Le Bénédicité
Le Bénédicité est la plus humble et la plus universelle des dévotions chrétiennes : prière brève, récitée trois fois par jour au minimum, elle traverse les siècles et les conditions sociales.
Histoire et origine
Tradition judéo-chrétienne immémoriale : la prière avant le repas imite la bénédiction juive du pain (berakhah) et le geste du Christ multipliant les pains (Matthieu 14, 19) et à la Dernière Cène. Formulée par les Pères du désert dès le IVe siècle, codifiée dans les règles monastiques (saint Benoît, chapitre 38) et dans les catéchismes depuis le concile de Trente.
Fondateur / popularisateur. Tradition apostolique universelle ; formule latine 'Benedic, Domine, nos et haec tua dona' établie dans les règles bénédictines et diffusée par le Catechismus Romanus (1566) ; fortement encouragée par saint Louis IX dans la vie familiale chrétienne.
Objectif spirituel
Reconnaître Dieu comme source de tout bien, sanctifier le repas en le recevant de sa main, et remercier la Providence. Le Bénédicité rappelle que le pain quotidien est don du Créateur, unit la famille dans la louange, et éduque les enfants à la gratitude. Il transforme l'acte naturel de se nourrir en occasion de communion avec Dieu et de charité fraternelle.
Comment pratiquer
Au début du repas, la famille se tient debout ou assise les mains jointes, le signe de croix est tracé par le père de famille ou l'aîné qui préside. La formule traditionnelle latine est : 'Benedic, Domine, nos et haec tua dona, quae de tua largitate sumus sumpturi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.' En français : 'Seigneur, bénissez-nous, ainsi que le repas que nous allons prendre, et qui nous vient de votre libéralité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.' On peut ajouter un Pater ou une prière pour les défunts, pour ceux qui n'ont pas à manger, et pour le Saint-Père. À la fin du repas, on récite les Grâces : 'Nous vous rendons grâces, Dieu tout-puissant, pour tous vos bienfaits, vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.' suivies éventuellement du De profundis pour les défunts. La pratique se fait à chaque repas, en famille, au réfectoire monastique ou en communauté, sans précipitation, dans un esprit de recueillement.
Pour instaurer le Bénédicité dans votre famille, commencez par un seul repas par jour, le déjeuner ou le dîner, puis étendez progressivement aux trois repas. Le père de famille préside, ou à défaut l'aîné. Tous se tiennent debout ou assis les mains jointes. On récite en français : « Seigneur, bénissez-nous, ainsi que le repas que nous allons prendre, et qui nous vient de votre libéralité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen. » Une variante latine, plus solennelle, est : Benedic, Domine, nos et haec tua dona quae de tua largitate sumus sumpturi. Per Christum Dominum nostrum. Amen. À la fin du repas, on récite les Grâces : « Nous vous rendons grâces, Dieu tout-puissant, pour tous vos bienfaits. »
Écueils à éviter : la précipitation avant de se jeter sur les plats (attendre le Amen avant de toucher aux couverts), la honte devant les invités non croyants (la discrétion n'implique pas l'omission), et la routine mécanique sans recueillement. Au restaurant ou en lieu public, le Bénédicité peut se faire silencieusement d'un signe de croix. Les enfants retiennent plus par l'exemple que par les discours : si les parents prient fidèlement, l'habitude se transmet naturellement. Ajoutez une intention particulière (pour un malade, un défunt, le Pape) qui lie la prière à l'actualité familiale ou ecclésiale.
Références bibliques
- Matthieu 14, 19, 'Levant les yeux au ciel, il bénit les pains'
- 1 Timothée 4, 4-5, 'Toute créature de Dieu est bonne... sanctifiée par la parole de Dieu et la prière'
- Deutéronome 8, 10, 'Tu mangeras, tu seras rassasié, et tu béniras le Seigneur ton Dieu'
Approbations ecclésiales
Catechismus Romanus (1566), IVe partie, sur la prière ; Enchiridion Indulgentiarum accorde une indulgence partielle aux fidèles qui récitent pieusement la prière avant et après les repas.
« Que tu manges ou que tu boives, quoi que tu fasses, fais tout pour la gloire de Dieu. »
Questions fréquentes
Peut-on bénir le repas en public ?
Oui, avec simplicité. Un discret signe de croix, quelques mots intérieurs suffisent au restaurant. En famille élargie ou entre amis, le Bénédicité à voix haute peut même édifier ceux qui ne prient plus.
Y a-t-il une formule obligatoire ?
Non. La formule traditionnelle (Benedic Domine nos...) est la plus répandue, mais toute bénédiction sincère est recevable. Les enfants peuvent utiliser des formules simples : « Seigneur, merci pour ce repas, bénissez ceux qui l'ont préparé. »
Faut-il dire aussi les Grâces après le repas ?
C'est la forme complète de la tradition. L'action de grâce conclut ce que la bénédiction ouvre. Les Grâces peuvent être brèves : « Nous vous rendons grâces, Seigneur, pour tous vos bienfaits. Amen. »
Commentaire spirituel
Le Bénédicité est la plus humble et la plus universelle des dévotions chrétiennes : prière brève, récitée trois fois par jour au minimum, elle traverse les siècles et les conditions sociales. Le Christ lui-même bénit le pain avant de le rompre, à la multiplication des pains (Mt 14, 19), à Emmaüs (Lc 24, 30), à la Dernière Cène (Lc 22, 19). Ce geste renvoie à la berakhah juive, cette bénédiction-louange qui reconnaît Dieu comme source de tout don. Bénir n'est pas « mettre Dieu au service de son appétit » mais, au contraire, orienter son appétit vers la reconnaissance.
Théologiquement, le Bénédicité transforme un acte naturel, se nourrir, en occasion d'action de grâce. 1 Timothée 4, 4-5 l'enseigne explicitement : « Toute créature de Dieu est bonne, et rien n'est à rejeter de ce qui se prend avec action de grâce, car c'est sanctifié par la parole de Dieu et la prière. » Le pain devient ainsi signe eucharistique par analogie, et la table familiale relève l'autel. Le Bénédicité éduque les enfants à la gratitude, lutte contre la gloutonnerie, et maintient la conscience que chaque bouchée est don.
Les fruits spirituels sont immenses pour une pratique si courte : unité de la famille dans la prière, respect de la nourriture, mémoire des pauvres (par la prière ajoutée « pour ceux qui n'ont pas à manger »), communion avec le Saint-Père (par la prière « pour le Pape »), liaison aux défunts (par le De profundis après le repas). Saint Louis IX, roi de France, avait fait du Bénédicité l'ornement familial de la table royale, et Chardin l'immortalisa dans deux tableaux exposés au Louvre et à l'Ermitage.