (Règle, ch. 42 et 73). Maître spirituel de Colomban, Grégoire le Grand, Bernard, Thomas, Ignace de Loyola (qui médite les Conférences à Manrèse), il est docteur de l'Église orientale et le pont entre désert égyptien et chrétienté latine.
Œuvres majeures
- De institutis coenobiorum (c. 420)
- Collationes Patrum (428-429)
- De Incarnatione Domini contra Nestorium (c. 430)
Héritage et postérité
Par saint Benoît qui le prescrit aux moines, Cassien devient le maître spirituel de tout l'Occident monastique : Colomban, Grégoire le Grand, Bernard de Clairvaux, Thomas d'Aquin (qui cite les Collationes), Ignace de Loyola (qui médite les Conférences à Manrèse). Son octuple liste des vices structure la théologie morale médiévale. À Marseille, Saint-Victor demeure mille ans durant le foyer monastique du Sud. Canonisé par Rome seulement localement (fête au 23 juillet à Marseille) mais docteur de l'Église orientale, il est le pont par excellence entre le désert et la chrétienté latine.
« Le moine doit en tout temps et en tout lieu fuir les femmes et les évêques. »
Repères chiffrés
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Questions fréquentes sur Saint Jean Cassien
Qu'est-ce que les huit logismoi ?
Les huit « pensées » ou mouvements passionnels que le moine doit discerner et combattre, hérités d'Évagre le Pontique et systématisés par Cassien dans les Institutions (livres V à XII) : gourmandise, luxure, avarice, colère, tristesse, acédie, vaine gloire, orgueil. Grégoire le Grand (Moralia in Iob) les réduira à sept en fusionnant tristesse et acédie, donnant naissance à la liste médiévale des péchés capitaux.
Cassien était-il semi-pélagien ?
La Conférence XIII (De protectione Dei) soutient que le premier pas de la foi peut venir de l'homme, la grâce venant alors le perfectionner, position nuancée qui a été qualifiée de « semi-pélagienne » par Prosper d'Aquitaine et les augustiniens stricts. Elle sera modérée par le concile d'Orange (529) qui réaffirme la priorité absolue de la grâce prévenante tout en refusant la prédestination double ; la position de Cassien, dans cette synthèse modérée, demeure la doctrine catholique ordinaire.
Pourquoi n'est-il pas saint dans le calendrier romain ?
Le calendrier romain universel ne le fête pas officiellement en raison des soupçons semi-pélagiens hérités de Prosper. Il est en revanche célébré au 23 juillet localement à Marseille (diocèse de Marseille, fête propre), sur l'ensemble de l'Église orthodoxe (29 février ou 28 février) comme docteur, et par l'ordre bénédictin. Léon XIII a confirmé son culte en 1878.
Sources et pour aller plus loin
- Columba Stewart, Cassian the Monk, Oxford University Press, 1998.
- Owen Chadwick, John Cassian: A Study in Primitive Monasticism, Cambridge University Press, 1950 (rééd. 1968).
- Adalbert de Vogüé, Histoire littéraire du mouvement monastique dans l'Antiquité, VI-VII, Cerf, 2002-2003.
- Columba Stewart, Cassian the Monk, Oxford University Press, 1998.
- Owen Chadwick, John Cassian: A Study in Primitive Monasticism, Cambridge UP, 1950 (rééd. 1968).
- Adalbert de Vogüé, Histoire littéraire du mouvement monastique dans l'Antiquité, VI-VII, Cerf, 2002-2003.