Bruno de Cologne
Biographie de Bruno le Chartreux
Né à Cologne vers 1030, Bruno reçoit une formation aux écoles cathédrales rhénanes avant de rejoindre la école de Reims sous maître Hérimann. Il y devient, dès 1056, écolâtre : pendant près d'un quart de siècle il y forme l'élite cléricale d'Europe, dont le futur Urbain II, son élève. Homme de science et de prière, chancelier du diocèse à partir de 1075, il se heurte au simoniaque archevêque Manassès de Gournay, qu'il contribue à faire déposer en 1080 au concile de Lyon. Déjà, la vie épiscopale lui paraît incompatible avec l'absolu qu'il entrevoit dans l'Évangile.
Refusant le siège archiépiscopal qu'on veut lui offrir, Bruno se retire en 1082 auprès de Robert de Molesme, puis se réfugie avec six compagnons auprès de saint Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble. Celui-ci leur donne, en 1084, le désert alpin de Chartreuse : des cellules séparées regroupées autour d'un cloître, une liturgie brève, un silence absolu, un travail manuel, la « Chartreuse » est née. Rappelé à Rome en 1090 par son ancien disciple devenu pape, Bruno refuse tout honneur ; Urbain II l'autorise à se retirer en Calabre, où il fonde vers 1091 l'ermitage de Santa Maria della Torre, puis celui de San Stefano del Bosco. Il y meurt le 6 octobre 1101, laissant une postérité qui, par sa fidélité quasi intacte à son esprit, est demeurée unique dans l'Église : Cartusia numquam reformata quia numquam deformata.
L'ordre fondé et son rayonnement
L'œuvre de Bruno tient dans une intuition : donner à l'Occident latin une forme de vie érémitique durable, équilibrée par la communauté. Autour de la cellule, petite maison individuelle avec oratoire, établi et jardin, les Chartreux vivent seuls la plus grande part du jour, ne se retrouvant qu'aux offices nocturnes, à la messe conventuelle et au chapitre hebdomadaire. La règle consignée par Guigues Ier vers 1127 (les Consuetudines Cartusiae) fixe cette synthèse originale d'érémitisme bénédictin et de cénobitisme camaldule. Au fil des siècles, les chartreuses essaimeront de la Grande Chartreuse (Dauphiné) jusqu'à Pavie, Cologne, Séville et Parkminster, irriguant toute la spiritualité monastique.
Postérité, culte et citation
Bruno n'a laissé aucun écrit législatif : son héritage tient dans la qualité d'hommes formés. Son culte fut confirmé par Léon X en 1514 (équipollent), puis étendu à l'Église universelle par Grégoire XV en 1623. Les Chartreux donnèrent à l'Église des mystiques discrets (Ludolphe de Saxe, Denys le Chartreux, Dom Augustin Guillerand) et demeurent aujourd'hui environ trois cents hommes répartis en vingt-trois maisons. En France, la Grande Chartreuse (Isère) a traversé les tempêtes : expulsée par la Révolution en 1792, par les lois de 1901 (1903-1940), elle fut rendue aux moines en 1940. Le silence cartusien, magnifiquement rendu par le film Le Grand Silence (Philip Gröning, 2005), demeure un signe contemplatif irremplaçable pour l'Église et pour la France.
Comme le disait saint Bruno lui-même dans sa Lettre à Raoul le Verd (c. 1099) : « Ô seul le solitaire goûte le fruit suave et merveilleux que produit le désert à ceux qui l'aiment. » Pour prolonger la rencontre : Ordre des Chartreux, site officiel ; Musée de la Grande Chartreuse (Saint-Pierre-de-Chartreuse) ; André Ravier, Saint Bruno le Chartreux, Fayard, 1981.
Sanctuaires et lieux de pèlerinage à visiter
La Grande Chartreuse (Saint-Pierre-de-Chartreuse, Isère) demeure inaccessible au public, mais le Musée de la Correrie, à 2 km, permet d'en approcher l'esprit. En Calabre, le sanctuaire de Serra San Bruno conserve son tombeau et le petit lac où, selon la tradition, il avait coutume de prier. À Lyon, l'église Saint-Bruno-les-Chartreux (1ᵉʳ arr.) témoigne du rayonnement urbain de l'ordre sous l'Ancien Régime. Le Mucem de Marseille conserve de précieuses liqueurs et objets cartusiens.
Anecdotes et iconographie
- Le refus de la mitre, Bruno refusa successivement l'archevêché de Reggio-Calabre et toute dignité curiale ; l'iconographie le montre souvent foulant aux pieds une mitre, signe de son retrait radical.
- Le crâne et le crucifix, L'art espagnol, Zurbarán (1637), représente Bruno en méditation, tenant un crucifix et un crâne : emblème du memento mori cartusien.
- Sept étoiles, Une légende tardive veut que sept étoiles aient désigné à saint Hugues de Grenoble les sept fondateurs dans la forêt de Chartreuse ; elles ornent encore les armes de l'Ordre.
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Questions fréquentes sur Bruno le Chartreux
Pourquoi les Chartreux vivent-ils en silence ?
Le silence cartusien n'est pas une mortification mais une condition de la prière continuelle : il permet la « solitude habitée » où l'âme se tient devant Dieu seul, selon l'intuition de saint Bruno.
Quelle différence entre Chartreux et Bénédictins ?
Les Bénédictins vivent en communauté (cénobites) selon la Règle de saint Benoît ; les Chartreux vivent en cellules séparées (semi-érémitisme) selon les Consuetudines de Guigues Ier, ne se retrouvant qu'aux grands offices.
Qu'est-ce que la Chartreuse verte ?
C'est la liqueur mise au point par les Chartreux vers 1737 à partir d'un manuscrit alchimique de 1605 ; sa recette à 130 plantes reste secrète et sa vente finance l'ordre.
Saint Bruno est-il canonisé officiellement ?
Oui, par culte équipollent confirmé par Léon X en 1514, puis étendu à l'Église universelle par Grégoire XV en 1623 : procédure normale pour les saints antérieurs aux canonisations formelles.
Sources
- Wikipédia, Bruno de Cologne.