Dominique de Guzmán
Biographie de Saint Dominique
Né à Caleruega, en Vieille-Castille, en 1170, Domingo de Guzmán reçoit sa formation intellectuelle à Palencia, puis entre au chapitre cathédral d'Osma sous l'évêque Diego d'Acebo. Chanoine régulier, il accompagne son évêque dans deux ambassades au Danemark (1203-1205). C'est au retour qu'il découvre le Languedoc cathare et l'échec de la prédication légatine : la vérité ne convainc pas si elle n'est pas portée par une vie apostolique radicale. Avec Diego, il s'établit en 1206 à Prouille (Aude), au pied de Fanjeaux, pour accueillir des femmes converties du catharisme : c'est le Saint Prêche, première « Sainte Prédication » itinérante et le germe de l'ordre.
Après la mort de Diego (1207) et durant toute la croisade albigeoise, Dominique demeure au Languedoc, prêchant pauvrement, pieds nus, sans armes ni protection seigneuriale. En 1215, soutenu par l'évêque Foulques de Toulouse et le pape Innocent III, il fonde à Toulouse une petite communauté cléricale. Le 22 décembre 1216, le pape Honorius III approuve, par la bulle Religiosam vitam, l'Ordre des Prêcheurs (OP) selon la Règle de saint Augustin. Dominique fait le choix stratégique et prophétique de disperser aussitôt ses frères vers les grandes universités (Paris, Bologne). Infatigable, il parcourt l'Italie, préside les deux premiers chapitres généraux, et meurt à Bologne le 6 août 1221, à cinquante-et-un ans.
L'ordre fondé et son rayonnement
L'innovation dominicaine est double. D'abord, un ordre mendiant clérical entièrement voué à la prédication doctrinale : la pauvreté est mise au service de la Parole, non pratiquée pour elle-même. Ensuite, une démocratie interne sans précédent : constitutions provisoires dès 1216, définitives en 1228 (œuvre de Jourdain de Saxe et Raymond de Peñafort), élection à tous les échelons, chapitres généraux annuels, révocabilité des supérieurs. L'ordre deviendra la grande école théologique du Moyen Âge avec Albert le Grand et Thomas d'Aquin, la force missionnaire (Bartolomé de Las Casas, Louis Bertrand) et le foyer du Rosaire. En France, les couvents de Toulouse, Paris (Saint-Jacques, d'où le nom de « Jacobins »), Lyon et Avignon forment l'épine dorsale médiévale.
Postérité, culte et citation
Canonisé dès 1234 par Grégoire IX, Dominique laisse un ordre qui comptera jusqu'à 30 000 frères et qui donne à l'Église trois papes, soixante cardinaux, quatre Docteurs de l'Église (Thomas, Albert, Catherine de Sienne, Pie V) et d'innombrables missionnaires. La Révolution dissout les couvents français en 1790, mais le Père Henri-Dominique Lacordaire restaure l'ordre en France en 1839-1843, ouvrant la voie à la grande école de théologie du Saulchoir (Chenu, Congar). Aujourd'hui, environ 5 500 frères et 35 000 moniales et sœurs vivent de son charisme : Contemplari et contemplata aliis tradere, « contempler et transmettre aux autres les fruits de la contemplation ».
À Reginald d'Orléans, son premier disciple parisien, Dominique disait selon le procès de canonisation : « Nul ne peut prêcher la vérité s'il ne l'a d'abord aimée et reçue dans les larmes de l'oraison. » Pour prolonger la rencontre : M.-H. Vicaire, Histoire de saint Dominique, Cerf, 1982 ; G. Bedouelle, Dominique ou la grâce de la parole, Fayard, 1982 ; Ordre des Prêcheurs, province de France.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
En France, trois sanctuaires majeurs : Prouille (Aude), berceau monastique, avec la basilique reconstruite au XIXe siècle ; Fanjeaux et le Seignadou, rocher où Dominique eut selon la tradition une vision lumineuse ; le couvent des Jacobins de Toulouse (1230), qui conserve les reliques de saint Thomas d'Aquin sous son étonnante rosace palmée. Le tombeau principal de saint Dominique, œuvre de Nicola Pisano et Michel-Ange, se trouve en la basilique San Domenico de Bologne.
Anecdotes et iconographie
- Le chien et la torche, La mère de Dominique rêva, enceinte, d'un chien portant une torche qui embrasait le monde : jeu étymologique sur Domini-canes (« chiens du Seigneur »), attribut constant de l'iconographie.
- Le lys, Signe de sa pureté virginale attestée au procès de canonisation ; Dominique est souvent représenté tenant un lys et un livre ouvert (les constitutions ou l'Évangile).
- Le Rosaire, La tradition dominicaine attribue à Dominique la révélation du Rosaire par la Vierge à Prouille ; historiquement, cette dévotion fut systématisée au XVe siècle par Alain de La Roche, op.
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Questions fréquentes sur Saint Dominique
Dominicains ou Jacobins ?
Deux noms du même ordre. « Dominicain » vient du fondateur ; « Jacobin » est le surnom français tiré du couvent parisien Saint-Jacques (rue Saint-Jacques), fondé en 1218 près de la Sorbonne.
Quel rapport entre Dominique et la croisade albigeoise ?
Dominique prêcha au Languedoc cathare dès 1206, mais refusa toujours l'usage de la force. Il ne fut jamais inquisiteur et la Sainte Prédication précède de huit ans la croisade (1209).
A-t-il vraiment reçu le Rosaire de la Vierge ?
La révélation mariale du Rosaire à Prouille relève de la tradition hagiographique ; la méditation en « couronnes » telle que nous la connaissons fut codifiée par Alain de La Roche (†1475) et étendue par le bienheureux Alain de la Roche.
Combien y a-t-il de dominicains en France aujourd'hui ?
Environ 420 frères répartis en une vingtaine de couvents (province de France), auxquels il faut ajouter environ 800 moniales contemplatives et plusieurs congrégations apostoliques.
Sources
- Wikipédia, Dominique de Guzmán.