Anselmus Cantuariensis
Biographie de Saint Anselme de Cantorbéry
Né en 1033 à Aoste, dans le royaume de Bourgogne alors rattaché à l'empire d'Occident, Anselme est le fils du seigneur lombard Gondulf et d'Ermenberge, apparentée à la maison de Savoie. Éduqué pieusement par sa mère, il fuit vers l'âge de 23 ans un père violent et traverse les Alpes pour rejoindre, en 1059, le monastère bénédictin du Bec-Hellouin, en Normandie, où enseigne le grand Lanfranc de Pavie.
Il prononce ses vœux en 1060, devient prieur du Bec en 1063 à la place de Lanfranc parti à Caen, et abbé en 1078 à la mort du fondateur Herluin. Pendant ses quinze ans d'abbatiat, il compose ses premières grandes œuvres spéculatives : le Monologion (1076), méditation solitaire sur l'existence et l'essence divine, puis le Proslogion (1077-1078), qui contient l'« argument unique » démontrant l'existence de Dieu à partir de sa seule définition, « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand ».
Contre son gré, il est nommé en 1093 archevêque de Cantorbéry par Guillaume II le Roux, successeur de son maître Lanfranc au siège primatial anglais. Commence alors seize années d'une lutte héroïque pour la liberté de l'Église contre les investitures laïques : deux exils (1097-1100, puis 1103-1106) sous Guillaume II et Henri Iᵉʳ, multiples appels à Rome, concordat de Londres en 1107 qui règle la querelle anglaise des investitures. Pendant ces exils, il compose ses grandes œuvres théologiques.
Cur Deus homo (1094-1098), écrit pour l'essentiel dans les collines de Campanie, élabore la doctrine satisfactionnelle de la Rédemption ; suivent De conceptu virginali (1099-1100) et le De concordia (1107-1108). Il meurt à Cantorbéry le 21 avril 1109, dans sa 76ᵉ année, entouré de ses moines. Canonisé par Thomas Becket en 1163, docteur de l'Église proclamé par Clément XI en 1720. Benoît XVI a célébré en 2009 le IXᵉ centenaire de sa mort.
Œuvre et doctrine
Anselme est le père de la scolastique. Sa formule programmatique, fides quaerens intellectum, la foi en quête d'intelligence, fonde la théologie comme intelligence croyante. Le Proslogion contient l'« argument unique » (dit ontologique par Kant) : Dieu est « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand », et cette définition même implique son existence. Le Cur Deus homo élabore la doctrine satisfactionnelle de la Rédemption : seul Dieu-homme peut offrir une satisfaction proportionnée à l'offense infinie du péché.
Inventeur de la théologie savante médiévale, Anselme est lu et discuté par toute la scolastique : Abélard, Bonaventure, Thomas d'Aquin, Duns Scot, Ockham. L'argument du Proslogion traverse Descartes, Spinoza, Leibniz, Hegel ; il est critiqué par Kant, réhabilité par Karl Barth (Fides quaerens intellectum, 1931) et par Alvin Plantinga (version modale, 1974). Sa doctrine de la satisfaction structure toute la sotériologie occidentale, de la Somme à Calvin.
Œuvres majeures
- Monologion (1076)
- Proslogion (1077-1078)
- De veritate, De libero arbitrio, De casu diaboli (1080-1086)
- Cur Deus homo (1094-1098)
- De conceptu virginali et de originali peccato (1099-1100)
Héritage et postérité
Inventeur de la théologie savante médiévale, Anselme est lu et discuté par toute la scolastique : Abélard, Alexandre de Halès, Bonaventure, Thomas d'Aquin, Duns Scot (qui reformule l'argument ontologique), Guillaume d'Ockham. L'argument du Proslogion traverse Descartes, Spinoza, Leibniz, Hegel ; il est critiqué par Kant, réhabilité par Karl Barth (Fides quaerens intellectum, 1931) et par Alvin Plantinga (version modale, 1974). Sa doctrine de la satisfaction structure toute la sotériologie occidentale, de la Somme à Calvin. Benoît XVI en fait en 2009 (IXᵉ centenaire) « le maître de la recherche de Dieu par la raison ».
« Credo ut intelligam. »
Repères chiffrés
À découvrir sur France Éternelle
- Annuaire des philosophes catholiques
- Annuaire des penseurs catholiques
- Abbaye du Bec-Hellouin, foyer de la scolastique médiévale
- Abbaye Saint-Victor de Marseille, fondation cassienne
- Saint Augustin, source de son fides quaerens intellectum
- Saint Jean Cassien, père du monachisme qui l'a formé
Questions fréquentes sur Saint Anselme de Cantorbéry
Qu'est-ce que l'argument du Proslogion ?
L'argument « unique » exposé au chapitre II du Proslogion (1078) : Dieu est « ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand » (id quo maius cogitari nequit) ; or ce qui existe réellement est plus grand que ce qui n'existe qu'en pensée ; donc Dieu existe. Kant l'a baptisé « argument ontologique ». Il a été critiqué dès son temps par le moine Gaunilon (Liber pro insipiente) et repris ensuite par Descartes, Leibniz, Hegel, Plantinga.
Qu'est-ce que la doctrine de la satisfaction ?
La thèse centrale du Cur Deus homo (1098) : le péché, offense infinie à la majesté divine, exige une satisfaction infinie ; seul un être à la fois Dieu (valeur infinie) et homme (dette humaine) peut offrir cette satisfaction ; donc l'Incarnation était nécessaire. Thomas d'Aquin la nuancera (Somme, III, q. 1) et les théologies modernes la compléteront, mais elle reste la matrice sotériologique occidentale.
Pourquoi deux exils ?
Anselme défend contre les rois anglais la liberté de l'Église : Guillaume II le Roux l'exile en 1097-1100 pour avoir voulu se rendre à Rome sans permission royale ; Henri Iᵉʳ l'exile en 1103-1106 lors de la querelle des investitures anglaises. Le concordat de Londres (août 1107) règle finalement cette querelle en distinguant investiture spirituelle (évêque) et temporelle (roi), vingt-huit ans avant celui de Worms.
Sources et pour aller plus loin
- Wikidata, Q43939 (Anselmus Cantuariensis).
- Richard W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, Cambridge University Press, 1990.
- Michel Corbin (éd.), L'Œuvre de saint Anselme de Cantorbéry, 6 vol., Cerf, 1986-2016.
- Jasper Hopkins, A Companion to the Study of St. Anselm, University of Minnesota Press, 1972.
- Richard W. Southern, Saint Anselm: A Portrait in a Landscape, Cambridge University Press, 1990.
- Michel Corbin (éd.), L'Œuvre de saint Anselme de Cantorbéry, 6 vol., Cerf, 1986-2016.
- Jasper Hopkins, A Companion to the Study of St. Anselm, University of Minnesota Press, 1972.